Le monde selon le Pape
La troisième encyclique de Benoît XVI en appelle à une «autorité politique mondiale» pour résoudre la crise, garantir les chances de la mondialisation, protéger la nature.
- -
La première encyclique sociale du pontificat de Benoît XVI s'appelle Caritas in veritate (Amour dans la vérité) et elle a été rendue publique mardi 7 juillet à Rome. Par l'actualité des sujets abordés, elle risque d'être amplement commentée au-delà des seuls cercles de croyants. Attendue depuis plus d'un an, Benoît XVI en a retardé la parution à plusieurs reprises pour tenir compte des développements de la crise économique. Il a retravaillé de nombreuses fois et infléchi son texte. Cette encyclique d'une centaine de pages intervient, en effet, à un moment clé de l'évolution sociale mondiale.
Précisément, le pape se livre à un exercice difficile et inédit. Il doit aborder des thèmes neufs - la crise financière, la mondialisation, l'environnement - pour la pensée sociale classique de l'Église. Ni Paul VI, ni Jean-Paul II, ses prédécesseurs, n'avaient traité directement de la mondialisation, de l'écologie, de la mécanique financière et de sa nécessaire régulation. Plutôt que d'un traité d'économie, Benoît XVI livre surtout des règles globales de comportement individuel et de gouvernance mondiale. Groupées en quatre chapitres, voici ses principales thèses.
1- LA CRISE ECONOMIQUE
Le pape la perçoit comme l'effet d'un «système» qui n'a comme points de référence que des «intérêts égoïstes», réfute toute influence «de caractère moral», ne connaît que la logique spéculative et marchande, ignore l'alternative de l'économie du don et de la gratuité. La crise financière et économique qui frappe les pays industrialisés, les pays émergents et en voie de développement montre l'urgence de repenser tous les paradigmes dominants. Le pape exige donc une nouvelle réflexion sur le sens de l´économie et ses finalités, une révision «profonde et prévoyante» du modèle de développement, afin de corriger les dysfonctionnements et les distorsions.
C'est à une révision de la notion de marché qu'il appelle d'abord de ses vœux: «Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique, estime l'encyclique. Aujourd'hui, c'est cette confiance qui fait défaut et la perte de confiance est une perte grave». Le marché ne peut plus être «la domination du fort sur le faible». L'activité économique ne pourra retrouver son dynamisme par la seule extension de la «logique marchande», dans l'ignorance du «bien commun» que la communauté politique doit contribuer à mettre en œuvre.
Pas de sortie de crise, donc, sans réglementation des «spéculations scandaleuses», sans retour à des principes traditionnels de l'éthique sociale comme «la transparence, l'honnêteté et la responsabilité». Le principe de la gratuité et la logique du don doivent retrouver leur place à l'intérieur de l'économie: «C'est une exigence de l'homme de ce temps et de la raison économique elle-même». Dans ce but, le pape encourage les entreprises qui poursuivent des objectifs mutualistes et sociaux: «Il faut donner forme et organisation aux activités qui, sans nier le profit, entendent aller au-delà de la logique du profit comme but en soi».
Benoît XVI se prononce contre les marchés spéculatifs «toujours à la recherche de profits maximum». Contre les délocalisations sauvages: «Il n'est pas licite, dit-il, de délocaliser seulement pour jouir de faveurs particulières ou, pire, pour exploiter la société locale sans lui apporter une vraie contribution à la mise en place d'un système productif et social solide».
Enfin, il faut redonner à la finance sa vocation première d'instrument de création de richesse et de développement. Toutes ces propositions visent à réorienter le système économique et financier vers le soutien à un développement véritable et durable.
