JO de 2020: le Japon rêve à un remake

Le 7 septembre sera désignée la ville organisatrice des Jeux. Tokyo est favorite avec une candidature en écho à celle de 1964, qui avait fait office de symbole de la reconstruction, vingt ans après Hiroshima. L'histoire va-t-elle se répéter, cette fois-ci une décennie après Fukushima?

Le stade olympique de Tokyo dans sa configuration 2020. REUTERS/Tokyo 2020 Bid Commitee/Handout.

- Le stade olympique de Tokyo dans sa configuration 2020. REUTERS/Tokyo 2020 Bid Commitee/Handout. -

Tokyo accueillera les J.O. d'été en 2020. La ville candidate a battu Istanbul au vote final du C.I.O., par 60 voix contre 36. Nous republions cet article consacré aux enjeux de cette deuxième organisation des Jeux par la capitale japonaise.

Les couloirs et les suites du Hilton de Buenos Aires, où se déroule, du 4 au 10 septembre, la 125e session du Comité international olympique (CIO), vont être le théâtre de chuchotements, de rumeurs, de palabres et de tractations qui feront frissonner non seulement les six candidats à la succession de Jacques Rogge, le président du CIO qui quitte ses fonctions, mais aussi les trois villes en lice pour accueillir les Jeux de 2020.

En effet, le 7 septembre, trois jours avant de désigner leur nouveau chef, les quelque 100 conclavistes du CIO doivent choisir entre Istanbul, Madrid et Tokyo pour succéder à Rio de Janeiro, hôte des Jeux de 2016. Et dans la dernière ligne droite du vote, tous les coups (fourrés) sont permis, comme l’a appris, par exemple, Paris à ses dépens face à Londres lors d’un funeste après-midi de juillet de 2005 passé à Singapour. Tokyo, qui aurait dû organiser les Jeux de 1940, finalement annulés, mais a finalement accueilli ceux de 1964, est favorite aux derniers comptages face à Istanbul, candidate pour la cinquième fois, et Madrid, finaliste contre Rio de Janeiro en 2009 lors du vote pour 2016, après avoir déjà postulé pour 2012.

La capitale japonaise a reçu la meilleure note technique d’un fastidieux rapport que tous les électeurs sont, toutefois, loin de lire ou de considérer comme un livre de foi (la preuve, Tokyo avait eu la meilleure note en 2009). Chacun votera en son âme et conscience et surtout en fonction de ses intérêts. Il est, par exemple, plus ou moins évident que les trois électeurs français (Jean-Claude Killy, Guy Drut et Tony Estanguet) ont toutes les chances d’accorder leurs suffrages à Tokyo afin de redonner éventuellement une opportunité à l’Europe, et donc à la France, pour une possible candidature parisienne en 2024 ou 2028.

Un dossier jugé excellent

Alors que la Turquie inquiète en raison de son instabilité récente, sans compter le voisinage syrien souligné par le CIO, et tandis que l’Espagne est plongée dans une crise économique sans précédent, Tokyo offre, sur le papier, davantage de sécurité, en dépit de l’écho de la catastrophe de Fukushima et du tsunami qui a ravagé la région voilà plus de deux ans.

En 2009, lors du précédent scrutin, le dossier japonais avait déjà été jugé excellent grâce à la compacité des lieux de compétition. Le projet a été encore amélioré aux yeux des observateurs. Cette fois, la candidature est soutenue massivement par la population locale et est déjà dotée d’une bourse de 4,5 milliards de dollars prête à servir, qui est un autre élément très séduisant aux yeux d’un CIO jamais autant rassuré que lorsque les promesses financières atteignent des sommets. C’est d’ailleurs le contre-pied choisi par Madrid, qui joue la carte de la modestie en arguant que la plupart de ses sites existent déjà et que le coût de Jeux espagnols serait donc relativement faible.

