Economie

Pour les journées du patrimoine, visitez donc une entreprise!

Catherine Bernard, mis à jour le 14.09.2013 à 11 h 26

Pourquoi ne pas profiter du week-end pour jeter un oeil sur une entreprise en activité? Qui sait: cela pourrait peut-être faire du bien à l'emploi et à nos comptes extérieurs!

Dans une usine de fabrication de drapeaux à Wavrin (Nord), le 5 avril 2007. REUTERS/Pascal Rossignol.

Dans une usine de fabrication de drapeaux à Wavrin (Nord), le 5 avril 2007. REUTERS/Pascal Rossignol.

Si si, c'est vrai, les Français aiment leur industrie. Certes, cela ne se voit pas très clairement dans les chiffres du commerce extérieur, toujours lourdement déficitaire. Impossible de nier qu'en matière d'habillement, d'électronique et même d'automobiles, nous renâclons désormais à acheter français (ce qui, du reste, n'est plus toujours possible).

En revanche, nous adorons nous émerveiller devant les symboles du savoir-faire français: qui n'a pas, pendant ses vacances, visité une cave viticole ou bien fromagère, une chocolaterie, une fabrique de savon ou de petits gâteaux, ou encore une verrerie d'art? Sans parler du viaduc de Millau (environ 300.000 visiteurs) et de la multiplication des musées valorisant le passé industriel des régions: par exemple, le centre historique minier près de Douai ou encore l'exposition «Bâtisseurs de navires» sur l'île de Nantes. A Saint-Etienne s'ouvrira du reste bientôt une grande exposition sur le paquebot France .

Trop souvent cependant, il faut attendre qu'une industrie disparaisse pour mettre en valeur les savoir-faire qu'elle mobilisait ... Faites l'expérience: cherchez, dans votre région, les entreprises qui ouvrent régulièrement leurs portes. Trois fois sur quatre, elles appartiendront aux secteurs de:

  • l'alimentaire (35%)
  • l'artisanat (20%)
  • l'agriculture et de pêche (11%)
  • les vins et spiritueux (10%)

Dans 10% des cas seulement, il s'agira d'une entreprise dite «technologique», en réalité tout simplement industrielle, selon les données communiquées par le portail Entreprise et découverte, qui recense les entreprises organisant des visites.

Dommage! Que les producteurs de vins, de fromage ou de couteaux ouvrent leurs processus de fabrication au grand public contribue sans nul doute à l'attachement des Français à leur culture gastronomique et à la survie d'un certain type d'artisanat. Impossible d'acheter du gruyère râpé lorsque l'on a visité une cave de comté jurassienne; ou de mélanger son cognac XO à du Coca-Cola lorsque l'on a compris la difficulté de fabriquer cet alcool...

«Une expérience très marquante»

Pourquoi en irait-il différemment pour l'industrie? Sa défense ne gagnerait-elle pas à une plus grande connaissance des processus de fabrication actuels, aussi peu glamours soient-ils?

«Les visites d'entreprises constituent bien souvent une expérience très marquante pour le visiteur. Il s'en souvient longtemps, parfois même toute sa vie», assure Cécile Pierre, fondatrice de l'Agence de développement de la visite d'entreprise (Adeve), qui depuis plus de vingt ans, aide les entreprises à mieux ouvrir leurs portes.

Et de fait: qui a un jour visité une entreprise papetière, avec ses impressionnantes et coûteuses machines, comprend comment trouver sa place dans une industrie aussi capitalistique, concentrée et dépendante de bons approvisionnements en bois et matière recyclée devient compliqué. L'occasion pour un fabricant de niche comme Clairefontaine de montrer sa spécificité.

De la même façon, il suffit de jeter un oeil à une usine de cartes électroniques, un fabricant de lave-linge ou de fenêtres, sans même parler d'une chaîne automobile, pour constater à quel point les robots et machines à commande numérique —assez rarement fabriqués en France, du reste— ont ces dernières décennies envahi l'industrie et profondément bouleversé le profil des compétences requises: bien les manier, savoir les programmer et les reprogrammer pour arriver à une production rentable tout en restant le plus variée possible devient un vrai savoir-faire.