2- LA MONDIALISATION
Le pape a une position nuancée sur la mondialisation. Il n'est ni exagérément critique, ni optimiste. Il la considère comme une «grande opportunité ». Il n'oublie pas que la mondialisation a été le «principal moteur» pour que des régions entières du globe sortent de leur sous-développement et se réjouit du rôle joué par les pays émergents dans la gestion de l'actuelle crise. La mondialisation offre la possibilité, écrit-il, d'une «grande redistribution de richesses au niveau planétaire comme cela ne s'était jamais présenté auparavant». S'y opposer aveuglement serait donc «une attitude erronée, préconçue», avec le risque de perdre des chances de progrès et de développement.
Mais, modère l'encyclique, quand elle n'est pas maîtrisée, la mondialisation creuse les écarts entre pays riches et pauvres et au sein même du camp des pauvres. L'imbrication des économies, l'humanité interconnectée sont des sources de progrès, mais si elles sont mal gérées et conduites, elles peuvent faire croître les pauvretés et les inégalités et «contaminer le monde entier», comme on le voit dans la crise actuelle. Cet élan planétaire, avertit le pape, risque de provoquer des «dommages inconnus jusqu'alors, ainsi que de nouvelles frontières au sein de la famille humaine».
Pour dépasser ce risque, il faut en passer par des processus d'intégration mieux pensés, par des objectifs d'«humanisation solidaire, contre des objectifs purement individualistes et utilitaristes ». Le pape réclame un nouveau plan mondial de développement face au scandale des inégalités criantes. Il évoque en particulier la priorité de la sécurité alimentaire, souhaite le développement d´«une conscience solidaire qui considère l´alimentation et l´accès à l´eau comme des droits universels pour tous les êtres humains, sans distinctions ni discriminations».
3- L'ENVIRONNEMENT
Jamais un pape ne s'était exprimé dans une encyclique sur l'environnement naturel et les questions écologiques. Avec la ferveur du néophyte et la conviction que la nature est d'abord création divine, Benoît XVI entre de plain pied dans les débats brûlants de la protection de la nature. Le rapport à l'environnement représente une responsabilité considérable, écrit-il, «à l'égard des pauvres, des générations à venir et de l'humanité entière».
Altermondialiste dans l'âme, le pape se montre féroce contre l'accaparement des ressources naturelles des pays pauvres, soumis à la loi du «premier venu» ou à la logique du «plus fort». Il souhaite une limitation de la consommation énergétique dans les pays riches et une redistribution planétaire de toutes les ressources en énergie au bénéfice des plus démunis. Il soutient aussi la recherche d'énergies alternatives. L'encyclique multiplie les appels à une «maîtrise responsable» de l'homme sur la nature pour la protéger, la mettre en valeur, la cultiver, «afin que la terre puisse accueillir dignement et nourrir toutes les populations qui l'habitent».
Benoît XVI a encore cette formule: «Nous devons avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état tel qu'elles puissent l'habiter décemment et continuer à la cultiver». En conséquence, il exige une collaboration internationale plus poussée en faveur de la protection de l'environnement, des ressources et du climat, dans le respect de la loi et de la solidarité à l'égard des régions les plus faibles de la planète.
La vraie menace vient de nos habitudes de consommation. A cet égard, le pape appelle aussi à un vrai changement de nos styles de vie et de nos mentalités, à des choix de consommation, d'épargne et d'investissement qui vont «dans le sens du vrai, du beau, du bon». Mais, pour Benoît XVI, le combat écologique doit inclure une «écologie de l'homme». S'il faut préserver la terre, l'eau, l'air comme autant de dons de la Création, il n'y a pas de défense réelle de l'environnement «sans défense de la personne humaine, sans respect de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille», sans ce que le pape appelle le «développement humain intégral».
4-LA GOUVERNANCE MONDIALE
Toutes ces questions brassées dans l'encyclique, liées à la régulation de l'économie, à la mondialisation, à la protection de l'environnement, ne peuvent trouver de solutions qu'à travers de nouvelles formes à inventer de solidarité et de gouvernance mondiale. A la fin de son document, le pape ajoute même d'autres défis comme l'aide publique au développement, dont il voudrait voir augmenter le volume, et surtout celui des flux migratoires qui exigent une politique de coopération internationale plus «forte et perspicace».
