Monde

Représailles contre la France: les cibles potentielles d'Assad au Liban

Bachir El Khoury, mis à jour le 07.09.2013 à 8 h 49

Les «répercussions» évoquées par Bachar el-Assad pourraient toucher un pays où la France est très implantée: soldats, représentations diplomatiques, établissements scolaires...

Des soldats français à Beyrouth, le 9 novembre 2012. REUTERS/Sharif Karim.

Des soldats français à Beyrouth, le 9 novembre 2012. REUTERS/Sharif Karim.

La France n’a pas tardé à accuser réception des propos tenus par Bachar el-Assad sur d’éventuelles attaques contre des intérêts nationaux français en cas d’intervention militaire en Syrie. François Hollande a rencontré, vendredi 6 septembre à Nice, le président libanais Michel Sleiman, avec lequel il a discuté du dossier de la sécurité des Français et des institutions françaises au Liban.

Cette réunion qui se tenait à la demande de Hollande est intervenue quelques jours après les menaces proférées par le président syrien contre la France en cas d’opération occidentale. «Le peuple français n'est pas notre ennemi, mais [...] dans la mesure où la politique de l'État français est hostile au peuple syrien, cet État sera son ennemi. Il y aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France», avait martelé Bachar-el-Assad au cours lors d’un entretien exclusif publié par le Figaro.

Cette mise en garde avait été interprétée par des experts et des diplomates comme le préalable à de possibles actions contre des ambassades ou des ressortissants français au Moyen-Orient, en particulier au Liban; le régime de Damas, affaibli de l’intérieur, n’a plus les moyens logistiques de commettre des attentats sur le sol français, estiment certaines de ces sources.

Le Liban a déjà fait l’objet par le passé d’attaques sur son territoire contre des intérêts français, tel le double attentat du 23 octobre 1983 contre les contingents américain et français de la force multinationale de sécurité, imputé à l’Iran et au régime de Damas, qui avait coûté la vie à 241 marines américains et 58 parachutistes français.

Plus récemment, le 26 juillet 2011, six soldats français de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ont été blessés par l’explosion d’une bombe au passage de leur convoi près de Saïda, au sud de Beyrouth. Le 9 décembre de la même année, cinq autres militaires français ont également été la cible d'une explosion similaire à Tyr, autre ville côtière du Sud-Liban. Le chef de la diplomatie française à l’époque, Alain Juppé, avait alors ouvertement accusé la Syrie de se cacher derrière ces attentats.

Proximité géographique, liens historiques

De par sa proximité géographique et ses liens historiques avec la France, le Liban, où résident 2.000 Français et 20.000 binationaux, apparaît en effet comme la cible idéale. La Finul, présente depuis 1978, comporte quelques 900 soldats français. Symbole militaire par excellence, elle pourrait faire l’objet d’éventuelles attaques ou attentats.   

Beyrouth abrite en outre plusieurs bâtiments, écoles et missions françaises; la résidence des Pins, située au niveau de l’ancienne ligne de démarcation durant la guerre du Liban (1975-1990), est le lieu où réside l’ambassadeur de France à Beyrouth. En 1981, l'ambassadeur Louis Delamare avait été assassiné non loin de sa demeure.

Le régime syrien, alors dirigé par Hafez el-Assad, fut pointé du doigt. Dans une démarche très symbolique, le président François Hollande a rendu hommage ce mercredi à l’ancien diplomate disparu il y a 32 ans.

A quelques centaines de mètres de la résidence se trouvent côte à côte, dans la rue de Damas, l’Ambassade de France, le Centre culturel français, le Lycée franco-libanais, l’institut français du Proche-Orient ainsi que trois facultés de l’Université Saint-Joseph, fondées au XIXe siècle par des pères jésuites français, dont l’école de médecine, anciennement prénommée «Faculté française de médecine». Toujours dans le même secteur siège l’Hôtel Dieu de France, l’un des hôpitaux les plus réputés de la ville. A Hamra, dans le quartier musulman de Beyrouth, se situent en outre l’Ecole supérieure des Affaires ainsi que le collège protestant français.

Une quarantaine d'établissements

Le vaste réseau d’écoles françaises ou homologuées au Liban témoigne de cette forte présence française. Une quarantaine d’établissements sont répartis sur l’ensemble du territoire, dont certains sont localisés dans des villes et zones «chaudes». Le Lycée Alphonse-de-Lamartine, appartenant au réseau de la mission laïque française, est localisé à Tripoli, fief de la communauté sunnite au Liban et théâtre de nombreux incidents sécuritaires depuis le début de la crise syrienne, dont la récente explosion ayant fait 42 morts. Quant au Lycée français Habboush, il est situé dans la localité chiite de Nabatiyyé, au Sud-Liban.

Les centres culturels français ne sont pas moins répandus; des antennes sont implantées à Saida, ville d’origine de l’ancien premier ministre assassiné Rafic Hariri, ainsi qu’à Baalbeck, l’un des chefs-lieux du Hezbollah.

En parallèle, de nombreuses sociétés françaises opèrent au Liban tandis que certaines banques, même si elles sont détenues majoritairement par des capitaux libanais, évoquent la France, à l’instar de la Société générale de banque au Liban (SGBL) et de la Banque libano-française (BLF). Au total, 90 compagnies partiellement ou totalement françaises, employant plus de 5.000 personnes, sont implantées au pays du Cèdre.

Enfin, des agences implantées dans les domaines de l’enseignement et du développement, telle que l’Agence française de développement (AFD) et l’Agence universitaire francophone (AUF), sont également présentes à Beyrouth.

Etat d'alerte

Face à ces menaces et au risque réel de «répliques», la France, qui s’apprête à lancer une opération militaire en Syrie, se veut clairement en état d'alerte. Outre la rencontre de vendredi entre les deux chefs d’Etats, le quai d’Orsay a décidé, après les trois attentats de juillet et d’août dans la banlieue-Sud de Beyrouth et à Tripoli, de renforcer la vigilance sur l’ensemble du territoire. Dans une annonce publiée en une de son site, l’ambassade de France au Liban a exhorté tous ses ressortissants à limiter dans une large mesure leurs déplacements sur l’ensemble du territoire.

La partie ouest du pays «est dorénavant signalée par la couleur orange et les déplacements y sont déconseillés sauf raison impérative», prévient le Quai d'Orsay. Les autres régions (est, extrême sud, extrême nord) figurent en rouge sur la carte et les déplacements y sont «formellement déconseillés».

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