L'histoire du logo mythique des transports londoniens

Les spécifications pour la cocarde d'Edward Johnston, vers 1925 / Photo fournie par le musée du transport de Londres

Les spécifications pour la cocarde d'Edward Johnston, vers 1925 / Photo fournie par le musée du transport de Londres

Cette cocarde symbolise à elle seule Londres et ses transports.

Un cercle barré d'une ligne: la cocarde de Transports for London demeure à ce jour l'un des symboles les plus célèbres de la Grande-Bretagne. Créée en 1908, elle est aujourd'hui un logo de transport commercial mondialement connu –et une icône culturelle à part entière.

La conception de cette cocarde (appelée «oeil de boeuf» jusqu'en 1972) n'est attribuée à personne; et ce mélange d'abstraction, de typographie et de formes géométriques ne symbolise rien en particulier. Mais ce logo mémorable, à la forme nette et précise –qui a rendu les plaques du métro londonien particulièrement lisibles– a conservé son intégrité tout en s'adaptant à chaque époque et en évoluant en fonction des nouvelles utilisations qui en étaient faites (nouvelles couleurs, nouvelle typographie). Il n' a rien perdu de sa puissance symbolique. Et il continue d'incarner les transports en commun londonien –jusqu'à la ville elle-même.

Le docteur David Lawrence, historien du design, enseigne à l'université Kingston de Londres. Son ouvrage consacré à l'histoire de la cocarde, A Logo for London, a été publié chez Laurence King Publishing.

Cet ouvrage retrace l'histoire et la conception du logo des transports londoniens, en illustrant ses nombreuses incarnations et utilisations avec des affiches, des photographies et d'autres documents graphiques inédits issus des archives du Musée du transport de Londres et de collections privées.

«L'histoire du plus puissant et du plus célèbre des symboles des temps modernes n'avait jamais été relatée», m'explique Lawrence.

Voici une sélection d'images choisies par ses soins pour illustrer l'évolution du symbole –qui demeure l'un des logo commerciaux les plus imités et des plus efficaces de notre histoire.

Franck Pick, administrateur des transports britanniques, contribua en grande partie à mettre le design au centre de l'élaboration de l'identité d'entreprise du métro de Londres dans la première moitié du XXe siècle. Il a eu ces sages paroles:

«Le design n'est pas une forme qui peut entrer ici et là et qui peut être omise autre part. Le design doit entrer partout.»

Conçue en 1905, la roue ailée fut l'un des précurseurs de l'emblématique design du cercle barré. Entre 1910 et 1914, les employés des bus de Londres portaient la roue ailée (photographiée ci-dessous) sur leurs casquettes; c'était le logo de la London General Omnibus Company.

Photo fournie par David Lawrence

Une impression simplifiée du disque barré d'origine du métro de Londres (conçue en 1908 et reproduite en 1955 par W.H. Hilton, un ancien employé du métro) révèle la nature abstraite de l'esquisse du symbole.

Photo fournie par David Lawrence

La signalétique des stations de métro de Londres –comme celle de Covent Garden– utilisait ce disque barré en 1908; on retrouve les deux couleurs caractéristiques, le rouge et le bleu.

Photo fournie par David Lawrence

Edward Johnston a modifié les proportions de tous les éléments du symbole. Les caractères sont plus gras, la barre est un peu plus grande et il y a plus d'espace vide au centre du logo. Son symbole définitif du métro londonien date de 1919. Ce symbole du London Passenger Transport Board (LPTB) date de 1933.

Photo fournie par Justin Howes/Capital Transport Publishing

Le trolleybus de Londres –un véhicule électrique alimenté par des câbles aériens– a remplacé les trams dans le sud-ouest de Londres en mai 1931. Ce logo montre comment le design d'origine a permis d'élaborer toute une gamme de symboles d'entreprise.

Photo fournie par David Lawrence

Sous l'influence d'artistes et de designers expérimentaux (notamment Man Ray et Hans Schleger) le logo a fini par se transformer en symbole universel de l'ensemble des transports en commun de Londres. Dans cette affiche de 1938, Man Ray représente le cercle barré en trois dimensions et en fait une planète.

Photo fournie par le musée du transport de Londres

En 1935, le designer allemand Hans Schleger a repensé l'œil de bœuf d'Edward Johnson pour créer une gamme de panneaux d'indication d'arrêt –et ce pour l'ensemble des véhicules de transports en commun de Londres. Cet audacieux logo rouge, blanc et noir de 1936 a été inspiré par l'évolution de l'art moderne: son style simple et abstrait n'a depuis jamais cessé d'influencer l'esthétique des transports en commun de Londres.

Photo fournie par David Lawrence

Au début des années 1950, le logo est enfin simplifié et débarrassé de ses détails d'avant-guerre, comme on peut le voir sur la couverture de cette carte du réseau ferroviaire de 1954.

Photo fournie par David Lawrence

De toutes les versions du logo, c'est la cocarde bleue et rouge du métro (ici, la station de North Greenwich) qui demeure la plus connue et la plus souvent imitée. On retrouve cette référence un peu partout dans la pop culture: boîtes de nuit, marques de mode, mouvement Occupy London

Photo fournie par David Lawrence

Transport for London publie un manuel recensant les normes de conception des logos, de manière à s'assurer que les cocardes respectent leurs couleurs et leur typographie dans l'ensemble du réseau –et au-delà. L'organisation cherche depuis peu à s'associer à différentes entreprises sponsors pour étendre leur réseau de transport (ci-dessous, le panneau des télécabines londoniennes en partie financées par la compagnie aérienne Emirates, inaugurées en juin 2012).

Photo fournie par David Lawrence

Kristin Hohenadel

Traduit par Jean-Clément Nau