Culture

Le mariage du cinéma et du sport automobile: le bruit, la mort et la fureur

Antoine Sire, mis à jour le 05.09.2013 à 7 h 01

La sortie de Rush est l’occasion de se souvenir que le sport automobile a toujours passionné les cinéastes. Petit résumé d’une histoire où l’on croise Roman Polanski, Steve McQueen et Paul Newman, mais aussi Howard Hawks, Clark Gable, James Cagney, Jack Nicholson, Yves Montand et même... Jean Gabin.

Rush réalisé par Ron Howard

Rush réalisé par Ron Howard

Le 25 septembre sortira Rush, un film réalisé par Ron Howard —dont le scénariste est le très doué Peter Morgan, auteur de The Queen et de Frost/Nixon. Ce film raconte le duel épique entre Niki Lauda, champion méticuleux et obstiné, et James Hunt, pilote surdoué mais noceur impénitent, pendant la saison 1976 de Formule 1. Grièvement brûlé pendant le Grand Prix d’Allemagne, Lauda reçoit les derniers sacrements à l’hopital d’Adenau. Mais il se rétablit et trouve la volonté d’être au départ du Grand prix d’Italie six semaines plus tard, malgré les terribles séquelles de son accident, pour défendre sa position de leader du championnat face à Hunt. Leur affrontement se poursuivra jusqu’à l’épilogue d’un Grand Prix du Japon dantesque, disputé sous un déluge. 

L'âge d'or de la Formule 1

Un grand cinéaste s’était déjà intéressé aux hommes de cette période légendaire du sport automobile: Roman Polanski, qui avait produit en 1971 Week-end of a champion, consacré à son ami Jackie Stewart, le grand pilote écossais qui remporta cette année-là l’un de ses trois titres de champion du monde. Ce documentaire distingué au festival de Berlin n’a jamais été exploité en salle. Il est resté aux oubliettes pendant 40 ans, avant que Polanski n’en récupère le master, sur le point d’être détruit par un laboratoire en liquidation!

Revisité et augmenté d’un touchant épilogue, il a été diffusé à Cannes en 2013 et sortira prochainement en DVD. Confiant la réalisation au documentariste Frank Simon, Polanski s’est mué le temps d’un week-end —celui du Grand Prix de Monaco— en confident de Stewart, que l’on suit dans sa voiture, dans les stands, mais aussi en slip dans sa suite de l’Hôtel Hermitage, où il explique les subtilités du pilotage à l’aide d’un couteau et d’une motte de beurre.

Au-delà du sport automobile, ce film très sensible nous replonge dans l’ambiance, les décors, les costumes et la mentalité d’une époque plus souriante et déjantée que la notre, mais pas moins tragique. On aperçoit le sombre et beau visage de Nina, veuve de Jochen Rindt, sacré champion du monde 1970 à titre posthume, après s’être tué au Grand Prix d’Italie.

On croise aussi la figure de héros romantique de François Cevert, successeur désigné de Stewart, doué pour séduire les femmes et jouer du piano autant que pour piloter, et qui devait perdre la vie en octobre 1973 au Grand Prix des Etats-Unis. Quant à Stewart, quel personnage, quelle étincelle dans le regard, quelle malice! Dans l’épilogue, tourné plus de 40 ans après dans la suite qu’il occupait en 1971, il avoue avoir souffert dans son enfance d’une dyslexie non diagnostiquée. Tout en excellant dans l’un des sports les plus sophistiqués qui soient et en fréquentant une épouse et des amis hautement cultivés, il devait surmonter un terrible complexe, car il savait à peine lire...

Le film de Polanski offre un contrepoint au beau documentaire réalisé au en 2010 par l’anglais Asif Kapadia sur Ayrton Senna, un génie du pilotage presque messianique, dans une époque —les années 80 et 90— rendue plus âpre et plus crispée par les enjeux financiers du sport.

Gable, Cagney, Gabin...

