France

L'invasion de Roms n'aura pas lieu

Marianne Rigaux, mis à jour le 26.09.2013 à 11 h 34

Pas plus de Roumains et de Bulgares, d'ailleurs, au 1er janvier 2014 comme le font craindre certains. Pourquoi? Ceux qui auraient pu venir sont déjà là et ils ne sont pas très nombreux.

Dans un campement illégal à Lille en septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol

Dans un campement illégal à Lille en septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol

Deux échéances font revenir en force les Roms dans les médias: l’accès libre au marché du travail à partir du 1er janvier 2014 et les élections municipales de mars, avec leur lot de surenchère verbale. Au 1er janvier prochain, Roumains et Bulgares pourront librement travailler en France. Depuis leur entrée dans l’UE en 2007, ils sont libres de circuler et de s’installer où ils le veulent, mais ne peuvent pas exercer n’importe quel métier.

Pour l’instant, ils doivent obtenir une autorisation de travail délivrée par une préfecture française, ce qui peut prendre plusieurs mois, même avec une solide promesse d'embauche. L’employeur doit aussi prouver qu’il n’a pas trouvé de candidat français pour le poste, sauf pour une liste de 291 métiers pour lesquels le pays manque de main d’œuvre. Jusqu’en octobre 2012, cette liste ne contenait encore que 150 métiers dits «sous tension».

Avant même la fin de ces mesures transitoires, certains pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni pointent le risque d’une «invasion» de ressortissants roumains et bulgares. Et parmi eux, de nombreux Roms.

Spéculations et fantasmes

Au Royaume-Uni, le leader de l'United Kingdom Independence Party (UKIP) Nigel Farage l’affirme: «Nous allons ouvrir nos portes à 29 millions de Bulgares et Roumains pauvres. Il est temps de reprendre le contrôle de nos frontières». «Ils ont peur que les travailleurs roumains dérèglent leur marché du travail avec nos salaires plus faibles», constate Ilie Serbanescu, économiste et ancien ministre roumain.

Une étude de l'Observatoire des migrations de l'université d'Oxford relativise pourtant ces fantasmes. Après avoir analysé le «raz-de-marée» migratoire suscité par l'élargissement de l’UE en 2004, les auteurs concluent que les ressortissants des nouveaux pays membres ne représentent qu’un tiers de l'immigration totale au Royaume-Uni.

En France, c’est le Front National qui agite le chiffon rouge. «Je vous annonce que dans le courant de l'année 2014, il viendra à Nice 50.000 Roms au moins puisqu'à partir du  1er janvier, les 12 millions de Roms qui sont situés en Roumanie, en Bulgarie et en Hongrie auront la possibilité de s'établir dans tous les pays d'Europe», a lancé Jean-Marie Le Pen cet été.

Il y a entre 15.000 et 20.000 Roms en France, originaires de Roumanie et de Bulgarie pour la plupart, mais aussi de Macédoine, du Kosovo, de Slovaquie... Un chiffre stable depuis des années. De tous ses voisins, la France est le pays qui compte le moins de Roms: ils sont 750.000 en Espagne et 150.000 en Italie.

L’immigration a déjà eu lieu

Pour la politologue roumaine Irène Costelian, il n’y aura pas de raz-de-marée à l’horizon. «Les Roumains [Roms ou non] sont déjà partis depuis longtemps», affirme-t-elle. Il n’y aura pas de nouveau rush comme il y en a eu en 2004 à la suppression des visas ou en 2007 à l’entrée dans l’Union européenne». Ni comme en 1990, après la chute du dictateur Ceausescu.

D’après le recensement réalisé en 2011, la Roumanie a perdu 13% de sa population depuis la fin du communisme, passant de 23,21 millions en 1990 à 20,12 millions d'habitants en 2011. En cause, une forte émigration, principalement vers l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne, et dans une moindre mesure vers la France, où le nombre de ressortissants roumains est estimé à 200.000 personnes.

Et puis partir n’a plus la cote, selon Edith Lhomel, analyste à la documentation française. «En 2011 et 2012, les revenus envoyés au pays par les Roumains expatriés ont baissé. On commence à se rendre compte qu’immigrer dans un pays d’Europe occidentale en crise n’est pas si rentable».

«Le pauvre fait peur»

Reste que les spéculations font douter, à quelques mois des élections municipales en France. Le trio Rom/immigration/insécurité refait surface dans les discours politiques et les médias. «Il ne faut vraiment pas craindre la Roumanie», écrivait le Premier ministre roumain Victor Ponta dans une tribune publiée dans le Times en février.

Oui mais voilà, «le pauvre fait peur», reconnaît Irène Costelian, elle-même née en Roumanie. «Le Roumain traîne l’image du travailleur pauvre qui va casser les prix». Un thème de campagne idéal pour le Front National, mais aussi pour la droite.

Depuis quelques semaines, les Roms et les amalgames sont partout: articles, petites phrases, carte pour localiser les camps, Une racoleuse. Ils ne sont que 20.000, soit la population du Puy-en-Velay, mais ils arrivent à éclipser les 3,2 millions de chômeurs.

Marianne Rigaux

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Journaliste
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