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Vous reprendrez bien un peu de stéroïdes...

A la différence du cyclisme, le tennis est encore largement épargné par les scandales du dopage. Trop propre pour être honnête?

Jeudi 9 Juillet 2009
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Le millésime 2009 ne s'est jusqu'à maintenant pas montré remarquable en matière de dopage. Certes, Alexander Rodriguez et Manny Ramirez [deux stars américaines du baseball] se sont fait pincer, Barry Bonds est poursuivi pour parjure, le champion olympique du 1500 mètres a été déchu de sa médaille d'or; et l'habituelle poignée de coureurs du Tour de France ont été contrôlés positifs avant même que la course ne commence.

Dans le monde du tennis, le scandale du moment touche le pauvre Richard Gasquet, 23ème joueur mondial, qui, en avril, aurait été contrôlé positif... à la cocaïne. Gasquet s'est bien évidemment dit choqué. Ses amis ont clamés son innocence; Raphael Nadal a déclaré: «je suis certain qu'il ne prend rien». Plein de bonne volonté, le champion espagnol a ajouté: «si vous embrassez une fille qui a pris de la cocaïne, tout peut arriver; voilà la vérité.»

Le monde du tennis prend la cocaïne très au sérieux: un test positif peut suffire à briser une carrière. Il suffit de songer à Martina Hingis, contrôlée positive après sa défaite à Wimbledon il y a deux ans: les larmes aux yeux, la joueuse annonça peu après l'arrêt de son parcours professionnel. Gasquet écopera probablement d'une suspension de deux ans. Que le tennisman soit coupable ou innocent, l'affaire en elle-même n'a rien de surprenant. La véritable surprise, c'est qu'il se soit fait prendre.

Une lutte antidopage quasi nulle

Les fans de tennis entretiennent une croyance étrange et presque archaïque: selon eux, leur sport est, depuis ses origines, resté aussi immaculé et pur que les blanches tenues de Roger Federer. A une époque où la plupart des sports cèdent à tous les excès (et ressemblent de plus en plus en cela au catch professionnel), l'univers du tennis conserve l'image d'un sport de gentleman; un sport où stéroïdes, EPO, stimulants et toutes les autres formes de dopage n'ont pas cours. Comment le tennis a-t-il réussi à maintenir cette vertueuse réputation? L'explication est simple : son système de lutte antidopage est une vaste rigolade.

Le contrôle antidopage mis en place par la Fédération Internationale de Tennis (FIT) n'a jamais débusqué la moindre infraction d'envergure, et ce pour une bonne raison: tel n'est pas véritablement son objectif. Selon ses propres statistiques, la FIT a effectué un peu plus de 2000 contrôles en 2008. Ce chiffre comprend tous les tests effectués sur les joueurs et joueuses (classés et handisports); il semble à première vue satisfaisant. Mais, en y regardant de plus près, il est en fait très facile pour un tricheur de passer entre les mailles du filet...

Jetons un œil à la fréquence des tests. La plupart des contrôles antidopage ont été menés lors des plus grands tournois(Open d'Australie, Roland Garros, Wimbledon...). Ceci n'a pas beaucoup d'intérêt: si un sportif se dope, il le fait généralement pendant l'entrainement, pas pendant une compétition. Les stéroïdes, par exemple, décuplent l'efficacité d'une séance d'entrainement; d'autres produits dopants peuvent accélérer le rétablissement physique. Des sports comme le cyclisme ou l'athlétisme (qui ont beaucoup plus de problèmes de dopage que le tennis) l'ont compris depuis longtemps: il est plus efficace de contrôler les athlètes en dehors des compétitions. Or, l'an dernier, la FIT n'a organisé que 91 tests hors-compétition. L'Union Cycliste Internationale, elle, en a mené plus de 2000...

