Monde

Berlusconi et «Aube dorée», le destin de l'Europe se joue au sud

Temps de lecture : 3 min

Au même moment, la démocratie grecque se ressaisit enfin contre le mouvement néo-fasciste «Aube dorée» et l'Italie vacille tandis que Berlusconi veut l'entraîner dans sa chute.

Silvio Berlusconi, mai 2013. REUTERS/Alessandro Garofalo -
Silvio Berlusconi, mai 2013. REUTERS/Alessandro Garofalo -

L’Europe vient d’enregistrer à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, si l’on ose dire, est l’offensive lancée enfin par le gouvernement grec contre le mouvement néo-fasciste «Aube dorée» et son leader. La mauvaise est, bien sûr, la nouvelle folie de Silvio Berlusconi qui, plutôt que d’accepter le verdict qui le condamne après avoir été déclaré coupable de fraude fiscale, préfère plonger l’Italie dans la crise. Il vient d'obliger les ministres de son parti à démissionner collectivement du gouvernement.

Enfin, la police et la justice contre les fascistes grecs

En Grèce la situation, créée par l’apparition et le développement rapide d’un mouvement authentiquement néo-fasciste, commençait à soulever de sérieuses questions sur la solidité démocratique du pays. En raison de la multiplication des exactions commises par des nervis de ce mouvement à l’encontre d’émigrés; en raison également des complicités objectives dont bénéficiait ce mouvement au sein des forces de police; en raison enfin de l’évidente complaisance dont faisait preuve à son endroit un certain nombre de députés de la droite dite classique qui souhaitaient, au nom de la liberté d’expression, laisser le mouvement néo-fasciste prospérer.

L’assassinat d’un rappeur, se réclamant de la gauche, par des membres réputés proches de ce mouvement a, cette fois, provoqué une prise de conscience. Elle a enfin poussé le premier ministre conservateur à agir. D’où les arrestations et les perspectives de procès pour cette mouvance qui défigurait l’appartenance de la Grèce à l’Union européenne. On ne saurait trop le rappeler: l’Union européenne ne doit pas être seulement un marché unique, une zone monétaire qui permet à la Grèce de bénéficier de la solidarité de tous les autres, mais aussi et surtout une communauté de valeurs, une aire démocratique et qui doit le rester. De ce point de vue, face aux résurgences soit de tentations néo-fascistes soit, comme en Grèce presque néo-nazis, la seule bonne méthode est la méthode allemande, qui ne laisse rien passer et mobilise dès que nécessaire police et justice.

Berlusconi veut emporter l'Italie dans sa chute

La situation italienne est d’une autre nature et n’en redevient pas moins extrêmement préoccupante. Pour l’Italie elle-même bien sûr, mais aussi pour l’ensemble de la zone euro. Il s’agit là de la dernière «facétie» de Silvio Berlusconi, dont la fin politique se déroule de plus en plus comme un triste feuilleton ou prime une fois encore l’intérêt égoïste et personnel de celui qui, à la tête du gouvernement italien, a d’abord pensé à ses propres affaires aux dépens de l’intérêt général.

La presse italienne a d’ailleurs été à peu près unanime à fustiger le comportement d’un homme qui cherche par tous les moyens à faire diversion et éviter l’humiliation d’un vote qui, au Sénat, pourrait conduire à sa déchéance politique. La sagesse eut été pour lui d’accepter de se retirer sur la pointe des pieds, tout en continuant à donner sa bénédiction au gouvernement de coalition entre le centre droit et le centre gauche. Un tel comportement est manifestement hors de sa portée.

Si la crise devait perdurer, cela pourrait avoir pour effet de paralyser toute action publique dans un pays qui a furieusement besoin de redresser ses comptes et sa situation (la perspective économiques pour 2014 est encore celle d'une année de récession). Elle pourrait aussi conduire à de nouvelles élections dans un climat volontairement tendu par Silvio Berlusconi. Comme si ce dernier souhaitait entrainer l’Italie dans sa chute. Au reste, il n’en est pas à son coup d’essai. Car, il y a un an, c’est lui qui avait décidé de mettre un terme à l’expérience du gouvernement Monti, alors même que ce dernier n’en était qu’au début d’une action considérée, par le reste de l’Europe, comme réparatrice.

Le professeur Monti avait restauré le crédit de l’Italie et n’avait pas hésité à engager des réformes de structures, par nature impopulaires. Situation idéale car la gauche et la droite, qui le soutenaient, pouvaient espérer s’abstraire du jugement du corps électoral. Mais Silvio Berlusconi avait estimé déjà qu’il était temps pour lui de rependre les rênes. Il n’y était pas parvenu et avait concédé le soutien au gouvernement Letta. Enrico Letta constituait une alternative crédible à Monti. Cette fois le «geste fou» de Silvio Berlusconi pourrait provoquer une impasse plus durable.

Toutefois de cette catastrophe politique peut naitre une issue positive car le président de la République Giorgio Napolitano va sans tarder s’employer à trouver une majorité autour d’un gouvernement Letta numéro 2. Et il y a fort à parier qu’une partie des troupes berlusconiennes choisira la solidarité gouvernementale et l’intérêt général en abandonnant son leader historique à son triste sort.

Alors, voici mon conseil: que son grand ami en affaires et pas seulement, à savoir Vladimir Poutine, se charge de lui trouver sur les bords de la Mer Noire un exil doré qui permettrait à l’Italie et même à l'Europe de reprendre leur destin en mains!

Jean-Marie Colombani

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