Economie

Budget: Bercy mise sur les stabilisateurs

Gilles Bridier, mis à jour le 12.09.2013 à 12 h 34

Les «stabilisateurs automatiques», c'est à dire le fait de se montrer souple sur le déficit en période de croissance molle, font partie des axes du projet de loi de finances pour 2014.

Pierre Moscovici, le 11 septembre 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Pierre Moscovici, le 11 septembre 2013. REUTERS/Charles Platiau.

Heureusement, il y a les «stabilisateurs automatiques»! Le ministre de l'Economie et des Finances Pierre Moscovici y a fait plusieurs fois référence en présentant, le 11 septembre, les grandes lignes du projet de loi de finances pour 2014. Mais que sont ces stabilisateurs qui renvoient à l’image du radeau de plage, et auxquels l’économie française semble tant devoir?

Tout simplement de la création de déficit. Richesse de la langue qui permet de ne pas nommer ce qui dérange tout en en parlant malgré tout.

Plus précisément, lorsque l’activité recule, les stabilisateurs consistent à augmenter la dépense publique par le biais notamment des prestations sociales et des indemnités de chômage, afin que la réduction de la production ne vienne pas amplifier la diminution du pouvoir d’achat. Et comme les rentrées fiscales fléchissent dans ces périodes de baisse d’activité, le déficit public, et donc la dette, se creusent.

L'équilibre en 2015?

En l'espèce, après un déficit de 5,3% en 2011 et de 4,8% en 2012, le budget de la France sera dans le rouge de 4,1% cette année et devrait l’être encore de 3,6% en 2014. Les 3% seraient donc atteints avec un décalage de deux ans par rapport au calendrier qui fit longtemps référence. La dette publique, qui atteignait 18.70 milliards d’euros à la fin du premier trimestre 2013 selon l’Insee, va donc grossir moins vite, mais elle va continuer à grossir, et encore longtemps.

Certes, le ministre en charge du Budget, Bernard Cazeneuve, a insisté sur le redressement de la trajectoire budgétaire, affirmant que les 15 milliards d’économies espérés pour l’an prochain (9 milliards sur les dépenses de l’Etat et des collectivités locales, 6 milliards sur celles de la Sécurité sociale) permettront de réduire à 0,2% l’augmentation de la dépense publique, au lieu de 2% en moyenne par an sur les deux quinquennats précédents.

Mais Pierre Moscovici a insisté sur le fait que si la France a, selon lui, plutôt mieux traversé que d’autres pays la période de récession qui s’est étalée sur six trimestres dans la zone euro, c’est parce qu’elle a laissé jouer ces fameux stabilisateurs. C’est bien pourquoi Bercy est décidé à les laisser jouer pour atteindre grâce à la consommation les 0,9% de croissance économique envisagés en 2014 (voire plus, grâce à «un fort potentiel de rebond» de l'économie française), ce qui permettrait d’enrayer la progression du chômage.

Un recours légitime

Le recours à ce mécanisme est tout à fait légitime. François Hollande, dès son arrivée à l’Elysée, s’en est fait le héraut pour ne pas administrer à l’économie française des potions aussi sévères qu’en Grèce et en Espagne, quitte à étaler l’assainissement des comptes publics. Il a fait depuis des émules.

Même la Commission européenne a donné, au printemps, son feu vert à un délai supplémentaire pour revenir dans les clous budgétaires à cause d’une détérioration «imprévue» de l’environnement économique. Ce qui revenait à donner quitus à la France pour qu’elle laisse filer son déficit un peu plus que ses engagements ne le prévoyaient… et qu’elle n’aurait d’ailleurs pas pu tenir.

Et cet été, le FMI a lui-même validé cette politique en recommandant à Paris de ralentir le rythme de réduction du déficit budgétaire pour ne pas étouffer tout espoir de reprise et continuer de soutenir la consommation. De quoi conforter la position française en Europe face aux tenants de l’orthodoxie budgétaire, en apportant un soutien un François Hollande face à la rigueur d’Angela Merkel. Avec d’ailleurs un résultat au deuxième trimestre 2013 puisque, même minime et insuffisante pour marquer une véritable inversion de tendance, la croissance de 0,5% en France a effectivement été obtenue grâce à la consommation.

Un des deux volets est toujours oublié

Notons qu'en théorie, ces stabilisateurs ne servent pas seulement à fabriquer du déficit. Ce sont des mécanismes contracycliques destinés à compenser les fluctuations de la conjoncture économique pour réguler l’activité et amortir les à-coups. Aussi, ils doivent jouer dans les deux sens: lorsque l’activité reprend, ils supposent que les prélèvements fiscaux augmentent tandis que la dépense publique diminue, opérant ainsi un mouvement de rééquilibrage budgétaire.

Mais sans qu’on s’en étonne, il s’agit d’un volet de ce mécanisme souvent négligé par les gouvernements à cause de son impopularité, ce qui se traduit par des déficits budgétaires chroniques, même en période de croissance, et une dette publique qui n’en finit pas de grimper.

C’est le cas pour la France, qui n’a connu que des budgets déficitaires depuis 1974, même dans les périodes de vaches grasses, les grands argentiers de droite comme de gauche ayant manifestement toujours oublié la deuxième partie du principe des stabilisateurs.

Gilles Bridier

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Journaliste
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