Il y a donc pour lui urgence à une réforme des Nations unies, comme de l'architecture économique et financière du monde. Fondée sur des principes forts: la nécessité de protéger les nations les plus pauvres et la recherche d'«un ordre politique, juridique et économique susceptible d'accroître et d'orienter la collaboration internationale vers le développement solidaire de tous les peuples».
Benoît XVI termine par la proposition concrète d'une nouvelle «autorité politique mondiale » qui aurait pour mission de veiller au gouvernement de l'économie planétaire, de chercher à assainir les économies frappées par la crise, de procéder à un «souhaitable désarmement intégral», d'arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, d'assurer la protection de l'environnement, de réguler les flux migratoires... Bref, un programme vertigineux qui, depuis longtemps, est à l'ordre du jour des grandes conférences internationales et le sera de nouveau, à la fin de cette semaine, à la réunion du G8 de l'Aquila.
Il n'est pas interdit au pape de rêver, mais on reste surpris par l'étendue des sujets abordés dans son encyclique Caritas in veritate, des thématiques soulevées et des propositions formulées. Si aucune n'est révolutionnaire, c'est la première fois qu'elles sont aussi précisément inscrites à l'ordre du jour de l'Eglise catholique. Le débat ne fait que s'ouvrir.
Henri Tincq
Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être ceux-ci:
Le pape rappelle les prêtres à la chasteté
Jérusalem: Benoît XVI dans la tourmente
Image de une: A Rome, le 17 juin. Max Rossi / Reuters
Mis à jour le 08/07/2009 à 10h47










































Sur cette photo amusante avec son chapeau rose et son air espiègle il me rappelle un bonbon courant dans mon jeune temps, ça ne date pas de sainte Blandine mais pas loin ;-) ... Alors, ce pape, auparavant décrit (cum commento) si rétrograde au temps jadis de naguère (en 2008) serait devenu tour à tour, et au choix, altermondialiste ou socialiste voire même communiste ? La réunion de Don Camillo avec un José Bové en guise de Pépone (toute ressemblance physique étant fortuite bien que troublante) ? Mais à vous lire Henry Tincq il me semble que toute personne de morale vaguement judéo-chrétienne devrait s'inscrire au PCF et aux VERTS dans l'heure que dis-je dans la minute... Comment se fait-il que les vieux chrétiens votent à droite alors que le pape leur dit le contraire alors quoi ?
J'aime bien les articles de Henri Tincq. Généralement clairs et concis, ils prêtent peu à la polémique. Les slaters se chargent, ou tentent, en général de la développer, telle Sandy Keelow, moi parfois.
"il me semble que toute personne de morale vaguement judéo-chrétienne devrait s'inscrire au PCF et aux VERTS". Ben voyons, la mondialisation, les difficultés sociales, l'environnement, la gouvernance mondiale, la crise et les solutions à ces problèmes seraient donc l'apanage, le pré carré des verts, des communistes et des gens de gauche ?
Ce qu'il y a de bien avec Benoit XVI, et ses récents prédécesseurs ( Mr Tincq a oublié Jean Paul Ier ), c'est que quoiqu'il dise, quoiqu'il fasse, il y aura toujours des tonnes de gens bien intentionnés pour le critiquer. Bien souvent, le pape ne s'est pas encore tu que déjà l'on s'empare de ses discours pour les villipender et tenter de les détruire en plein vol. (ses propos lors de son voyages en Afrique par ex.).
Je viens de terminer la lecture intégrale de son encyclique et j'avoue, même en étant non croyant convaincu, qu'elle est assez séduisante. L'Eglise romaine, avec ses dogmes et principes, s'ouvre et s'interroge, de manière très concrète sur le monde d'aujourd'hui. Ca change un peu, non? En tout cas, critiques il y aura, d'autant plus pertinentes que le texte aura été lu, compris et analysé; là, c'est une autre histoire...