Depuis un siècle, les cinéastes n’ont cessé de chercher à comprendre l’indomptable passion qui pousse les pilotes à chercher leurs limites sur un circuit. Dès 1919, The Roaring Road raconte les tribulations d’un pilote amoureux de la fille de son patron, et montre des voitures primitives lancées comme des obus sur des routes non-goudronnées. En 1932, Howard Hawks réalise The crowd roars. Il recrute James Cagney, vedette attitrée des films de gangsters de la Warner, qui vient tout juste de passer son permis de conduire pour tourner dans un film où il joue le rôle d'un taxi.

A la fin du film, Cagney, pilote déchu, assiste depuis les tribunes aux 500 miles d’Indianapolis que dispute son frère. Celui-ci est blessé par une pièce baladeuse alors qu'il est en tête. Au stand, Cagney l’attend, tout prêt à le relayer. La voiture des deux frères gagne la course mais un nouvel accident survient après la ligne d'arrivée. Ils sont évacués chacun dans une ambulance et le film s'achève tandis que les véhicules sont bord à bord, et que les deux blessés hurlent à leurs chauffeurs respectifs d'aller plus vite!

Hawks consacra le plus grand soin à la qualité des scènes de courses tournées sur les circuits d’Indianapolis, Ascot et Ventura. Une version française du film, «La foule hurle», fut tournée simultanément par Jean Daumery, avec Jean Gabin dans le rôle tenu par Cagney, toutes les scènes de course étant celles filmées par Hawks. The Crowd roars fera en 1939 l'objet d'un remake intitulé Indianapolis Speedway, avec en vedette Pat O'Brien, celui-là même qui qui donnait les derniers sacrements à son ami James Cagney avant son exécution dans Les anges aux figures sales, de Michael Curtiz! 

En 1964, 32 ans après The crowd roars, Hawks tourne un second film de sport automobile, Ligne rouge 7000, avec James Caan, non à Indianapolis mais dans un autre univers de courses typiquement américain, celui de la Nascar, championnat disputé principalement sur des anneaux de vitesse avec des voitures très rapides ayant l’apparence trompeuse de grosses berlines familiales. Ligne Rouge 7000 permet de voir de belles images en couleur de ces courses dans les années 60, mais c’est aussi un drame psychologique dans lequel les aventures sportives des pilotes sont imbriquées avec leur vie sentimentale. Un personnage du film, interprété par John Robert Crawford, symbolise la passion extrême des pilotes de course.
Sortie de route, extrait de Ligne rouge 7000

Amputé d’une main après un accident, il continue à courir en tenant son volant avec un crochet. Il se trouve que l’année même de la sortie de Ligne rouge 7000, un grand pilote américain, Mel Kenyon, eut tous les doigts brûlés dans un accident et reprit ensuite la compétition, un peu à la manière du personnage de Hawks, grâce à une moufle spécialement équipé d’une gouttière qui s’encastrait dans un tenon fixé au volant! 

Auparavant, la passion acharnée des coureurs avait servi de toile de fond à plusieurs films hollywoodiens. Dans Burn’em up, O’connor (1939), un pilote gagne une course alors qu’un adversaire lui a fait absorber une boisson qui rend... aveugle. C'est son mécanicien embarqué qui lui siffle à l'oreille pour lui indiquer les virages! Dans The Big wheel (1949), le crooner Mickey Rooney interprète un jeune pilote prenant la relève de son père tué en course.

En 1950, sort Pour plaire à sa belle (To please a Lady), de Clarence Brown, avec deux immenses stars: Clark Gable et Barbara Stanwyck. C’est l’histoire d’un pilote —Gable— au style tellement agressif qu’on lui impute la mort d’un de ses compétiteurs suite à un accrochage. Journaliste, Barbara Stanwyck le dénonce dans ses articles et le fait mettre au ban des circuits. Pourtant, l’amour va réunir les deux personnages, et faire du pilote un homme meilleur: en bagarre pour la victoire avec l’authentique champion Mauri Rose, Gable va faire un écart qui va sauver la vie de son adversaire, en lui permettant d’éviter un concurrent en perdition et, subséquemment, de gagner la course.

