France

Arnaud Montebourg, l'esbroufe et le dérisoire

Eric Le Boucher, mis à jour le 13.09.2013 à 3 h 04

Ce ne sont pas 3,5 milliards d'euros qui vont changer le destin industriel de la France. Surtout pour financer 34 projets qui sont autant de révolutions technologiques. Un peu de sérieux ne ferait pas de mal.

Arnaud Montebourg  REUTERS/Robert Pratta.

Arnaud Montebourg REUTERS/Robert Pratta.

L'Etat socialiste relance la politique industrielle! Oyez! Oyez, braves journalistes! Ou bien plutôt o yeah! Tant ça sent les années 70. Des subventions, un peu, des prêts, surtout: 3,5 milliards d’euros! Ils ne sont pas neufs en vérité, ce sont ceux gérés par Louis Gallois dans l’enveloppe créée par Nicolas Sarkozy pour les investissements d’avenir. Le Grand emprunt, souvenez-vous.

3,5 milliards une fois pour toutes! Ne croyez pas que c’est par an! Et avec cette manne glorieuse, on va financer 34 projets qui sonnent comme des révolutions: la transition énergétique, le numérique, le big data, le TGV du futur, la chimie durable, la ville intelligente, etc... La France entre dans le XXIe siècle, grâce soit rendue au valeureux ministre! On l’attendait.

100 petits millions par projet

Je lis que chacun de ces projets aura, à tout casser, 100 millions d'euros de dotations. Je ne sais pas vous, mais moi, Arnaud Montebourg me fait éclater de rire. Un batteur d’estrade de canton du XIXe siècle. Le bretteur des Monty Python à cheval sur son bidet!

Tsss! Il parait que je n’ai rien compris. Voilà le sauveteur de Florange à la conquête des nanotechnologies! Avec 3,5 milliards de petits euros.

Le même jour où on a lu ces tricolores ambitions montebourgiennes, on a appris que les entreprises du CAC 40 allaient verser en dividendes à leurs actionnaires, rien que cette année, la somme de… 40 milliards d’euros. Les 40 grands groupes sortent hors de leurs entreprises dix fois plus que ce que ce que le gouvernement de la France s’évertue, par emprunt, à reverser dedans.

C’est dire l’inanité de cette politique industrielle annoncée à grands coups de trompes! Non pas de la politique industrielle en tant que telle, mais de la réalité pécuniaire et concrète comparée à l’ampleur des gestes théâtraux du bretteur ministre du Redressement.

Montebourg, c’est un style. Je vous lis des extraits de son livre (La bataille du made in France) publiés par Le Point:

«Bercy, avec sa gueule de forteresse, siège de l’état-major économique de la France qui laissa tomber nos industries dans la guerre économique. […] C’est bien l’image de juin 40 qui remonte à la surface dans la tête des Français, […] nos chefs de guerre, nos généraux en tout genre, ne furent pas à la hauteur. […] Aujourd’hui, il faut s’organiser. Vite et de façon décisive. C’est cette reconquête difficile, lente et opiniâtre que je dois conduire.»

L'Etat ne peut pas tout et ce n'est pas la mondialisation qui a détruit l'industrie

Sur le diagnostic, sur le plan de bataille, sur les moyens, l’avocat spécialiste des institutions de la VIe République s’improvise chef d’industrie. Il est de bonne volonté, sans aucun doute. Mais armé d’un logiciel socialiste datant des années 70.

Doté d’une forte voix et, surtout, de 17% des votes à la primaire de son parti, il part au feu! Que pense-t-il? Que l’Etat peut tout et que la mondialisation est l’ennemi.

Hélas, l’Etat ne peut plus grand-chose et la mondialisation n’est pas responsable de la perte de vitesse de notre industrie: toutes les études sérieuses disent que la cause est la faiblesse des marges, affaire de coût et de taxes, de goût et de rémunération du risque aussi, et d’appétit pour le progrès.

Mais non! Et le ministre de défendre tous les canards boiteux que les petits margoulins du champ de bataille, estampillés CGT mais pas seulement, présentent au naïf. Et, lui représentant de l’Etat, lui volontaire, de vouloir les sauver tous. Et de faire savoir qu’il mobilise, les régions, les fonctionnaires, les sans-culottes et toute la campagne de France  pour faire la nique aux créanciers, pour redonner du courage à ces créateurs de PME qui souffrent.

Le ministre l’a bien vu, il le sait! Même s’il fait partie d’un gouvernement qui les surcharge d’impôts par ailleurs et aggrave leur mal. Echec donc. Piteux. Fin de l’épisode 1.

3,5 milliards contre 60 milliards de taxes et d'impôts

Puis ce furent «les filières», épisode 2. Ah les filières! Si des entreprises meurent c’est que les donneurs d’ordre les étranglent. Faites comme les Allemands, causez-vous et pensez long terme! Voilà du constructif!

On ne dira plus que le redresseur productif n’est que défensif. Sauf que les filières, vieille idée des années 70, c’est Sarkozy qui les avait réveillées. L’idée n’est pas bête, loin de là, mais bon, ça ne fait pas une politique industrielle.

Alors voilà, il faut sortir le grand jeu, dégager l’horizon, faire moderne, penser XXIe siècle! Et promettre 500.000 créations d’emplois! Episode 3. Hélas, sans moyens: trois milliards d’aides quand le gouvernement a surchargé de 60 milliards les taxes et impôts des entreprises…

L’industrie française est un objet qui mériterait mieux. Arnaud Montebourg est un style, comique, fanfaron, mais il n’est qu’un style, celui qui habille les mensonges d’une classe politique dépassée, sans idée, sans connaissance du monde, conservatrice. L’industrie française a moins besoin d’un fanfaron que de meilleures marges, que d’un Code du travail simplifié, que de charges allégées.

Elle a besoin de ces jeunes Français éduqués qui partent à Londres ou en Californie parce que la France ne leur offre que l’Etat désargenté mais omniprésent. Elle n’a pas besoin d’un ministre qui fait une carrière et qui plaît aux Français qui veulent le protectionnisme, la subvention, la rente et l’immobilisme. Je ne ris plus. Oh yeah! 

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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