Des «Ennemis publics» de pacotille
Michael Mann raconte les derniers jours de John Dillinger dans «Ennemis publics».
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En lisant la biographie de John Dillinger, on a l'impression que le célèbre gangster vivait déjà dans un film de Michael Mann. Tout y est. L'affrontement existentiel entre deux hommes aussi exceptionnels que virils (Dillinger et Melvin Purvis, l'agent du FBI qui l'a retrouvé au terme d'une longue traque); une propension irrépressible à déclencher des fusillades aussi spectaculaires que sanglantes; et les années 1930, qui permettent à Mann de filmer ses héros, le regard glacé et le feutre incliné au millimètre près, sous toutes les coutures de leurs costumes impeccables. Bref, le scénario dont Mann devait rêver depuis toujours.
Mais alors, pourquoi Ennemis publics (Universal Pictures), adapté par Michael Mann à partir du livre de Bryan Burrough, laisse-t-il le spectateur aussi indifférent? Je pose la question sans malice. J'adore les films de Mann, même Miami Vice, qui était aussi décousu et incohérent qu'un épisode de la série, mais créait une atmosphère inimitable. Je suis donc allée voir Ennemis Publics avec la certitude que ce serait au moins un bon film de gangsters et, peut-être, qu'il réinventerait complètement le genre. Au lieu de cela, j'ai passé un (long) après-midi à visiter une sorte de musée Grévin du film de gangsters.
Le principal problème, mais c'est loin d'être le seul, vient d'une erreur de casting: Johnny Depp n'est pas convaincant en ennemi public. Son charisme très particulier s'accommode mal d'un rôle de vrai dur (il s'en approchait un peu dans Donnie Brasco, mais il jouait un agent infiltré). En effet, ses deux types de jeu sont le romantisme naïf (Benny et Joon, Neverland) et le grotesque flamboyant (Pirate des Caraïbes, Sweeney Todd). Ici, son interprétation beaucoup plus retenue que d'habitude parvient à faire passer le côté fascinant du personnage (et, dans certaines scènes un peu incongrues mais touchantes, sa fragilité), mais pas son côté dangereux. Pourtant, Dillinger n'est pas devenu une légende de la pègre en faisant du gringue aux dames et en portant bien le costume. Ça devait aussi être un sacré fumier, un assassin sans scrupules. Or, bien que les autres personnages se comportent avec lui comme si c'était le cas, on ne voit jamais l'étincelle de méchanceté ou d'inhumanité dans ses yeux. C'est triste à dire, mais on est plus proche de Buster Keaton que de James Cagney.
Autre problème, la dimension sociale et historique du film est réduite à la portion congrue. On entend à peine parler de la Grande dépression ou de la Prohibition, qui ont pourtant créé l'environnement propice à l'émergence de super criminels tels que Dillinger. Mann nous laisse seulement entrevoir les origines du FBI qui, dans les années 1930, n'était encore qu'un vague projet de J. Edgar Hoover (interprété par Billy Crudup, qui maîtrise parfaitement la diction frénétique si caractéristique des actualités de l'époque). Même les plus petits rôles sont joués par de bons acteurs. Lili Taylor, Giovanni Ribisi, Channing Tatum et Stephen Dorff apparaissent quelques (trop courts) instants, le temps de dire une ou deux répliques. Et Peter Gerety, le grand acteur de composition, est remarquable en avocat mafieux qui défend Dillinger avec une conviction désarmante.
Marion Cotillard, dans le rôle de Billie Frechette, la jeune femme mi-française mi-américaine qui devient la maîtresse de Dillinger, est un cran au-dessus de l'habituelle potiche du caïd. Tout comme Johnny Depp, elle porte les tenues d'époque avec un naturel qui ne la rend que plus séduisante. Et, bien sûr, la caméra de Michael Mann (une HD, comme dans ses deux précédents films), accomplit des prodiges, si vous aimez la vidéo. Une fusillade filmée dans les bois sans aucune lumière devient compréhensible; les chromes d'une voiture reflètent la scène puis, lorsqu'elle démarre, un ciel magnifique.