Non content de jouer son propre rôle dans le film, Mauri Rose a doublé Clark Gable dans certaines scènes d’actions. Les deux hommes arboraient une belle moustache: à l’époque cela se voyait sous le casque! Autre classique, Johnny Dark (Les bolides de l’enfer, 1954) tourné par le spécialiste du western George Sherman avec Tony Curtis et Piper Laurie raconte les aventures d’un jeune pilote-constructeur pendant une course sur route qui va du Canada au Mexique. 

Un homme et une femme

L'année 1955 est celle de The Racers (Le cercle infernal), le premier film américain à se dérouler dans le monde européen de la Formule 1, réalisé par Henry Hathaway, avec Kirk Douglas et Bella Darvi, qui était la maîtresse de Darryll F Zanuck, le producteur en chef de la Fox. The racers est tiré d’un roman du suisse Hans Ruesch, un aventurier-écrivain qui fut un excellent coureur automobile dans les années 30. Autre production hollywoodienne, la Courbe du diable (The Devil’s hairpin, 1957), réalisé et interprété par Cornell Wilde, avec la belle Mary Astor.

Parmi les films à petits budget qui émergent pendant cette période, deux productions du roi de la série B Roger Corman, Fast and Furious (1955) avec Dorothy Malone et The Young Racers (1963) avec Mark Damon. A signaler aussi The wild ride de Harvey Berman (1960), qui mélange les voitures de course et les Hot Rod, ces voitures bricolées qui faisaient le bonheur des étudiants américains dans les années 50. Jack Nicholson y fait l’une de ses premières apparition à l’écran. En 1964, c'est Elvis Presley qui coiffe le casque pour L'amour en quatrième vitesse, film mêlant rock et vrombissements de George Sidney. 

La Grande-Bretagne s’intéresse aussi à la course, avec A race for life, de Terence Fisher (1954) et The Green Helmet (Le casque vert) de Michael Forlong (1961). Et la France? Elle fait dans le burlesque. En 1932, Christian-Jacque avait réalisé le Bidon d’or, un film comique avec Raymond Cordy et Pierre Dac racontant l’histoire d’un pauvre bougre qui se retrouve au départ d’une course alors qu’il ne sait pas conduire. Le même réalisateur remettait le couvert en 1939 avec Raphael le Tatoué, dans lequel Fernandel s’inventait un frère jumeau et se retrouvait embarqué dans une compétition plutôt fantaisiste.

En 1956, il faut signaler Le circuit de minuit, un film franco-belge d’Ivan Govar filmé notamment sur la piste de Francorchamps, avec Blanchette Brunoy et Albert Préjean. En 1959 Claude-Bernard Aubert (1959) tourne Match contre la mort, avec Antonella Lualdi, Gerard Blain, Francis Blanche et Achille Zavatta: ce thriller à la française nous plonge dans les temps héroïques des débuts de la télévision, avec un suspense orchestré autour du jeu de pierre Bellemare La tête et les jambes, où un concurrent téléspectateur était associé à un sportif, en l’occurrence un coureur automobile.

En 1966, Claude Lelouch réalise Un homme et une femme, avec Jean-Louis Trintignant qui a la course dans le sang puisqu’il est le neveu de Maurice Trintignant, vainqueur du Grand Prix de Monaco en 1955 et 1958. La course n’est qu’une lointaine toile de fond dans le film, mais grâce à l’habileté de Lelouch et à son penchant pour le cinéma-vérité, les images sont un bon témoignage visuel sur le sport automobile des années 60. 