La comparaison n'est pas équitable? Peut-être. Mais rappelez-vous de l'affaire Puerto, ce scandale qui a éclaté en Espagne il y a trois ans. La police espagnole avait perquisitionné le cabinet du docteur Eufemiano Fuentes, un gynécologue de Madrid. Elle y avait découvert qu'un grand nombre de ses «patients» étaient en fait des athlètes de sexe masculin, qui auraient fait appel à lui pour améliorer leurs performances. Fuentes leur «prescrivait» un une association compliquée (et effrayante) à base d'EPO, de stéroïdes, d'hormones et de transfusions sanguines. Après son arrestation, le médecin se plaignit de «fuites sélectives» et déclara à la presse qu'en plus des 50 champions cyclistes, la liste de ses 200 clients comprenait également des footballeurs, des athlètes professionnels et des stars du tennis. La Fédération Internationale de Tennis fit immédiatement publier un communiqué: selon ses informations, qu'elle disait tenir de la police espagnole, l'enquête ne concernait «aucun tennisman, espagnol ou étranger.» Trois ans plus tard, à l'exception de quelques cyclistes, les noms des «patients» de Fuentes n'ont toujours pas été dévoilés, et l'affaire s'éternise devant la justice espagnole.

Quelques dopés du tennis

Le tennis est loin d'être imperméable au dopage. Plusieurs cas de dopage aux stéroïdes ont été dépistés ces dernières années. Ceci n'est guère surprenant: il suffit de comparer la musculature des joueurs d'aujourd'hui à celle de leurs ainés. Même John McEnroe a avoué avoir pris des corticostéroïdes au cours de sa carrière, mais il a pris sa retraite en 1991; à cette époque, le monde du tennis avait à peine commencé à contrôler les produits dopants. En 2002 et 2003, huit joueurs classés (dont le champion britannique Greg Rusedski) furent contrôlés positifs à la nandrolone.

Rudeski, qui s'était défendu en déclarant que plus de 40 joueurs présentaient eux-aussi des taux élevés de cette substance, fut innocenté lorsqu'on découvrit que la nandrolone provenait de compléments alimentaires contaminés fournis par les soigneurs de l'ATP Tour. (Les sept autres joueurs, dont les noms n'ont pas été rendus publics, ont également été blanchis). Un autre cas de dopage à la nandrolone: le joueur Tchèque Petr Korda, contrôlé positif en 1999 après les quarts de finale du tournoi de Wimbledon. Korda clama son innocence, et parvint à éviter la suspension définitive. Un scénario classique, qui ne cesse de se répéter. On ne compte plus les exemples de joueurs qui, ayant été contrôlés positifs à des agents dopants comme le salbutamol (présent dans les inhalateurs pour asthmatiques), le modafinil (ou «Provigil», un stimulant bien connu), et à des agents masquants comme le HCT, ont écopés de courtes suspensions (l'Agence Mondiale Antidopage recommande pourtant une suspension de deux ans dans ce cas de figure). Les tennismen contrôlés positifs à la cocaïne (comme Gasquet), en revanche, écopent souvent d'une suspension de deux ans, malgré l'influence toute relative de cette drogue sur les performances de jeu. (Le cas de Sesil Karatantcheva, joueuse Bulgare, est l'un des rares exemples de dopage à la stéroïde ayant été sanctionné avec sévérité. Karatantcheva a écopé d'une suspension de deux ans après avoir été contrôlée positive à la nandrolone, en 2005. Elle avait 16 ans.)

La FIT ferme les yeux

Il y a plus grave: le monde du tennis ne semble pas préoccupé outre mesure par le pire des agents dopants. «Le problème, c'est l'EPO», a déclaré Jim Courier à l'hebdomadaire américain Newsweek en 1999; il faisait référence à l'érythropoïétine, hormone stimulant la formation sanguine devenue omniprésente dans le monde du cyclisme dans les années 1990. «Je suis presque sûr que des gars en prennent sur l'ATP Tour. Il faut en voir certains enchainer les semaines de jeu; ils se reposent à peine. Quand vous entamez le cinquième set après quatre heures et demie de jeu, l'EPO, ça peut aider.»

J'ai demandé au Docteur Stuart Miller, le responsable de la lutte anti-dopage auprès de la FTI, ce qu'il pensait des soupçons de Courier. Il m'a répondu qu'aucun joueur de tennis n'avait jamais été contrôlé positif à l'EPO. «J'aimerais savoir sur quels éléments il fonde ses affirmations», s'est interrogé Miller. «Si il a des preuves personnelles à communiquer, je suis preneur; si il a des preuves de nature scientifique, je suis doublement intéressé.» (Courier n'a pas souhaité faire de commentaire à ce sujet).

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Comme de nombreuses disciplines sportives, le tennis ressemble de plus en plus à un astéroîde, petite planète invisible à l'oeil nu ... Seringue, ne vois-tu rien venir ?

claudeg

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