Slatissime

Saison 2013-2014: notre sélection classique

Jean-Marc Proust, mis à jour le 24.09.2013 à 10 h 29

Plutôt opéra ou comédie musicale? Malgré un contexte difficile, la saison offre de réjouissantes perspectives. Notre sélection subjective de 60 spectacles indispensables.

Cécile de France dans «Anna» (Giovanni Cittadini Cesi).

Cécile de France dans «Anna» (Giovanni Cittadini Cesi).

Certes, il y a les restrictions budgétaires, qui se traduisent par un nombre de représentations en baisse. Mais les affiches de la rentrée classique 2013-2014 sont belles, diverses, tentantes. Un bonheur pour mélomanes.

Opéras

On commence par la suite de l’année Wagner. A Dijon, vous pouvez opter pour un marathon wagnérien avec un Ring complet (quelques rares coupes cependant) en deux jours. Armez-vous de jambon persillé bourguignon pour ce festival scénique sacré et foncez: il reste des places, c’est inespéré.  

Pourquoi y aller? Parce qu’un Ring, c’est un dragon, des gnomes, des géants, des dieux, des humains, que la chair est faible. C’est Le Seigneur des Anneaux en mieux.

Qui sera La Dernière à l’échafaud, selon le titre de la nouvelle de Gertrud von Le Fort (1931), adapté par Bernanos et mis en musique par Poulenc? Dialogues des Carmélites est un opéra qui euh… vous prend à la gorge. Au Théâtre des Champs-Elysées, Sophie Koch, Patricia Petibon, Véronique Gens et Sandrine Piau seront des guillotinées de choix, sous la direction de Jérémie Rhorer, avec une mise en scène d’Olivier Py. A Angers et Nantes, vous dialoguerez avec les Carmélites mises en scène par Mireille Delunsch, une coproduction avec l’Opéra de Bordeaux reprise en octobre, tandis qu’à Lyon, c’est le cinéaste Christophe Honoré qui coupera les têtes d’Hélène Guilmette, Sylvie Brunet-Grupposo, Sabine Devieilhe...

Pourquoi y aller? Parce que c’est un des opéras les plus poignants du répertoire et que c’est made in France, by Francis Poulenc. Impossible de ne pas pleurer lorsque le chœur se réduit d’une voix à chaque fois que la lame tombe.

Olivier Py —encore lui!—assurera la mise en scène de deux nouvelles productions de l’Opéra de Paris. D’abord Alceste de Gluck, au Palais Garnier, avec Sophie Koch dans le rôle-titre et Yann Beuron dans celui d’Admète (Roberto Alagna a renoncé). Dans la fosse, Marc Minkowski et les musiciens du Louvre. Py s’attaquera ensuite, sonnez trompettes, au péplum verdien Aida, dans la vaste salle de la Bastille. A noter: une représentation en direct dans les cinémas UGC le 14 octobre.

Pourquoi y aller? Parce que c’est Olivier Py.

Natalie Dessay fait une pause et quitte la scène lyrique quelques années. Ces «adieux» se feront à Toulouse, à la rentrée, dans le rôle de Manon. Et… il reste des places!

L’une part, l’autre arrive. Remarquable reine de la Nuit à l’Opéra de Lyon en juin dernier, Sabine Devieilhe retrouvera ce rôle sur la scène parisienne de la Bastille (La Flûte enchantée, mars 2014), la «Révélation artiste lyrique» de l’année aux Victoires de la musique 2013 assumant aussi le rôle virtuose de Lakmé, à l’Opéra comique. Écoutez-la, réservez vite et… dites-lui de changer la police de son site perso.

En février, on ira à genoux au Palais Garnier pour admirer —ou détester— une nouvelle mise en sc…, pardon en lumière de Robert Wilson. Que fera-t-il du Couronnement de Poppée monteverdien? Du Bob Wilson, comme toujours.

Pourquoi y aller? Parce que ce sera comme d’habitude hiératique et beau.