A l'inverse, ceux qui ont préservé un savoir-faire artisanal peuvent plus facilement, lors d'une visite, expliquer au consommateur pourquoi il ne faut pas toujours chercher le prix le plus bas.

Vision cohérente du fonctionnement d'une entreprise

Faire le tour d'un chantier naval suffit également à démontrer à quel point certaines professions comme celle de soudeurs sont toujours des métiers à très forte qualification, où le souci du détail bien fait reste primordial.

Descendre dans un central téléphonique, avec ses dizaines de milliers de câbles, permet de mieux comprendre le casse-tête que peut représenter le passage du téléphone traditionnel au haut débit puis à la fibre optique. Et ainsi saisir les enjeux de la dérégulation du marché.

Contempler les immenses machines à casser les oeufs et humer la bonne odeur d'une chaîne de fabrication de madeleines donne l'occasion de comprendre qu'en matière de pâtisserie industrielle, certains arrivent à préserver les (bonnes) recettes traditionnelles.

Enfin, se plonger dans le système informatique d'une entreprise, avec son ERP (entreprise resource planning) qui gère tout, de la maintenance des machines aux commandes des clients, donne l'impression que la moindre entreprise —de la biscuiterie industrielle à la clinique privée— est désormais «pilotée», au sens propre, un peu comme un avion.

Toutes ces évolutions ne sont ni secrètes, ni révolutionnaires, ni spécifiques à la France. Mais bien peu de citoyens, et même de salariés, ont une vision cohérente du mode de fonctionnement des entreprises qui les entourent ou dans lesquels ils travaillent. Mieux les connaître n'ajouterait peut être pas au romantisme de l'industrie actuelle... mais permettrait de mieux les comprendre et ainsi d'accompagner —ou de contribuer à infléchir— leurs évolutions.

5.000 entreprises concernées

Les chefs d'entreprise, du reste, en prennent conscience: de plus en plus nombreuses sont les entreprises à ouvrir régulièrement leurs portes au public. Elle seraient aujourd'hui plus de 5.000.

Naguère, beaucoup le faisaient pour directement augmenter leurs ventes: alcools, parfums, verres, fromages, cosmétiques, etc. Actuellement, elles franchissent souvent le pas pour montrer leur impact favorable sur l'environnement, ou du moins, pour rassurer sur les risques de leur activité, bref, pour améliorer leur image: c'est le cas des usines d'incinération, des barrages hydrauliques ou encore des carrières. Ou bien entendu des centrales électriques, qu'EDF fait depuis déjà longtemps visiter au grand public pour mieux défendre sa stratégie, notamment en matière de nucléaire.

Mais rares encore sont celles qui, actives dans des secteurs a priori très peu attractifs, osent juste dévoiler leur processus de fabrication. A part les géants comme Airbus ou Eurocopter, on note par exemple Mecachrome, à Sablé (Sarthe), qui montre comment elle usine les blocs moteurs pour l'industrie automobile à des scolaires; ou Saintronic, spécialisé dans la tôlerie, à Saintes; ou la SARL Durand, qui fabrique des pièces plastiques en Eure-et Loire.

«Ouvrir ses portes ne coûte pas nécessairement cher», assure Cécile Pierre. Quelques milliers d'euros d'investissement, qui rapportent parfois immédiatement, si ce n'est en ventes, du moins en relations amériorées avec le tissu local. Ou, tout simplement, en communication interne: faire visiter une entreprise valorise ses salariés.

Quelque 200 start-ups du web ont elles compris l'intérêt de la démarche: pour la deuxième année consécutive, elles participeront, du vendredi 12 au dimanche 14 septembre, aux journées du patrimoine des start-ups (JPDS). Une façon de se faire connaître de clients et partenaires potentiels certes, mais aussi de montrer que les jeunes entreprises font également partie du patrimoine français.

Catherine Bernard

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Journaliste
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