Grand Prix, Montand et Ferrari

A Hollywood, les cartes vont être rebattues en 1966 avec Grand Prix, qui reste à ce jour le plus grand film américain consacré à l’univers de la Formule 1. Pendant toute une saison de courses, le réalisateur John Frankenheimer et son équipe vont s’incruster dans le monde des grands prix. A l’époque il y avait seulement deux ou trois mécaniciens par voiture, il n’y avait ni motor-homes géants ni espaces VIP. La Formule 1 était  un petit monde artisanal et chevaleresque, où les mesures de sécurité étaient quasiment inexistantes. On comptait deux à trois morts par an parmi les pilotes. Des commissaires de piste ou des spectateurs se trouvaient couramment embarqués dans la tragédie. C’est cet univers spectaculaire, attachant mais tragique que «Grand Prix» s’efforce de montrer. 

Le film raconte une saison de course vécue par quatre pilotes, un américain interprété par James Garner, un Français —Yves Montand, plutôt convaincant en vétéran de la course un peu désenchanté, un jeune Italien joué par Antonio Sabato et un britannique incarné par Brian Bedford. On croise aussi Eva Marie Saint, Geneviève Page et, pour la première fois à l’écran, Françoise Hardy. 

Beaucoup de scènes sont filmées pendant les courses réelles, y compris par une voiture-caméra pilotée par l’ancien champion du monde Phil Hill, autorisée à prendre part aux essais des Grands Prix. Mais les voitures de Formule 1 ont un cockpit ouvert et en 1966 le casque intégral n’existe pas encore. Plutôt que de faire appel à des trucages pour montrer le visage des acteurs en course, Frankenheimer va les obliger à piloter eux-même des voitures de Formule 3 déguisées en Formule 1, ces dernières étant trop précieuses et trop difficiles à conduire pour être confiées à des mains inexpérimentées.

Grand Prix donne lieu à un énorme travail de post-production, avec des techniques avant-gardistes de découpage de l’écran entre plusieurs actions simultanées. Le générique, créé par Saul Bass et montrant la tension qui monte avant le Grand Prix de Monaco, est particulièrement spectaculaire.

Le film se concentre sur deux équipes: Ferrari et BRM. Mais Enzo Ferrari n’était à l’origine d’accord ni pour coopérer, ni pour que ses voitures soient visibles dans le film. Ce n’est qu’après avoir tourné les images du premier Grand Prix, celui de Monaco, que Frankenheimer réussit à obtenir un rendez-vous avec le Commandatore. Il débarqua à l’usine de Maranello avec un montage et du matériel de projection. Ferrari fut enthousiasmé et autorisa l’équipe à filmer des scènes de fiction à l’intérieur de son usine, ce qui n’avait jamais été fait jusque là. Ce pari gagné de justesse était décisif : comment imaginer un film sur la Formule 1 occultant l’existence de Ferrari?

Bullitt et Le Mans

Peu de temps après Grand Prix, James Goldstone réalise Virages (Winning,1969). C’est l’histoire d’un pilote interprété par Paul Newman, qui passe trop de temps au garage à régler ses voitures, et dont la compagne —jouée par Joanne Woodward qui était Madame Newman à la ville— se console auprès d’un pilote plus attentionné (Robert Wagner). Ce n’est pas un très bon film, mais il montre bien la diversité des courses américaines dans les années 60. Et il marque aussi le début de la transformation de Paul Newman en véritable coureur automobile, une carrière qu’il entamera à 48 ans et qu’il terminera à... 82 ans, en gagnant une course face à 34 compétiteurs en 2007 sur le circuit de Lime Rock! Il suffit de voir le sourire de Newman sur le podium cette course pour comprendre que c’est dans cette pratique tardive et assidue du sport automobile qu’il trouva le secret de sa belle vieillesse. 

En 1967, Steve McQueen, autre passionné de courses, doit renoncer à Day of the champion, un projet de film sur la Formule 1 concurrent de Grand Prix. Il joue et produit alors Bullitt, un polar devenu culte grâce à une poursuite dans les rues bosselées de San Francisco entre une Dodge 440 et une Ford Mustang 390 GT. Après Bullitt, McQueen n’a plus qu’une obsession: produire et tourner un film sur le sport automobile. Puisque le film sur la Formule 1 est déjà fait, McQueen va s’attaquer aux 24 heures du Mans.