Mais depuis 2009 et la défaite, plutôt sèche, de la précédente candidature tokyoïte à Copenhague, où elle avait terminé troisième derrière Rio et Madrid, le Japon a connu le drame en chaîne du 11 mars 2011, sur lequel repose habilement une partie de son argumentation pour convaincre les votants. «Accueillir les Jeux nous donnera un but clair à atteindre, renforcera notre unité durant la période de rétablissement, est-il dit. Ce sera l’occasion de remercier la communauté internationale de son soutien lors de nos efforts de reconstruction.» L’officialisation de la candidature avait eu lieu en juillet 2011, quatre mois seulement après le tremblement de terre et ses horribles conséquences.

L'enfant du 6 août 1945

Cette carte de l’émotion n’est pas anodine, car elle fait résonance avec les Jeux de 1964, où le Japon avait utilisé cet événement sportif de portée mondiale comme la chance d’un nouveau départ après une autre catastrophe, celle des deux bombardements atomiques de la fin de la guerre.

En effet, les Jeux de 1964 avaient été symboliquement marqués par le souvenir de la bombe de 1945 et de la reconstruction. Un jeune homme, Yoshinori Sakai, âgé de 19 ans, deux mois et quatre jours, en avait porté, en quelque sorte, tout le poids historique le 10 octobre 1964 lors de la cérémonie d’ouverture. C’est lui qui avait allumé la vasque olympique. Pas parce qu’il était un champion ou un concurrent lors de ces Jeux olympiques, mais parce qu’il était né le 6 août 1945, jour du bombardement de Hiroshima, à environ 50 kilomètres du désastre.

Relisons d’ailleurs à ce sujet les lignes d’Antoine Blondin, l’un des neuf envoyés spéciaux de L’Equipe aux Jeux de Tokyo, dans sa chronique intitulée «L’effet d’une bombe», au lendemain de la cérémonie d’ouverture:

«Un jeune homme au torse vêtu de blanc, la flamme au poing, allume dans une immense vasque de bronze le brasier olympique qui annonçait dans l’antiquité la trêve des armes. Les drapeaux de 95 nations s’inclinent devant cette sollicitation et les voix se fondent en un hymne commun. La fête qui s’ouvre va retentir à travers le monde comme jadis l’écho d’une certaine bombe. Or l’enfant, dont le geste appelle la joie et la paix sur les hommes, nous vient d’Hiroshima et ceci n’est pas étranger à cela. Cette présence, qui porte message, nous dit d’abord que le Japon, où l’on ne courbe la tête que pour saluer, excelle à renaître de ses cendres, ensuite que le temps du chaos doit être surmonté.»

Quatre ans après un échec

En 1959, lorsque Tokyo avait été adoubée pour les Jeux olympiques de 1964 à l’occasion de la 35e session du CIO organisée à Munich, elle avait obtenu la majorité absolue lors du premier tour (34 voix sur 58) face à Detroit, Vienne et Bruxelles. Quatre ans plus tôt, à Paris, la capitale japonaise, également en lice pour les Jeux de 1960, avait été humiliée en terminant dernière des sept villes postulantes, dominées par Rome.

De la cinglante défaite de Copenhague en 2009 à un triomphe possible à Buenos Aires en 2013, et au-delà de la répétition des catastrophes, le Japon veut croire à un signe du destin à quelque cinquante ans d’intervalle. En espérant aussi que certains membres du CIO auront la mémoire un peu courte.

Voilà quatre ans, le gouverneur de Tokyo de l’époque, Shintao Ishihara, avait dénoncé les collusions du président brésilien Lula avec certains membres du CIO et notamment des «promesses osées aux représentants africains» pour parvenir au succès de Rio. «Notre présentation était bien meilleure que celles des autres pays mais cela ne nous a rien apporté, avait-il ajouté. J'ai constaté une fois de plus qu'il y avait une espèce de logique invisible à l'œuvre.»

Sur ce tout dernier point, il était difficile de lui donner tort. A Buenos Aires, «l’invisible» sera l’espoir de Madrid et Istanbul derrière les murs du Hilton.

Yannick Cochennec

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L'AUTEUR
Yannick Cochennec, rédacteur en chef adjoint de Tennis Magazine de 1997 à 2007, collabore aujourd'hui à L'Equipe Magazine, Golf Magazine et Golf Européen. Ses articles
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Publié le 06/09/2013
Mis à jour le 08/09/2013 à 9h10
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