Cordialement,
ps: rien à voir, mais pour Marianne, je crois bien que je vais aller tenter le plantage de carottes, pour voir...
Mais j'ai quelques souvenirs du discours du patron.
Le Christ était comme François Hollande, il n'aimait pas les riches... Il chassait les marchands du Temple et surtout il promettait une éternité douloureuse aux nantis "il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille". Alors je suppose qu'on peut légitimement considérer que le Christ condamnerait le capitalisme financier et la recherche du profit pour le profit. Il est mort avant d'avoir 50 ans, mais c'était pas le genre de gars à porter une Rollex pour réussir sa vie.
La mondialisation, c'était son truc. Pas pour faire du commerce, ça on a vu qu'il n'aimait pas, mais parce que son message s'adressait à tous les hommes et qu'à ses yeux tous les hommes étaient égaux devant Dieu. Par contre, il prenait le problème à l'inverse de ce qui est pratiqué actuellement. La libre circulation des personnes et non celle des biens.
Je ne me souviens pas de cours de catéchisme qui me permettraient de relier l'évangile à l'environnement. L'opposition de l'Eglise à toute forme de contrôle des naissances est profondément anti-écologique, mais je ne suis pas certain que ce soit justifié par un quelconque passage de l'évangile. Il faut remonter d'une génération (son père) et lire la Bible. Dieu n'avait pas une grande conscience écologique. Il n'a pas hésité à provoquer un réchauffement climatique (le déluge), pour remettre les compteurs à zéro. En plus ses connaissances en matière de niches écologiques et de diversités des espèces étaient très limitées. Il a cru pouvoir repeupler la terre, avec un seul couple de chaque espèce. Certes, il aimait bien les bêtes. Dans l'ancien testament, il demande à l'homme de renoncer aux sacrifices d'animaux. Dans le nouveau, il ne cesse de donner en exemple le bon berger qui se soucie de ses brebis. Mais ça n'en fait pas plus un écologiste que disons, Brigitte Bardot.
Et pour revenir au débat franco-français qui, je le suppose, n'intéresse que modérément le Pape, non seulement Dieu est contre le travail le dimanche, mais en plus, son fils est très critique contre la "valeur travail" chère à Sarkozy: "Regardez aux oiseaux du ciel, ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'assemblent dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup mieux qu'eux? "
:~)
Cher El Gato,
Lire l'encyclique du pape ne demande pas du courage mais de la probité intellectuelle.
Je considère même que c'est un devoir concernant ce personnage dont on a dit tout et n'importe quoi.
Seulement voilà, une fois qu'on sait, il est beaucoup plus inconfortable de critiquer que lorsqu'on ignore tout et qu'on se fait la caisse de résonance de celui-ci ou de celui-là au gré de ce qu'on veut démontrer.
D'autre part, vous et moi avons lu l'Evangile et n'en avons pas gardé le même souvenir.
Vous dites : "Le Christ était comme François Hollande, il n'aimait pas les riches. "Si vous me permettez de laisser tomber François Hollande, je vous dirais que ce n'est pas mon sentiment. Jésus avait des amis riches, Lazare, Joseph d'Arimathie, ce qu'il n'aimait pas c'était les hypocrites : "Sépulcres blanchis " tonnait-il contre les Pharisiens.
Lorsque le jeune homme riche préfère ne pas suivre Jésus qui lui demandait de vendre tout ce qu'il avait pour le donner aux pauvres, je crois me souvenir que Jésus le regarde partir avec tristesse.
Et la phrase que vous citez : "Il sera plus difficile à un riche d'entrer au Royaume des Cieux que pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille" est un constat pas du tout une promesse de damnation pour les riches.
Vous avez cité "Les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent", mais vous n'avez pas cité la parabole des talents où Jésus fustige le mauvais serviteur qui a enterré son argent et n'a rien fait pour le faire fructifier.
Conclusion nous avons tous deux besoin de relire l'Evangile et j'espère que je vous aurais convaincue de lire l'encyclique. Croyez-moi vous aurez de bonnes surprises.
