Culture

«GTA V», la meilleure compilation musicale de l'automne

Jérémie Maire, mis à jour le 26.09.2013 à 15 h 14

A l’instar d’un «Tony Hawk’s Pro Skater», le blockbuster de Rockstar devrait devenir la bande-son de toute une génération d’ados, car sa sélection d’esthète propose plus qu’une immersion dans Los Santos: un vrai guide éducatif du bon son.

Fond d'écran officiel du jeu.

Fond d'écran officiel du jeu.

GTA V, sorti le 17 septembre, a déjà commencé son travail de sape dans la vie sociale et amoureuse de millions de gamers adultes. Mais davantage qu’un destructeur de couple ou d’amitié, le blockbuster de Rockstar pousse loin le lien aussi essentiel que marquant qu’ont toujours entretenu musique et jeux vidéo.

Le cinquième opus de Grand Theft Auto propose au choix quinze stations de radio musicales à écouter au volant des bagnoles volées. Et donc autant d’ambiances, à travers 240 chansons dont les droits ont été achetés pour l’occasion par l'éditeur.

De quoi marquer toute une génération de gamins en plein questionnement hormonal et musical. Les ados qui se sont rués dessus dès sa sortie (bien que le jeu soit déconseillé aux moins de 18 ans en France en raison de sa violence) et qui ont donc renoncé à aller draguer à l’arrêt de bus du collège vont se prendre une double baffe.

Ludique, en premier lieu, puisque la presse spécialisée et généraliste ne tarit pas d'éloges, arguant que c’est le meilleur jeu jamais programmé depuis Pong. Le milliard de dollars de recettes tout juste atteint en atteste.

Musicale ensuite, tant la sélection pointue pousse à son paroxysme le fait de jouer pour écouter de la musique et/ou d’écouter de la musique en jouant.

Laisser tourner le jeu en fond sonore

Plus encore qu’une plage sonore servant à napper l’intrigue, les bandes-son marquantes sont celles qui sont absorbées, digérées et tracent un chemin en l'auditeur. Combien de gamins âgés de 15 ans au début des années 2000 ont vu leur horizon s’élargir en restant scotchés sur les titres rageux des BO travaillées et thématiques des Tony Hawk’s Pro Skater, composées de morceaux des Dead Kennedys, Millencolin, Fu Manchu ou encore Redman et House of Pain?

Tandis que les mordus de skateboard et les joueurs assidus se défonçaient pour rentrer le plus de tricks possibles, d'autres laissaient tourner le jeu en fond sonore d'un devoir de maths. Parler de ces jeux autour de soi relève d’un test grandeur nature pour tester l’impact réel de sa sélection musicale, nettement plus marquante que les baggys de Rodney Mullen.

Plus récemment, les jeux vidéo clairement orientés musique, type Guitar Hero, ont certes pour but de faire semblant de jouer des chansons, mais peuvent amener leur acheteur plus loin —pas seulement à acheter des t-shirts moches de groupes comme My Chemical Romance ou Dragonforce, mais aussi à découvrir des groupes jusqu’alors inconnus, voire, pourquoi pas, à se mettre vraiment à la gratte.

Et le jeune boutonneux de se surpasser sur sa guitare en plastique afin de débloquer de nouveaux niveaux, et donc de nouvelles chansons, et autant de nouveaux groupes préférés potentiels. Il n'est depuis pas totalement impossible d'entendre un ado crier à ses potes «Hey, c’est la musique de Guitar Hero!», durant un concert IRL des Strokes (Reptilia dans GH 3) ou de The Bronx (Six Days A Week dans GH 5).

Des hordes de jeunots aux concerts de FIDLAR

Les ados accros à GTA V et les nostalgiques de Tony Hawk's Pro Skater 2 ne font évidemment pas partie de la même génération et consomment la musique de manière totalement différente. Les gamins de l’omniprésente «génération Y» sont nés dans une époque où tout est disponible sur Internet.

L’apprentissage musical se fait plus tôt et de manière horizontale, et non plus verticale comme dans l’ère pré-ADSL, où la seule manière de découvrir et écouter des nouveaux groupes était de lire des magazines, d’avoir des copains plus âgés et des cassettes vierges. Aujourd’hui, les ados piochent dans tous les genres et les styles.

