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Afghanistan: repousser les talibans pour aider Hamid Karzai

Françoise Chipaux, mis à jour le 08.07.2009 à 18 h 22

La coalition américano-britannique a lancé une grande offensive au Sud avant la présidentielle.

Première application sur le terrain de la nouvelle stratégie américaine, la grande offensive américano-britannique dans la province afghane d'Helmand vise aussi à repousser les talibans avant l'élection présidentielle du 20 août. Foyer de l'insurrection, les provinces sud de l'Afghanistan sont essentiellement pashtouns et le président Hamid Karzai, pashtoun lui-même a un besoin impératif du vote de ces provinces. L'élection présidentielle de 2004 a montré que le vote reste largement ethnique et la crédibilité du scrutin pourrait être remise en cause si l'insécurité croissante dans les zones où prédominent les talibans ne permettait pas aux pashtouns, ethnie majoritaire, de s'exprimer normalement.

Contrairement à 2004, les Afghans montrent peu d'enthousiasme pour ce deuxième scrutin présidentiel que devrait remporter par défaut Hamid Karzai qu'un récent sondage ne crédite que de 31% de votes favorables. La désillusion de la population est telle après huit de présence étrangère que la crainte de la communauté internationale est que cette élection renforce plus qu'elle ne souligne le divorce entre les Afghans et le processus de reconstruction politique mis en place à grand frais. Les responsables américains, en particulier, qui ont fait de l'Afghanistan leur priorité craignent un revirement de l'opinion publique américaine si celle-ci constate le désintérêt des Afghans.

Alors que le président Barack Obama s'est donné un temps limite pour renverser une situation qui ne cesse de se détériorer, l'opération combinée dans la province d'Helmand, berceau de la culture du pavot, vise aussi à sécuriser la province pour permettre au gouvernement afghan d'opérer. Les 4000 Marines fer de lance de cette opération font partie des 17 000 soldats américains supplémentaires autorisés par le président Obama et qui ont pour principale tâche de nettoyer et occuper le terrain pour permettre la reconstruction promise sans effet depuis trop longtemps, en particulier dans le sud afghan.

La tâche des Marines, aidés par quelques 8000 soldats britanniques déployés dans la province d'Helmand depuis 2006, ne sera pas facile. Le gouvernement afghan n'a qu'une présence limitée dans cette province où les talibans circulaient quasi librement jusqu'à maintenant. Victimes des bavures des troupes étrangères — bombardements aériens intempestifs avec son cortège de victimes civiles, fouilles sans respect des maisons, arrestations arbitraires — la population ne risque pas d'accueillir à bras ouvert les Marines. Le résultat de la présence étrangère dans cette région depuis 2001, est d'abord le retour de l'insécurité qui n'a pas été compensé par du développement. Profondément conservatrice, la population de ces régions se sent plus en phase avec les talibans qu'avec des étrangers dont elle sait qu'ils partiront un jour.

La volonté de la communauté internationale de promouvoir avec plus d'emphase la bonne gouvernance, le respect de la loi et l'ordre pour acquérir le soutien local est d'autre part en contradiction directe avec les compromis déjà opérés par le président Karzai pour assurer sa réélection. En s'entourant de chefs de guerre dont le passé et le présent criminel devraient relever des tribunaux, Hamid Karzai montre que la bonne gouvernance n'est pas sa priorité et qu'il est prêt à tout pour se succéder à lui-même. Dans cet environnement, on peut s'interroger sur la volonté et la capacité des autorités afghanes à faire leur part du travail dans un plan qui nécessite pour son succès leur coopération pleine et entière.

Depuis son déploiement dans l'ensemble de l'Afghanistan, l'Otan est confrontée à une tâche quasi impossible puisque son rôle est de soutenir et renforcer les capacités d'un gouvernement honni par la population, parce que criminel et corrompu. En faisant du Pakistan le seul responsable du retour en force des talibans, les autorités afghanes s'absolvent à bon compte de leurs manques. La communauté internationale, en quelque sorte otage d'une situation qu'elle a laissé se créer, risque d'avoir bien du mal à sortir de ce qui a tout l'air d'un bourbier.

Françoise Chipaux

A lire aussi sur le même sujet: Après la victoire de l'armée pakistanaise, Pourquoi l'armée pakistanaise ne s'en prend pas vraiment aux talibans? et Obama impuissant en Afghanistan et au Pakistan.

(photo: Hamid Karzai le 14 juin 2009 à Kaboul/ REUTERS/Ahmad Masood)

Françoise Chipaux
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Journaliste
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