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La cigarette électronique au moins aussi efficace que les timbres nicotiniques

Jean-Yves Nau, mis à jour le 09.09.2013 à 10 h 06

Alors que la France compte environ un million d’utilisateurs, une étude établit pour la première fois l'efficacité de la e-cigarette en matière de sevrage. Les autorités sanitaires françaises ne souhaitent cependant pas lui donner le même statut que les autres substituts nicotiniques.

Des e-cigarettes à Londres. REUTERS/Toby Melville

Des e-cigarettes à Londres. REUTERS/Toby Melville

C’est un événement dans le monde de l’addiction au tabac: une étude démontre, pour la première fois, que la cigarette électronique permet d’obtenir les mêmes résultats que les patchs cutanés à la nicotine dans l’obtention du sevrage. Ce résultat a été obtenu par une équipe de sept chercheurs dirigée par le Pr Chris Bullen (Université d'Auckland, Nouvelle-Zélande).

Il doit être publié sur le site de la revue médicale The Lancet. Il sera d’autre part développé lors d’un congrès européen de médecine respiratoire qui se tient jusqu’au 11 septembre à Barcelone. En toute hypothèse il bouleverse quelque peu la donne en matière de santé publique, les adversaires de la e-cigarette observant que cette dernière n’avait pas fait la preuve de son efficacité en matière de sevrage.

Les chercheurs néozélandais ont mené leurs recherches auprès de 657 fumeurs recrutés par le biais d'annonces dans des journaux locaux. Tous souhaitaient en finir avec leur addiction. Trois groupes ont été constitués par tirage au sort. Les membres de deux premiers groupes (292 personnes dans chaque) ont reçu pour une durée de treize semaines soit des patchs de nicotine soit des cigarettes électroniques (dosées à 16 mg de nicotine). Les 73 personnes du  troisième groupe ont quant à elles reçu des «e-cigarettes placebo» (ne contenant pas de nicotine).  Il s’agissait de personnes ayant toutes commencé à fumer vers l’âge de 15 ans. On comptait 60% de femmes pour un âge moyen de 43 ans.

Le premier essai clinique pour comparer les e-cigarettes avec des timbres de nicotine a constaté que les deux méthodes aboutissent à succès comparable à cesser de fumer , avec des proportions à peu près semblables de fumeurs qui ont utilisé deux méthodes restant abstinents de fumer pendant six mois après un cours de 13 semaines de patchs ou e-cigarettes.

Au moins aussi efficace que les patchs

Trois mois après la fin des treize semaines de l’étude une série de tests ont été effectués par les participants pour évaluer les premiers résultats en termes d’obtention de l’abstinence. Un arrêt total du tabac était alors observé chez une vingtaine de personnes. La proportion la plus élevée de sevrage était observée dans le groupe e-cigarettes: 7,3%, contre 5,8 % dans le groupe timbres à la nicotine, et de 4,1% dans le groupe e-cigarettes placebo. Les auteurs estiment toutefois que ces différences ne peuvent, en toute rigueur être tenu pour  statistiquement significatives. On peut toutefois en conclure que la cigarette est d’une efficacité au minimum égale à celle des patchs de nicotine pour aider les gens à cesser totalement de fumer pendant au moins six mois.

Les chercheurs observent en outre que chez ceux qui n'avaient pas réussi à faire une croix sur le tabac en six mois (les trois mois de l’étude et les trois mois de suivi) la consommation de cigarettes de tabac avait été sensiblement réduite dans le groupe «e-cigarettes nicotine» par rapport aux deux autres groupes. C’est ainsi que plus de la moitié (57 %) des participants du groupe e-cigarettes avaient réduit au moins de moitié (57%) leur consommation quotidienne de tabac.

Autre élément important: lorsqu'on leur a demandé s'ils recommanderaient le produit qui leur avait été attribué à un ami souhaitant lui aussi arrêter le tabac, 90% des participants des deux groupes e-cigarettes (la véritable et la placebo) ont répondu qu'ils le feraient. Cette proportion n’était que 56% dans le «groupe patchs».

Pas d’effets indésirables repérés

Cette étude néozélandaise était également la première à évaluer (sur le terrain, scientifiquement et sur un aussi grand nombre d’utilisateurs) l’éventuelle nocivité du vapotage. Les chercheurs n'ont trouvé aucune différence dans les taux d'événements indésirables sur la santé, les quelques cas recensés ne pouvant par ailleurs être raisonnablement lié à l’une des trois méthodes ici évaluées. La e-cigarette est donc comparable, pour ce qui est de la sécurité, aux patchs nicotiniques. Les auteurs soulignent néanmoins, par précaution, que des périodes de suivi plus longues seront nécessaires pour confirmer l'innocuité à long terme de la cigarette électronique.

«Bien que nos résultats ne montrent pas de différences claires entre les e-cigarettes et les patchs à la nicotine en termes d’arrêt total au bout de six mois, il semble bien que les e-cigarettes sont plus efficaces pour aider les fumeurs qui n'ont pas encore réussi à abandonner la consommation de tabac, explique le Pr Bullen.

Il est également intéressant de noter que les personnes qui ont participé à notre étude semblaient être beaucoup plus enthousiastes vis-à-vis des e-cigarettes que des patchs. Notre étude établit un point de référence essentiel pour ce qui est des performances de la cigarette électronique par rapport à des substituts nicotiniques. Mais il y a encore beaucoup à découvrir sur l'efficacité et les effets à long terme des e-cigarettes.»

La cigarette électronique pas reconnue en France

Incidemment ce travail est publié au lendemain de l’étude, largement dénoncée, de la revue 60 millions de consommateurs, concluant au possible caractère cancérogène de la e-cigarette. Il s’inscrit plus généralement dans un double contexte international de santé publique. D’une part la popularité croissante de ce dispositif dans de nombreux pays -environ un million d’utilisateurs en France estime-t-on aujourd’hui. D’autre part l'incertitude des autorités sanitaires en termes de réglementation, d’usage et de taxation.

Les résultats de l’étude néo-zélandaise (entièrement financée par les pouvoirs publics de ce pays) pourraient contribuer à conférer bientôt aux cigarettes électroniques le statut de médicament au même titre que les traitements substitutifs nicotiniques. Les autorités sanitaires françaises ne penchent pas en faveur de cette hypothèse.

Depuis la remise du rapport rédigé par le Pr Dautzenberg à la demande de Marisol Touraine, ministre de la Santé la politique française est claire: la cigarette électronique doit impérativement être assimilée à un produit du tabac: interdiction à la vente aux mineurs, interdiction de publicité, interdiction de consommation dans tous les lieux à usage public. C’est là une politique radicalement opposée à celle suivie en Grande Bretagne où le choix du dispositif médicamenteux avec autorisation de mise sur le marché a été fait. Pour l’heure les autorités françaises n’ont lancé aucune étude pragmatique similaire à celle qui vient d’être menée en Nouvelle-Zélande. Un pays où la vente de e-cigarettes contenant de la nicotine était, jusqu’à présent, interdite.

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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