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  • Par Eric Le Boucher
  • Eric Le Boucher est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste, chef de service, chroniqueur économique au journal Le Monde, il est depuis 2008 directeur de la rédaction d'Enjeux-Les Echos. Il est l'auteur d'«Economiquement incorrect».
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G8: l'Europe en ruines, Par Eric Le Boucher

Il y a bien un pilote dans l'avion du G8, mais il n'est pas européen.

Comme la plupart des sommets, le G8 d'Aquila en Italie accouchera d'un souriceau. Grand tralala: G8 puis G13 (G8+ Chine, Inde, Afrique du sud, Brésil, Mexique), puis avec d'autres comme Kadhafi, 27 chefs d'Etat et de gouvernements au total. Grand tralala et gros agenda: crise économique, avancement des décision du G20 d'avril, réchauffement climatique, crise alimentaire qui revient, réforme de la gouvernance mondiale, aide au développement du tiers monde, situation en Iran, terrorisme...

Il ne faut pas trop en vouloir à nos grands chefs. Mettre au point une gestion «globale» de la planète est une affaire assez neuve et compliquée, il faut le reconnaître. Les sujets eux-mêmes ne sont pas coton, il faut bien l'admettre aussi. Personne n'a d'idée séminale sur aucun des thèmes. Tout se contesté, tout est disputé. Il faut être un type comme Dieu, pour régler ça en sept jours... Et si le pape s'est invité pour réclamer un capitalisme «éthique», son patron ne semble pas vouloir descendre donner un coup de main invisible.

Et alors Mesdames-Messieurs du G8? Peut-on quand même avoir un état d'avancement de vos travaux? Les ruines d'Aquila que Berlusconi n'arrive pas à remettre debout sont-elles une si mauvaise comparaison? Avancez-vous un peu? beaucoup? On sait: vous serez sûrement contents de vous sur la photo finale. Mais est-ce mérité?

Schématisons.

1- L'Asie va son chemin, sort de la crise, commence à s'orienter vers une croissance plus régionale et plus auto-centrée (en gros avec une consommation interne et un système de protection sociale qui permettent aux ménages de moins avoir besoin d'épargner). Il lui reste beaucoup de chemin à faire, notamment à construire un marché financier profond, intégré, ouvert et... transparent. Ce n'est pas gagné mais la direction est claire et admise.

2 - L'Amérique d'Obama avance à double tempo: conjoncturel avec le plan bancaire et le plan de relance, structurel avec la régulation bancaire, la loi énergie et le projet «santé pour tous». En conséquence, les Etats-Unis devraient sortir de la récession avant la fin de cette année et se préparer à un nouveau modèle de croissance appuyé sur une hausse de l'épargne et un désendettement des ménages. La vitesse sera moindre mais si le Président américain réussit son pari de redonner un espoir à la classe moyenne par ses réformes, le pays sortira plus fort de la crise.

3 - Et l'Europe? La quoi? L'Europe! Ah! Ce qu'on appelait «L'Europe»... Et bien, l'Europe réussit cette performance de s'effacer, de se perdre en querelles intestines au moment où l'Asie et l'Amérique copient son modèle et établissent chez eux un Etat providence «à l'européenne». Il y a de quoi être furieux de nos dirigeants. L'environnement? L'Europe dit «montrer le chemin». En vérité, aucun de ses pays membres ne respecte les engagements de Kyoto. La gouvernance mondiale? C'est Sarkozy qui réunit un G20 de crise, c'est l'Europe qui patauge ensuite, les Britanniques refusant une régulation de la City, les Français et les Allemands refusant une mutualisation de leurs parts au capital du FMI. Sarkozy et Merkel s'en prennent aux Hedge Funds? La Suède, présidente de l'Union, prend leur défense.

Comprenne qui pourra dans cette alliance de nains.

Les banques européennes sont-elles irresponsables de la crise des subprimes ? Oui, mais elles ont acheté par paquets les produits toxiques et leurs pertes sont au moins aussi grandes que celles des banques américaines. Quand la Maison Blanche et la Fed organisent un nettoyage de Wall Street (en accord avec les champions de la place), les capitales européennes agissent en ordre dispersé, sans transparence, sans pouvoir surmonter la division entre Londres et les autres capitales. Conséquence: la reprise en Europe sera retardée à 2010 et aucune réflexion n'est engagée sur la croissance post-crise, sur le modèle «post libéral», sur l'organisation nécessaire dans un monde multipolaire.

Cette crise donne raison à l'Europe mais sa voix se perd. Regardez le commerce et les négociations de Doha. Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) se félicite de ce que le protectionnisme ait été évité, jusqu'à maintenant. Mais les tensions croissent partout en parallèle avec la montée des taux de chômage. Qui sera décisionnaire? Les Etats-Unis et l'Inde, qui reviennent à la table après leurs élections respectives. Resteront-ils favorable à la mondialisation? On ne sait pas encore, les deux gouvernements ne se sont pas prononcés sur le fond. On sait seulement que l'allure du commerce mondial dépendra d'Obama et de Singh, pas de l'Europe.

Alors, tout n'est pas au point mort. Les chapitres du G20 de Londres se remplissent peu à peu, vaille que vaille, sur les paradis fiscaux, sur la supervision financière, sur le recapitalisation du FMI. D'autres sont au point mort, les agences de notation et les normes comptables, par exemple. Mais globalement, l'Europe est dépassée ou contournée. La raison est que les autres ont une direction, l'Union n'en a plus.

Eric Le Boucher

Image de une: Nicolas Sarkozy entouré de Gordon Brown et Angela Merkel, le 8 juillet à l'Aquila. REUTERS/Jason Reed

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Comments

Nos problèmes sont en France

Une fois n'est pas coutume, on peut contester cette analyse.