"Le Mans" - CRASH Porsche / Ferrari (S... par New-Vision
Le Mans (1971), c’est le film absolu des passionnés de sport automobile et de cinéma. Il présente toutes les caractéristiques du grand film maudit, porté par la passion de Steve McQueen qui y a mis toute son âme et englouti tous ses deniers. C’est un poème à la gloire de tout ce qui fait la magie et le souffle des 24 heures du Mans: la durée, le vrombissement, les couleurs, la kermesse, la foule. Les prises de vue se déroulent pendant l’épreuve de juin 1970, et se poursuivent pendant l’été et l’automne sur le circuit du Mans. Ni les délais, ni les budgets ne sont tenus. Un pilote britannique, David Piper, est accidenté et doit être amputé au-dessous du genou (1).

Mais si le tournage dure aussi longtemps, c’est parce que Steve McQueen est heureux dans un monde qui le fascine. Très bon pilote amateur, il a obtenu la deuxième place sur Porsche 908 aux 12 heures de Sebring, début 1970. Les assureurs du film n’ont pas voulu envisager sa participation aux 24 heures du Mans, alors il se console en régnant sur un circuit grandeur nature comme d’autres jouent avec des modèles réduits. Il mobilise 25 voitures de courses et quelques-uns des meilleurs pilotes du monde. Il les installe dans un village de maisons préfabriquées où se côtoient des dizaines de figurants, de mécaniciens, d’acteurs, de pilotes et de techniciens du cinéma. Jamais l’union du sport automobile et du 7e art n’aura été aussi étroite que pendant le tournage de ce film. 

John Sturges, metteur en scène désigné du film, claque la porte après quelques semaines de tournage, atterré par l’attitude de la vedette et par l’absence de scénario. Il est remplacé par le tâcheron Lee Katzin qui achève le tournage et réalise le montage sans McQueen.

Parmi les minces dialogues du film, cette réplique de l’acteur à la veuve d’un ancien champion interprétée par Elga Andersen: «Life is racing. Everything before or after is just waiting». Faut-il s’étonner que quarante ans après, Le Mans reste le film préféré des purs, des durs, des passionnés de sport automobile?

Rush, le retour du genre

Le sport automobile au cinéma, c’est aussi Un amour de Coccinelle, de Robert Stevenson, pour Walt Disney, et qui raconte les aventures de Choupette, une Volkswagen vivante et survitaminée qui se frotte avec succès aux vraies voitures de course. Le premier film réalisé en 1968 donnera lieu à 3 autres films s’échelonnant jusqu’en 1980 ainsi qu’à une série télévisée. Ces comédies pour enfant sont une vraie réussite dans leur genre, dont l’esprit sera pérennisé dans les années 2000 par le dessin animé Cars

Mais la course est aussi un monde d’adultes. En 1977, sort Bobby Deerfield, de Sidney Pollack, tiré d’un roman d’Erich Maria Remarque, l’auteur d’A l’Ouest rien de nouveau. Il est interprété par Al Pacino, ainsi que par les sublimes Marthe Keller et Anny Duperrey. Il raconte l’histoire d’un champion de Formule 1 dont le camarade d’écurie est tué dans un accident en course, et qui, obsédé par la volonté de tout contrôler, essaie de comprendre l’origine de l’accident.

Il rend visite, dans un sanatorium en Suisse, au pilote qui est entré en collision avec le défunt, se blessant grièvement. Là, il rencontre une jeune femme interprétée par Marthe Keller et qui s’avère être dans la phase terminale d’une maladie incurable. A ses côtés, il apprend à profiter de l’instant présent et à accepter la fatalité.

La Nascar, sport automobile de l'Amérique profonde et notamment des Etats du sud, continue d'inspirer les cinéastes. En 1973, Lamont Johnson réalise The last american hero, inspiré d'un récit de Tom Wolfe sur la vie de Junior Johnson. Ici le sport automobile joue un rôle rédempteur. Obstiné et bagarreur, Johnson avait appris tout jeune à mettre son coup de volant au service des trafics de son père qui tenait une distillerie clandestine.

