Sports

Le basket français condamné à jouer en seconde zone

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.09.2013 à 14 h 42

Malgré le magnifique succès de l'équipe de France championne d'Europe et de ses joueurs de talent, la mayonnaise ne prend pas et les matchs restent mal exposés médiatiquement. La faute à la culture sportive éclatée qui existe en France?

Les basketteurs français Nicolas Batum, de dos, et Alexis Ajinca, à Ljubjana, le 22 septembre 2013, en finale de l'Eurobasket. REUTERS/Srdjan Zivulovic

Les basketteurs français Nicolas Batum, de dos, et Alexis Ajinca, à Ljubjana, le 22 septembre 2013, en finale de l'Eurobasket. REUTERS/Srdjan Zivulovic

Le succès de l’équipe de France de basket lors des championnats d’Europe va-t-il changer le destin de ce sport dans nos frontières? C’est l’espoir fondé par les amoureux de la discipline qui jugent que ce sport n’a pas eu jusqu’ici la place qu’il méritait sur le plan médiatique. Selon eux, l’aubaine d’une telle victoire saluée sur France 2 par un pic à 7 millions de téléspectateurs lors des derniers instants de la finale contre la Lituanie devrait offrir un nouvel élan et un nouveau statut à un sport qui aurait déjà manqué une première chance de s’imposer au plus grand nombre après la médaille d’argent décrochée aux Jeux olympiques de Sydney en 2000.

En effet, voilà 13 ans, ce haut fait d’arme du basket national n’avait pas eu de réelle incidence sur le devenir d’un sport qui, précédemment, n’avait pas davantage tiré de profit excessif du succès du CSP Limoges, premier club français (tous sports collectifs confondus) sacré sur le plan européen en 1993. La faute, d’après les spécialistes, à l’incapacité de la Fédération française de basket à transformer l’essai, mais aussi (et peut-être surtout) à des médias généralistes guère enclins à ouvrir ensuite leurs antennes aux artistes de la balle orange.

Insatisfaits, les mêmes aficionados ont crié au scandale sur les réseaux sociaux à l’annonce de la diffusion de la demi-finale France-Espagne sur France 4 comme si cette chaîne, pourtant gratuite, était indigne de recevoir une telle rencontre à l’heure du prime time. Mais il est vrai que les fans sont souvent excessifs et prennent leurs désirs pour des réalités. Ils risquent encore d’être grandement déçus…

Avec 468.136 licenciés en France (chiffres 2012), le basket n’est «que» la sixième discipline du pays très loin derrière le football (1.973.260), le tennis (1.121.752), l’équitation (706.449) et le judo (595.066), mais tout près du handball (470.590) qui l’avait récemment dépassé sur la lancée des nombreux titres internationaux des Français. Le titre européen va-t-il donc propulser ce sport dans une autre dimension sachant que tous les meilleurs joueurs, à commencer par Tony Parker, ont assuré avec bonhomie un remarquable «service après-vente» dans tous les medias nationaux et régionaux?

« Il est probable que non ou alors de façon marginale, analyse Patrick Mignon, chercheur au Laboratoire de sociologie du sport de l'Institut National des Sports et de l'Education (INSEP). Il est possible qu’il y ait une poussé au niveau des licenciés, mais en ce qui concerne les clubs français, ils risquent de demeurer relativement loin du plus haut niveau européen et, pour cause, puisque les meilleurs Français évoluent aux Etats-Unis. Et le basket n’a-t-il pas déjà connu son effet de mode en France lors des années Michael Jordan en NBA? En fait, tout continuera de tourner vraisemblablement autour des résultats de cette équipe de France comme c’est le cas au handball où les titres olympiques, mondiaux et européens n’ont pas forcément contribué à remplir ou à élargir les salles du championnat de France. Pourquoi se déplacer si certains des meilleurs Français ne sont pas là?»

A l’image du handball mais aussi d’autres disciplines, le basket souffre aussi de ce qu’il est possible de nommer la culture sportive éclatée existant en France. Si le football, intouchable sport n°1, est très bien réparti sur l’ensemble du territoire en ce qui concerne les clubs de l’élite avec la présence de presque tous les grands centres urbains en Ligue 1, les autres sports professionnels ne traversent pas les couches du pays de la même manière.

A l’exception des deux clubs parisiens, tous les clubs du Top 14 de rugby se situent, par exemple, en dessous de la Loire. Comme le handball, le basket à son sommet est quant à lui confiné historiquement à des villes moyennes ou petites, comme Cholet ou Gravelines, ou à des villes de banlieue comme Villeurbanne ou Nanterre aujourd’hui et Bagnolet hier. C’est, à l’origine, un sport de patronage en France sans que cette définition soit connotée ou injurieuse.

«Compte tenu de la taille modeste des villes et donc des stades qui accueillent les clubs, les objectifs sont forcément réduits, souligne Patrick Mignon. De plus, en raison d’une politique budgétaire très contrainte, les pouvoirs publics locaux évitent de plus en plus de prendre des risques pour construire des enceintes sportives qui viendraient pallier celles existantes souvent désuètes. Les récents déboires du club de foot du Mans viennent de constituer un avertissement supplémentaire

Et pour revenir au basket, la déroute financière du CSP Limoges, club au palmarès pourtant étincelant, il y a quelques années n’est pas de nature à rassurer les investisseurs dans un sport qui demeure fragile sur le plan économique à cause de l’absence d’investisseurs puissants.

Reste à connaître également la vraie culture sportive en France si elle existe vraiment au-delà de ses spécificités géographiques. C’est un autre exotisme d’une nation globalement peu désireuse de se passionner pour le sport sur la durée contrairement, par exemple, à la Grande-Bretagne, à l’Allemagne et aux Etats-Unis.

Là encore, le paysage national a relativement peu bougé avec le temps malgré le triomphe de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 1998, petit tremblement de terre qui a pu modifier la perception du sport par l’ensemble des concitoyens.

«Dans des pays comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne, on pratique et on regarde beaucoup le sport, ce qui n’est pas vraiment le cas en France, ajoute Patrick Mignon. Pour revenir à 1998, il faut se souvenir que les premiers matches de l’équipe de France avaient attiré des audiences normales qui n’étaient pas extraordinaires au regard de celles que l’on peut constater dans d’autres pays pour des équipes nationales dès le début de leur parcours. Il a fallu attendre la fin du championnat de cette équipe de France pour atteindre des sommets et une véritable adhésion du pays tout entier. Et aujourd’hui, avec des performances en demi-teinte, les audiences ont baissé et l’on voit même que l’équipe de France a désormais du mal à remplir le Stade de France, ce qui serait inimaginable en Angleterre ou en Allemagne.»

Un constat qui n’incite pas à un optimisme débordant pour le basket avec une génération dorée plutôt en fin de cycle et dans une contrée où la pratique sportive reste relativement figée à l’exception notable de l’engouement pour la course à pied parce qu’il s’agit d’une culture individualiste peu onéreuse.

Que la France soit devenue championne d’Europe des paniers percés, il y a là comme une forme de logique en ces temps budgétaires arides, mais le basket français ne doit pas s’attendre à monts et merveilles après ce magnifique épisode slovène. «Si j’étais président de la ligue, je ne sais pas comment je ferais», disait Tony Parker concernant la difficile promotion du Championnat de France de Pro A, la première division masculine, dont les meilleures rencontres seront diffusées sur Canal + Sport aux audiences encore très limitées.

Yannick Cochennec

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