Très cordialement.
Lire l'encyclique du pape ne demande pas du courage mais de la probité intellectuelle.
Je considère même que c'est un devoir concernant ce personnage dont on a dit tout et n'importe quoi.
Mon intervention n'était pas sur le pape, mais sur le christianisme, les évangiles et la crise. De ce fait, je n'ai pas le sentiment d'avoir manqué de probité intellectuelle. Mais vous avez raison sur le fond, ne pas lire, n'est jamais la bonne réponse et je me plongerai ce W.E. dans l'encyclique, même si ce n'était pas tout à fait mon propos.
Seulement voilà, une fois qu'on sait, il est beaucoup plus inconfortable de critiquer que lorsqu'on ignore tout et qu'on se fait la caisse de résonance de celui-ci ou de celui-là au gré de ce qu'on veut démontrer. De qui suis-je la caisse de résonance ? Ma réflexion n'a rien de très originale. Elle est sans doute aussi ancienne que l'Eglise. De tous temps, des croyants et des non-croyants, beaucoup plus savants que moi, se sont appuyés sur les évangiles pour contester le comportement de certains de ceux qui se disent chrétiens. Est-ce que c'est cette prétention que vous contestez ?
Lorsque le jeune homme riche préfère ne pas suivre Jésus qui lui demandait de vendre tout ce qu'il avait pour le donner aux pauvres, je crois me souvenir que Jésus le regarde partir avec tristesse.
Ce n'est pas Jésus, mais le jeune homme dans ma version des évangiles qui s'en alla avec tristesse
Jésus lui déclara : " Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi. "
Entendant cette parole, le jeune homme s'en alla contristé, car il avait de grands biens.
Vous avez raison, le Christ aime tous les hommes, même les riches. Mais pour accéder au royaume des cieux, il vaut mieux voyager léger... Et en aucun cas, l'argent ne doit être un fin en soi.
À ses disciples groupés autour de lui sur la montagne, le Seigneur déclare : «Nul ne peut servir deux maîtres ; car, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre : vous ne pouvez servir Dieu et Mammon».
Alors certes, l'image du chameau est un constat et non une damnation, mais quelle violence dans ce constat.
vous n'avez pas cité la parabole des talents où Jésus fustige le mauvais serviteur qui a enterré son argent et n'a rien fait pour le faire fructifier.
Merci de me rappeler la parabole des talents qui m'a toujours fasciné par sa complexité. Mais je vous soupçonne de faire preuve de mauvaise foi en voulant réduire les talents de cette parabole à leur valeur faciale.
Les talents ou les mines représentent les dons de Dieu aux hommes. C’est le don divin d’avoir été créé conscient, libre et responsable. C’est le don divin de la vie, c’est aussi le don de la grâce reçue du sauveur, donc nos dons naturels et les vertus théologales (Foi -Espérance - Charité). La mine- monnaie grecque du même nom, ou l’ancienne monnaie hébraïque- est une maigre somme, environ 2 Euros (ici, 10 mines= 20 Euros !). Donc, quels que soient les dons reçus, chichement ou en abondance, ils nous viennent de Dieu. A chacun et à chacune de les faire valoir et non simplement de les protéger en les gardant intacts.
http://www.dominicains.be/praedicatio/article_praedicatio.php3?id_article=1062
Slate ne cesse de me surprendre. Me voici, grâce à vous chère marianne, en train de citer Mammon tel un télé-évangéliste américain. Mais rassurez-vous, je ne vous demanderai pas pour autant de me laisser votre obole. :~)
Cordialement,
Cher El Gato,
Je suis bluffée et j'adore ça.
Cela dit, associer le nom de Mammon au mien et qui plus est dans un titre, pour m'en menacer, est-ce bien fair-play ?
Mon but unique était de vous faire admettre qu'il fallait lire "Caritas veritate". Dont acte.