Une image revient plusieurs fois dans le film. Le visage d'un homme au moment où, comme le dit Dillinger, «ses yeux se figent dans la mort.» Christian Bale et Johnny Depp ne cessent de se croiser mais ils partagent une grande scène et reviennent sur ce sujet. A travers les barreaux d'une cellule, ils s'interrogent mutuellement. «Tu as déjà vu les yeux d'un homme se figer dans la mort?» / «Oui, et toi?». Très bien, mais on ne voit pas vraiment où Mann veut en venir en insistant aussi lourdement sur la nécessité (voyeuriste?) de regarder quelqu'un mourir pour devenir un homme, un vrai. Et quand Dillinger finit par se faire tuer en sortant d'un cinéma (oui, oui, spoiler, mais qui ne sait pas comment Dillinger est mort?), le pathos est forcé. Comme si le spectateur, lui aussi, avait été victime d'un coup monté.
Dana Stevens
Traduit par Sylvestre Meininger
Image de une: Universal Pictures
Mis à jour le 11/07/2009 à 12h31









































J'ai vu le film hier et je suis parfaitement d'accord avec cette critique.
Les décors sont magnifiques, certes, certains plans sont remarquables, certes aussi, mais le reste ne suit pas du tout, et le film aurait franchement gagné à être moins décousu...
L'histoire de ce gangster et de son époque est sûrement fascinante, mais en la matière, tout dans ce film est trop survolé pour être apprécié.
Quant à la scène nocturne de la fusillade dans les bois, j'ai failli quitter la salle tant elle s'éternisait (sans aucune fin narrative).
Ajoutez à cela de la musique bien "hollywoodienne" qui force l'émotion, et bref, on s'ennuie ferme.
Dommage.
Je crois que tout le monde ne sais pas comment Dillinger est mort, c'était le cas pour moi en tout cas merci pour le spoil =_=
je ne suis pas du tout d'accord avec votre critique.
Bien sûr que le vrai Dillinger ne devait pas être ce gentleman braqueur de banques que l'on nous montre mais il n'est pas un saint pour autant!
Tout comme Billie Frechette n'est pas l'ingénue que l'on nous voit à l'écran.
Mann nous montre le Dillinger vu par le public(moitié Robin des bois moitié voyou au grand coeur)d'autant plus que Purvis n'est pas infiniment "aimable".
Ce flic ambitieux et pugnace soutient des méthodes contestables jusqu'à renier ses propres principes et être pire que ceux qu'il pourchasse afin de les attraper pour découvrir à la fin que la mort de Dillinger ne justifie en rien ce qu'il a fait ou soutenu!
Quand à la situation sociale,elle nous est décrite aux détours de scènes.Oui,Mann aurait pu être plus explicite mais il nous raconte les 13 derniers mois d'un homme ,il ne nous fait pas un cour d'histoire!
J'ai beaucoup beaucoup aimé ce film :il est vraiment élégant,bien interprété(de futures nominations aux Oscars pour Cotillard et Depp?) Que demander de plus? un peu de lyrisme? peut-etre! mais j'ai aussi aimé l'apreté du film et son opacité car ça permet à chacun de voir ce qu'il veut dans ce film!
Vous,vous n'avez pas aimé leur vision de Dillinger mais vous dîtes rien sur Purvis excepté pour insister sur leurs voyeurismes de la mort.Dillinger ne prend pas au sérieux Purvis("les flics ne sont assez durs,futés,rapides pour nous attraper"),il le sous-estime et c'est ce qui fera sa perte car c'est à ce moment-là que Purvis se met à le détester!
J'ai vu ce film avec d'autres personnes .Chacun y a vu un film différent:une histoire d'amour ou portrait d'un destin ou une traque ou un duel! Chacun a vu un Dillinger différent(bon ou mauvais garçon?)et surtout un Purvis différent mais personne n'a vu un film de pacotille car Mann manie bien le spectaculaire(les scénes de braquages et fusillades) et l'intimité!
Il y a du "Zodiac" de Fincher,du "Raisons d'état "de De Niro , du Eastwood(dans le rythme et la forme)et même du "Fugitif" !