1/ L'Europe n'est qu'une zone de libre échange, depuis l'origine. 90% des Français veulent plus d'Europe mais n'en accepte pas les contraintes. S'il est difficile de se mettre d'accord au G8, il est autant difficile de le faire à 27 en Europe. Il n'y a pas de volonté politique de faire avancer plus l'Europe. Attendre plus de l'Europe, comme le font la plupart des commentateur et M. Le Boucher, c'est souligner les faiblesses d'une France en déclin.

2/ Cela ne veut pas dire que l'Europe n'a pas d'avenir. Chaque pays voit son futur par lui-même: les Allemands produisent de la technologie et exportent toujours plus que les Chinois 15 fois plus nombreux, les Anglais veulent sauver leur finance, les Espagnols sont toujours centrés sur l'immobilier et le tourisme, la France dans son dirigisme... Mais de nombreux pays sont très bien armés pour le futur; Pays-Bas, Danemark, Finlande, Belgique, Suède, Italie ont des économies fortement tournées vers l'extérieur. Les Allemands attendent sereins le redémarrage des échanges et croient en leur modèle. On ne peut pas attendre des pays forts qu'ils s'épuisent à faire avancer une Europe dans laquelle on parle 20 langues. La zone de libre échange Européenne a été le lieu d'expérimentation de leur projet et ils vont profiter du commerce mondial.

3/ Le discours de manque d'Europe est un discours bien Français. La France est trop affaiblie aujourd'hui dans la compétition mondiale. On ne paiera pas les retraites et les frais de santé des Français seulement en vendant des centrales nucléaires ou des TGV, cela ne suffira pas. Alors comme on se voit faible, on en vient à regretter que l'Europe ne soit pas plus forte. Le pays d'Europe le moins touché par la crise n'est pas dans l'Union Européenne, c'est la Suisse. Le chômage n'y a pas monté, le PIB ne va quasiment pas y baisser et les Suisses ne sont pas inquiets.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'une France forte indépendamment de l'Europe. Et aujourd'hui nous sommes plantés à regarder la dette monter. On n'entend ni ne voit d'ailleurs plus trop notre président fanfaronner au G8. Il ne peut quasiment rien faire pour influencer le monde mais il pourrait faire en France. C'est là que se joue notre avenir et pour l'instant, il n'est pas brillant.

Mouais

@ jboss : Et celui qui souffre le plus, c'est l'Islande, que vous nous auriez proposé comme modèle il y a 3 ans...

Comme le disait je ne sais plus quel journaliste, le vrai problème, c'est que chaque pays en Europe suit son plan de relance, tout en restant limité par l'UE, sans en parler avec ses voisins, et sans les moyens phénoménaux de la Chine, l'Inde ou les USA.

Bah, comme d'hab, on va moins souffrir pendant, on va moins repartir après, on va continuer à en chier, mais ça restera raisonnable... Qui nous donnera le leadership nécessaire pour amener de vrais nouvelles solutions, originales et qui sauront redonner l'espoir aux plus pauvres de notre pays ??

La France ne sait pas ou elle va

Plus d'Europe certes mais les francais ne font pas de concessions à leurs partenaires. Les réformes la France en parle beaucoup mais ne les fait pas vraiment. Elle donne des lecons et des conseils mais va fleurter avec 7 ou 8% de déficit. Elle fait du prosélytisme républicain sur toute la planète mais tout le monde s'en fout.
Comme le dit JBOSS les TGV ne suffiront pas a payer notre train de vie. Et on parle d'emprunt pour développer les filières de demain, quoi? L'Etat continue donc a vouloir gérer tout, c'est affligeant. Qu'il reduise sa voilure de 50% et plus qu'il laisse les francais travailler qu'il crait l'environnement pour la prospérité et tout ira bien. Aujourd'hui c'est l'autoconviction que le gouvernement espère voir se réaliser sous forme d'autoréalisation, concept fort en finance mais nul en politique.
Les francais se prépare à un dur avenir...Car il n'y a pas de projet rationnel de la socitété, il n'y a qu'un rève.

Peter jones

Sortie de crise

Les USA vont sortir de la récession? Peut-ètre. L'Etat fédéral, plusieurs Etats, plusieurs villes majeures, sont en cessation de paiements. Actuellement, l'Etat américain dépense, en flux, le double de ses recettes.

Les USA ne sortiraient durablement de la récession qu'en confisquant une part prépondérante de l'épargne mondiale. Ils n'y parviendront pas.

Dans le mème temps, cinq cents millions de personnes entreront dans la pauvreté, dont cent, dans la pénurie alimentaire ( y compris, dans les pays développés ) . Qui peut croire que cela n'aura aucune conséquence géopolitique ?

Ce n'est pas l'Europe, qui est en ruines, mais la pensée occidentale.

goliath

Alliance de nains? Plutôt l'Europe des Nonistes

Je ne sais pas si M. Eric Le Boucher a voté Non au réferendum (j'espère bien que non!) mais en tout cas il oublie de parler de ce coup de grisou bien français dans son article. Comment voulez-vous que nos chefs de gouvernements parlent d'une seule voix quand un pays aussi important que la France rechigne à lui fournir un parlement - et de là un gouvernement - centrale. Aucun des pays hors UE n'est confronté par une telle contradiction. C'est déjà un miracle que nos partenaires nous voient comme une "union". Tant que ce petit détail n'est pas réglé, non seulement nous ne serons pas le pilote de l'avion mais nous risquons de ne pas être à bord du tout!

Peter Wright

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