Pour le reste je suis d'accord avec vous sur toute la ligne. Votre lecture est parfaitement acceptable. J'ai vérifié chez Matthieu.
Un seul bémol : je n'accepte pas que vous me soupçonniez de faire preuve de mauvaise foi.
Bien à vous.
Merci pour votre indication de l'importance de ce texte. J'en ferai un commentaire après en avoir achevé la lecture (vous vous en doutez avec la question du bien commun). En attendant je ne résiste pas à donner cette citation tellement d'actualité y compris dans les pages de Slate.
§ 14
L’idée d’un monde sans développement traduit une défiance à l’égard de l’homme (et de Dieu). C’est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de contrôler les déséquilibres du développement ou même d’ignorer que l’homme est constitutivement tendu vers l’« être davantage ». Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l’utopie d’une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité.
Cher Roger,
Je suis ravi d'avoir attiré votre attention sur ce texte de Benoit XVI et attendrait avec impatience votre commentaire sur "la bulle" papale en question. D'ailleurs à la lecture du texte de Tincq, je me disais, sans doute, notre docte Roger ne tardera-t-il pas à se manifester. Néanmoins, je pose quelques conditions à la lecture de votre futur post:
1) des phrases concices, pas trop longues; il ne s'agirait pas d'en oublier le début en arrivant à la fin. Il en va de même pour la longueur de votre commentaire, pas trop long, svp, il y en a d'autres à lire.
2) point trop de Sens, senS, SenS; à force on oublie le sens et la logique de vos propos,
3) idem des mots: commun, communautés et bien commun,
4) enfin, afin de retrouver le plaisir de vous lire, svp, n'oubliez pas, que nul ne detient la vérité vraie à part, peut-être, les mathématiciens...
Alors sans rancune, je crois plus en l'humour et en la simplicité qu'en de Sachants discours,
Au plaisir de vous relire,
Cordialement,
"Bouffeur" de curé à l'occasion mais de moins en moins rassasié et vélléitaire faute de combattants (moins de 1000 ordinations en France et par an ; les traditions se perdent, "digérées" par la société de consommation et le progrès scientifique ou des connaissances) et faute de bévues récentes sur le préservatif et IVG, force m'est de reconnaître que ces préoccupations papales sont dignes d'intérêt.
Le souci moral de penser à la place de son prochain dans la société financière est noble et nouveau. Je le perçois comme un essai de pragmatisme humanitaire que je déforme à dessein : le paradis peut être tout simplement sur terre (que l'on préservera et que l'on partagera) avec un peu de bonne volonté de la part des puissants et des orthodoxes ?
Il serait intéressant que les autres religions se préoccupent aussi du temporel élémentaire pour l'homme plutôt que d'invoquer le paradis des 600 vierges à ceux qui voueront leur existence au massacre des "infidèles" ou à l'exclusivité de l'usage de la terre que l'on dit sainte ou encore ceinte.
L'encyclique a pour thème le développement humain intégral et particulièrement le développement économique. M'apparaissent quatre sujets de réflexion.
1 Une vision d'ensemble cohérente.
Ni de droite ni de gauche elle apporte des critiques justifiées tant de la notion de marché que des constructions idéologiques. La spéculation associée au système (économie systémique) ou la croyance dans l'efficacité de règles ou institutions par elles-mêmes ignorent ce qui donne le Sens et la cohérence d'ensemble : le devenir de l'homme et la visée du « bien commun ». C'est bien la défaillance humaine qui est stigmatisée et le recours à un humanisme digne de ce nom qui est proposé. Une autre conception de l'économie ni prédatrice ou machinique ni idéologique ou administrative est dessinée.
Quelques citations :
§7. Il faut ensuite prendre en grande considération le bien commun. Aimer quelqu’un, c’est
vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela. À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société: le bien commun. C’est le bien du ‘nous-tous’, constitué d’individus, de familles et de groupes intermédiaires qui forment une communauté sociale.4 Ce n’est pas un bien recherché pour lui-même, mais pour les personnes qui font partie de la communauté sociale et qui, en elle seule, peuvent arriver réellement et plus efficacement à leur bien.