Leur caractère supposé zappeur se trouve compensé par l’offre abondante, et surtout variée, de radios dans GTA V. Une génération picoreuse y trouvera forcément son compte, à travers un nom déjà entendu/vu/connu, et ne pourra que pousser plus loin dans l’apprentissage du bon son.

A Los Santos, tous les goûts sont dans la nature (urbaine). Si Non-Stop-Pop FM, la radio-robinet à hits actuels (Rihanna, Britney Spears et la géniale Robyn), n'offre pas vraiment d'enjeu, les autres, plus spécialisées, présentent un vrai choix esthétique et une belle photographie de l'actu musicale de 2013, puisque la majorité des chansons proposées sont vraiment diffusées à la radio américaine.

Si West Coast Classics joue les standards imparables du rap de la côte ouest (2Pac, Snoop Dog, Dr Dre), Radio Los Santos s’ouvre à la scène hip-hop actuelle (A$AP Rocky, Kendrick Lamar, Gucci Mane...). Vinewood Boulevard Radio donne elle la part belle au garage américain d’aujourd’hui avec Metz, Ty Segall, Thee Oh Sees, Bass Drum Of Death, Wavves ou FIDLAR —plus qu'il n'en faut pour convaincre un ado réceptif d’abandonner ses devoirs pour passer ses mercredis aprèm' à rider dans Los Santos.

Du réalisme jusque dans l'autoradio

Mais musicalement, l'intérêt de Grand Theft Auto va bien au-delà du plaisir de reconnaître un titre connu ou de découvrir une nouvelle chanson. Expérience complète, le volume V propose une expérience musicale aussi cohérente que des jeux dotés d'une bande son classique, que celle-ci ait pour but de susciter l’effroi (le premier Resident Evil et son violoncelle oppressant), de souligner la beauté des décors (les nappes de synthé de Myst) ou même de participer à l’avancement de l’intrigue (le magnifique Loom).

Ses choix musicaux encore plus pointus que dans les autres épisodes n'ont rien d'anodin tant la musique a toujours eu pour but d'ajouter une touche de réalisme supplémentaire aux décors particulièrement soignés des jeux Rockstars. Dans Red Dead Redemption, l’ambiance western était évidemment appuyée par la bande-son tout en cordes, cors, banjo et harmonica, qui rendait l’immersion plus prégnante. Mais le cheval de John Marston, l’antihéros du jeu, n’était pas équipé d’autoradio.

Côté GTA, la tradition musicale de coller à l’environnement existait déjà dans les précédents épisodes. Dans l'opus IV, qui se passait à Liberty City (copie de New York), les radios reflétaient le son de la Grosse pomme, entre hip-hop East Coast, électro new-yorkaise et hardcore labélisé New-York. L’intrigue de Vice City, elle, se déroulait dans une version fantasmée du Miami des années 1980, marquée par le Scarface de De Palma. La BO qui en découlait était sur ce modèle: du soleil, des hits à coupe mulet et du Giorgio Moroder.

Une radio pop pour la première fois

GTA V, de la même façon, offre des chaînes thématiques ancrées dans l’histoire et l’ambiance de Los Angeles, qui font des radios spéciales West Coast ou musique latine de véritables reflets du paysage. Le souci du détail se manifeste dans le choix des hosts des radios: de même que dans GTA IV, on retrouvait notamment Femi Kuti aux platines, dans le V, Lee Scratch Perry et Pam «Jackie Brown» Grier animent respectivement la radio reggae et soul/funk. Channel X, où l’on retrouve pêle-mêle la crème du hardcore californien des années 1980, est elle confiée au punk à dreadlocks Keith Morris, légendaire chanteur de Black Flag, Circle Jerks et OFF!

«Ce qui était important pour nous était de capturer l’ambiance de LA et de la Californie», a indiqué Ivan Pavlovich, superviseur de la bande-son du jeu, à Rolling Stone. «Nous avons conçu les stations de radio comme l’univers sonore et musical d’une virée dans Los Angeles», ajoutait-il, précisant que la présence d’une radio pop, une première dans un GTA, «prend tout son sens dans le contexte de LA».

Avec les 100 heures de durée de vie estimée du jeu, les gamers vont peut-être perdre leur bronzage, mais ils devraient au moins avoir tout le loisir de s'immerger dans l'univers musical californien concocté par Rockstar, et d'apprendre par cœur la playlist de leur radio préférée.

Jérémie Maire

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