Donizetti, Janacek, Puccini

Les amateurs de Donizetti peuvent se réjouir. Le voici à l’honneur cette année avec, évidemment, Lucia di Lammermoor Paris et Marseille), mais aussi La Favorite à Toulouse, Anna Bolena à Bordeaux, Viva la mammaMetz), Don Pasquale à Clermont-Ferrand (Centre lyrique Clermont-Auvergne), à Limoges et Reims, sans oublier Maria Stuarda à l’Opéra royal de Wallonie.

Pourquoi y aller? Parce que vous êtes romantique. Parce que vous aimez la tragédie. Parce que vous aimez la comédie.

Kundera adore Leoš Janáček, et il a raison: prenez Les Testaments trahis sous le bras et mettez-vous en appétit avec L’Affaire Makropoulos à l’Opéra de Paris, puis rendez-vous à Strasbourg pour De la maison des morts, d’après Dostoïevski. Mise en scène de Robert Carsen qui connaît bien le compositeur tchèque, qu’il a adapté plusieurs fois. Filez ensuite —avec vos enfants— à Lille pour La petite Renarde rusée (Carsen encore), puis à Bruxelles pour Jenufa. Vous parlerez alors le Janáček couramment et nous en remercierez.

Pourquoi y aller? Parce que Leoš Janáček est un des plus grands compositeurs d’opéra, avec des livrets empruntés au faits divers et sublimés par une musique d’une rare expressivité.

L’Opéra national de Lorraine confie Turandot, chef-d’œuvre ultime de Puccini, au talentueux Yannis Kokkos (je conserve un souvenir ému du féérique Hänsel und Gretel, au Châtelet il y a quelques années). A l’entracte, dévorez les macarons, achetés chez les Soeurs du même nom, qui sont à deux pas.

Raretés

Oubliées voire disparues…: la saison à venir sera l’occasion d’entendre des œuvres qui se font rares. La Straniera de Bellini à l’Opéra de Marseille (avec une jolie distribution), Bérénice (Albéric Magnard d’après, mais oui, Racine) à Tours, Daphné (Richard Strauss, avec Franz Josef Selig dans le rôle de Pénée) au Théâtre du Capitole de Toulouse, sans oublier Le Roi Arthus, du seul compositeur mort d’un accident de vélo, Ernest Chausson. Musique envoûtante, influencée par Wagner mais qui «ouvre la voie à Debussy et Dukas».

Deux créations françaises enfin à ne pas rater. Doctor Atomic d’abord, à l’Opéra du Rhin: John Adams et Peter Sellars croisent le mythe de Faust et le Projet Manhattan (qui conduira à la bombe atomique). Coeur de chien (Alexander Raskatov) ensuite, à l’Opéra de Lyon, d’après la nouvelle délirante de Mikhaïl Boulgakov (génie), qui, selon le metteur en scène Simon McBurney, plongea le spectateur dans «un univers fantastique digne d’un Tim Burton».

On se rendra aussi à Nice pour la création mondiale de Dreyfus, opéra (?) de Michel Legrand, celui des Demoiselles de Rochefort, en mai 2014, sur un livret de Didier van Cauwelaert.

Enfin, c’est désolation de le dire mais un festival Britten, comme celui que propose l’Opéra de Lyon en avril 2014, est encore une rareté. Indispensable, la rareté.

Stars du clavier

Au printemps, on se rendra Salle Pleyel pour entendre quelques légendes du piano: Nelson Freire le 26 mai, Murray Perahia le 4 juin, Krystian Zimerman le 6 juin. Et déjà, on aura entendu Maurizio Pollini le 14 novembre,

Sans oublier la grande Martha Argerich en duo avec le non moins grand violoniste Gidon Kremer (24 novembre). Ou préférer miser sur les virtuoses chinois comme Yuja Wang (15 mai) ou Yundi Li (20 mars).

Pourquoi y aller? Si vous pouvez y aller… Parce qu’un jour, vous direz à vos enfants: j’y étais.

Du 11 au 25 mars, on ne manquera pas l’intégrale de l’œuvre pour clavecin de Bach, qui s’appuie sur les instruments du Musée de la musique. Avec Olivier Baumont, Céline Frisch, Ton Koopman…

Pourquoi y aller? Je ne vois même pas pourquoi vous posez la question.