§17 Le développement ne peut être intégralement humain que s’il est libre; seul un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon juste.
§24 ...il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus larges à la res publica.
On en vient à rêver que nos politiciens se mettent à discuter de cette vision cohérente et coopèrent à réaliser certaines propositions. Au lieu de cela on a invectives et procès d'intention chez ceux qui ne font rien et difficulté à dessiner une vision d'ensemble cohérente chez ceux qui sont au travail.
Je souligne quelques principes qui me tiennent à coeur et qui trouvent là une réelle convergence.
Les communautés comme champ (culturel) du développement humain, l'économie communautaire comme modalité de ce développement, les valeurs d'empowerment (autonomisation , liberté responsable) comme support d'échelles de valeurs appropriées et de mesure de la valeur. Le Sens du bien commun partagé comme vecteur de l'activité économique sociale et politique. Les ensembles communautaires pour constituer jusqu'à la communauté mondiale...
2 - Un besoin de conceptualisation qui soit capable de se dégager des édifices intellectuels portés par des armées de spécialistes qui en prétendent faire des vérités économiques incontournables. Même si la nécessité d'élaborer une pensée notamment humaniste est évoquée il m'apparait une grande défaillance anthropologique là où l'homme et la nature humaine sont l'alpha et l'oméga du problème. L'humanisme méthodologique est là pour ça : être en mesure de théoriser et construire des conceptions solides et cohérentes intégrant tous les facteurs habituellement enfermés dans leurs disciplines ou complètement ignorés des sciences contemporaines.
3 - Un problème de pratiques et de méthodes. Associé aux questions épistémologiques et axiologiques le problème des pratiques concrètes n'est guère évoqué sinon de façon ambiguë ou peut compréhensible. La « bonne volonté » ou la « subsidiarité » ne suffisent pas à traiter les problèmes et les situations complexes pas plus que la « technocratie » au sens large, justement dénoncée. L'ingénierie des situations humaines intégrant tous les aspects concernés sans les juxtaposer de façon clivée ne va pas de soi. La question des processus humains individuels et communautaires est centrale avec ses modalités et ses principes (dont le principe de considération comme vecteur agissant). Les questions de gouvernance communautaire ou de démocratie communautaire ont partie liée avec le développement humain.
4 - Une approche théologique et ecclésiale. La tentative manifeste de réactualiser sans la trahir la pensée traditionnelle de l'église catholique est très présente. Elle est féconde quant elle tente de dessiner un tableau cohérent et intelligent de la situation du monde actuel en état de crise et de l'éclairer avec pertinence. Elle est pesante par la répétition d'un vocabulaire d'une autre nature, plus théologique, et, par ailleurs, par l'apologie du rôle possible de l'église catholique. Ces deux insistances, compréhensibles, de la part du responsable de cette église vont en diminuer l'impact en en rendant la lecture insupportable pour beaucoup qui ne dépasseront pas cette dimension.
Il est donc urgent que les problématiques et les perspectives soient reprises par ailleurs. L'encyclique y invite aussi.
§ 25 ... il faut qu’il y ait un renouveau de la pensée pour mieux comprendre ce qu’implique le fait que nous formons une famille...
...approfondir de manière critique et sur le plan des valeurs la catégorie de la relation...
...le rapport entre individu et communauté est celui d’un tout vers un autre tout...
§ 9 «Ouverte à la vérité, quel que soit le savoir d’où elle provient, la doctrine sociale de l’Église est prête à l’accueillir.
Chiche.
Bien que ce ne soit pas ma tasse de thé, j’ai lu l’encyclique de Benoît XVI…Et j’ai souffert pour aller jusqu’au bout !
Un vrai chemin de croix, je n’irais pas jusqu'à dire que c’était un calvaire, mais, dès l’introduction, « C’est une force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue », et « Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme ».