Ce film montre de belles scènes de course mais il vaut surtout par son casting digne des futurs films des frères Coen: Le rôle de Johnson est tenu par Jeff Bridges, et celui de sa groupie favorite par Valerie Perrine, plus vraie que nature en midinette du sud profond. Les parents sont formidables: Geraldine Fitzgerald, ex-actrice de films noirs dans les années 40 et Art Lund, un chanteur de jazz à la belle tête de poivrot. La chanson de ce film, I got a name, de Jim Croce, est devenue un immense tube de l'univers folk.

En 1979, ce sont les dragsters, autres engins de course typiquement américains, qui inspirent David Cronenberg pour Fast Company, l'un de ses rares film qui ne soient ni fantastique ni inspiré par la psychanalyse!

En 1990 sort Jours de tonnerre, de Tony Scott, variante automobile de Top Gun, le blockbuster de 1986 sur les pilotes de l’Aeronavale américaine : même réalisateur et même acteur vedette, Tom Cruise, avec cette fois comme partenaires Robert Duvall et Nicole Kidman. Si l’intrigue ne fait pas mal à la tête, on peut être reconnaissant à Tony Scott d’avoir réussi sans trop d’invraisemblances un film grand public sur les courses de la Nascar. 

jours de tonnerre par venom911
Pari raté en revanche pour Renny Harlin, qui réalise en 2001 Driven, un film qui se déroule dans l’univers des courses Indycar. Sylvester Stallone, un passionné de sport auto qui a longtemps rêvé de faire un film sur la Formule 1, y est accompagné de Burt Reynolds et d’une bande de jeunes acteurs qui donnent du sport automobile l’image d’un divertissement aussi subtil qu’un jeu video de moyenne gamme. En 2006, Adam McKay réalise Talladega Nights, une comédie burlesque avec... Sacha Baron Cohen dans le rôle d'un pilote de Formule 1 français qui vient taquiner les vedettes du Nascar sur leur terres! Le souci de réalisme est également absent de deux films des années 2000 : le Michel Vaillant, produit en 2003 par Luc Besson, où il ne reste pas grand chose des scénarios de la mythique bande dessinée originale, et le Speed racer des frères Wachowski en 2008, inspiré d'un dessin animé japonais des années 60.

Grand Prix, Le Mans, Ligne Rouge 7000 et Jours de Tonnerre restent donc à ce jour les références en matière de film de sport automobile. C’est à ces monument que s’est attaqué Ron Howard avec Rush. Avec l’aide d’un bon scénariste, de bons comédiens (Chris Hemsworth et Daniel Bruhl) ainsi que d’une pléthore de voiture de l’époque mobilisées pour le tournage, il a mis beaucoup d’atouts dans sa manche pour les détrôner!

Antoine Sire

(1) Non seulement David Piper survécut à son accident, mais il devint spécialiste des courses de voitures historiques, auxquelles il participe encore assidûment à l'âge de... 82 ans.

Lectures utiles: 
A french kiss with death, de Michael Keyser (Bentley publishers, 1999), qui raconte de l'intérieur le tournage de Le Mans et comporte un chapitre sur l'histoire du sport auto au cinéma; 
- Motor movies -The posters, de Paul Veysey (Veloce, 2007), passionnante étude sur le sujet prenant appui sur les affiches de films;
- Paul Newman, pilote automobile, de Matt Stone (ETAI, 2010);
- Le DVD de Grand Prix, paru en 2006 en France, comporte en bonus un excellent documentaire sur le tournage du film.

Antoine Sire
Antoine Sire (12 articles)
Associé-rédacteur du site parisfaitsoncinéma.com, animateur d'une chronique consacrée au cinéma classique sur seanceradio.com et auteur de «Hollywood, la cité des femmes» (Lumières/ Actes Sud, octobre 2016).
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