Musicals

Programmation éclectique et inventive, le Théâtre du Châtelet offre à nouveau un choix de spectacles plus que tentants. La saison débute avec Chantecler tango, comédie musicale qui évoquera l’Argentine des années 1930 et 1940, avec «l’icône Carlos Gardel», et se poursuit avec les contes de fées revisités par Stephen Sondheim (Into the Woods), puis The King and I de Rodgers et Hammerstein.

On ne négligera pas deux reprises, celle de My Fair lady, mise en scène de Robert Carsen, et celle, légendaire, d’Einstein on the Beach. Les amateurs de Bob Wilson traverseront la place pour découvrir sa version rock & roll de Peter Pan (musique de CocoRosie) au Théâtre de la Ville. My Fair Lady est aussi à l’affiche de l’Opéra d’Avignon, en décembre.

Au Théâtre du Rond Point, succès attendu pour Anna, la célèbre comédie musicale de Gainsbourg. Il reviendra à Cécile de France d’endosser le rôle autrefois dévolu à Anna Karina…

En octobre, les amateurs d’exotisme courront au Théâtre Montfort pour le 6ème festival des opéras traditionnels chinois, «synthèse entre danse, chant, musique, acrobatie et mime».

Voyages

Après avoir annexé la Belgique pour Janacek et Donizetti, Slate.fr vous suggère de prendre l’avion et courir à l’opéra le temps d’un week-end. Chic et cher, on en convient, mais...

  • Londres

A Londres, on conjuguera ses courses de Noël avec une soirée à Covent Garden, pour une nouvelle production de Parsifal (Simon O'Neill, Angela Denoke, René Pape, mise en scène de Stephen Langridge, direction d’Antonio Pappano).

Pourquoi y aller? Parce que le Royal Opera house (ROH) dispose du foyer le plus élégant et excentrique du Royaume-Uni, donc de l’univers. On y boit sa coupe de champagne en smoking bleu turquoise, en trempant l’olive dedans.

On pourra plus modestement se contenter d’une visite à l’English National Opera (où les œuvres sont chantées en anglais), dont les productions sont souvent réjouissantes. Soit pour une Magic Flute, soit pour Satyagraha, l’opéra de Philip Glass consacré à Gandhi.

  • Barcelone

Un petit tour sur les Ramblas s’impose: le Teatro Liceu propose La Légende de la Cité invisible de Kitège, un opéra de Rimsky Korsakov, ce qui mérite en soi le déplacement, les œuvres du compositeur russe étant pratiquement absentes des scènes européennes. On couplera le week-end avec le méconnu musée de l’art catalan, mille fois plus intéressant que le très fréquenté bric à brac du musée Miró.

Pourquoi y aller? Parce que du russe surtitré en catalan, c’est snob.

  • Madrid

Gérard Mortier avait lancé le projet à New York il y a 6 ans, il aboutira à Madrid. La création mondiale de Brokeback moutain (musique de Charles Wuorinen) aura lieu au Teatro Real en février 2014. Mise en scène d’Ivo van Hove (donc avec des écrans partout).

On vous aurait bien envoyé à Berlin pour Le Trouvère dirigé par Barenboïm avec sa distribution de luxe (dont l’inoxydable Placido Domingo) mais c’est sold out depuis pas mal de temps. Rabattez-vous sur Káťa Kabanová (Rattle, Westbroeok, Polaski).

Et quelques pas de danse

Limb's Theorem de William Forsythe (Ballet de l'Opéra de Lyon, du 13 au 19 septembre), plusieurs pièces de Trisha Brown, en hommage à la grande chorégraphe aujourd'hui atteinte de la maladie d'Alzheimer (Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d'automne, du 22 octobre au 1er novembre), La Belle et la Bête, vus par Kader Belarbi à Toulouse (Ballet du Capitole, du 24 au 29 octobre), reprise, 30 ans après, de Yvan Vaffan (Jean-Claude Gallotta, Théâtre national de Chaillot, du 19 au 23 novembre), Le Parc d'Angelin Preljocaj (oui, la pub d’Air France, Mozart, un classique) repris par le Ballet de l'Opéra de Paris pour les fêtes de fin d’année,

Bonnes, que dis-je, excellentes soirées!

Jean-Marc Proust

Jean-Marc Proust
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Journaliste
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