Si l’amour n’est pas un sentiment humain ? Alors n’en jetez plus, la messe est dite ! (lol)
Pour un athée comme moi, faire d’un dieu une vérité absolue, là ou ce n’est qu'une conjecture qui rassure ce que l'homme ne comprend pas, ou n'explique pas (du moins pas encore !) cela me conforte et me prépare dans ce qui m’attend plus loin au cours de cette lecture.
Il me semble à la lecture de l’article d’Henri Tincq comme de certains commentaires que nos grilles de lecture du dit « ouvrage » ne soient pas tout a fait les mêmes. Ainsi pour reprendre un terme employé de probité, H tincq ne reprends que ce qui l’intéresse et le dissocie de son contexte religieux, mais, il oubli certains aspects du texte qui condamnent toujours, (Para.28-48-51) la laïcité, la théorie de l’évolution au profit du créationnisme, l’avortement, la procréation médicalement assistée, les mœurs non conformes à la doctrine (là, il y a de très, très gros péchés, pas le droit d’être plus de deux et d’avoir d’autre choix, qu’un homme et une femme qui plus est : mariés !), etc...
Ainsi « l’œuvre du bien commun » ne peut se faire qu’au travers de l’édification de la cité de dieu et pas seulement au travers de la cité des hommes.
Para.7 « Dans une société en voie de mondialisation, le bien commun et l’engagement en sa faveur ne peuvent pas ne pas assumer les dimensions de la famille humaine tout entière, c’est-à-dire de la communauté des peuples et des Nations [5], au point de donner forme d’unité et de paix à la cité des hommes, et d’en faire, en quelque sorte, la préfiguration anticipée de la cité sans frontières de Dieu. »
Para.9 « Seule la charité, éclairée par la lumière de la raison et de la foi, permettra d’atteindre des objectifs de développement porteurs d’une valeur plus humaine et plus humanisante »
Voilà, on est fixé ! Si le constat n’est pas totalement faux, je dirais même assez réaliste.., mais en partie seulement, il ne faut pas exagérer non plus. Sans foi (sans Dieu), point d’œuvre du bien commun possible !
Je ne voulais pas parler de cette petite coquille, mais finalement….
Ainsi dans le chapitre II, (Para.29) « Dieu est le garant du véritable développement de l’homme, dans la mesure où, l’ayant créé à son image ».
Il faut aller plus loin au chapitre III pour avoir la véritable « image de Dieu». La contradiction dans sa représentation est flagrante, en tout cas et c’est avec probité que l’image de Dieu n’est pas si bonne que ça !
(Para.34) « Ignorer que l’homme a une nature blessée, inclinée au mal, donne lieu à de graves erreurs dans le domaine de l’éducation, de la politique, de l’action sociale et des mœurs » [85] »
Oups ! Soit il n’était pas vraiment bon et généreux, puisqu’il l’a « créé à son image », soit l’homme n’a pas du tout été créé à son image !
Plus inquiétant c’est l’envie à peine dissimulé de l’église pour profiter de la crise et s’insinuer dans l’interstice politique syndical et entrepreneurial.
(chap IV et V) Para56. « La religion chrétienne et les autres religions peuvent apporter leur contribution au développement seulement si Dieu a aussi sa place dans la sphère publique, et cela concerne les dimensions culturelle, sociale, économique et particulièrement politique. »
Le Pape entend bien profiter de la crise pour apporter la bonne parole et redonner une influence politique à l’église. Assistera-t-on au retour du dogme et de son pouvoir perdu dans l’état ?
Par ailleurs, je suis d’accord avec le paragraphe 4 de Roger Nifle même si je pense que le sens du bien commun vue par l’église ne servirait qu’elle-même et son doux Jésus.
H Tincq aurait pu pour résumer « Caritas in veritate » réécrire l’appel de Benoit XVI :
« La troisième encyclique de Benoît XVI en appelle à une «autorité religieuse (chrétienne) mondiale» pour résoudre la crise, garantir les chances de la mondialisation, protéger la nature. »