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Pédaler nuit gravement à la santé des spermatozoïdes

Jean-Yves Nau, mis à jour le 06.07.2009 à 20 h 06

C'est le résultat d'une étude menée sur des triathlètes espagnols.

Il s'agit certes d'une étude menée chez des spécialistes du triathlon mais, une fois connue, elle devrait faire amplement jaser dans le peloton du Tour. On avait appris à connaître, chez les femmes, les perturbations causées par des activités physiques intensives sur les équilibres des hormones sexuelles avec, notamment, la fréquente disparition des cycles menstruels et des règles. Il faut désormais compter avec un phénomène similaire chez les hommes. Tout particulièrement chez ceux s'adonnant aux joies et aux souffrances de la pratique professionnelle de la bicyclette.

L'affaire a été révélée lors de la 25e conférence de la Société européenne de reproduction et d'embryologie humaines qui vient de s'achever à Anvers. Elle nous est rapportée, en France, par le Quotidien du médecin. Au terme du travail particulièrement original qu'elle a mené avec son équipe, le Pr Diana Vaamonde (Université de Cordoue) aboutit à deux conclusions principales. La première est que l'entraînement particulièrement intense auquel les athlètes du triathlon doivent se soumettre a un impact significatif (et négatif) sur la qualité du sperme. La seconde est que ces anomalies de morphologie des spermatozoïdes apparaissent statistiquement proportionnelles à l'importance de l'entraînement au vélo.

On sait que les adeptes du triathlon approchent fréquemment les frontières mêlées de l'insupportable et de l'inhumain.On sait que l'enchaînement immédiat des trois épreuves (natation, cyclisme, course à pied), sans pause, impose aux de concurrents (outre d'être le plus performant possible dans chacune des trois disciplines) d'effectuer des transitions rapides. Il faut ainsi savoir se débarrasser en hâte de sa combinaison de natation à la sortie de l'eau pour enfiler son casque avant de sauter sur le vélo puis de l'abandonner pour enfiler ses chaussures de course à pied.

Quel impact tout ceci peut-il avoir sur l'organisme? L'équipe espagnole qui vient de présenter ses résultats à Anvers avait déjà démontré que des exercices musculaires intenses et prolongés étaient de nature à altérer la qualité du sperme. Ce phénomène avait notamment été particulièrement bien établi chez des triathlètes qui présentaient les altérations les plus importantes. L'analyse des trois activités sportives de cette discipline comporte montre de surcroît que c'est bel et bien le cyclisme et lui seul qui, parce qu'il exige des entraînements particulièrement intenses, est à l'origine de ce phénomène pathologique.

L'équipe a étudié les caractéristiques du sperme de 15 triathlètes espagnols en bonne santé et d'un âge moyen de 33 ans. Tous participent à des compétitions de niveau national et international. Leurs habitudes d'entraînement ont été analysées en détail. Le sperme était recueilli après trois jours d'abstinence. Conclusion: tous les triathlètes présentent une quantité notable de formes totalement anormales de spermatozoïdes. Et les athlètes qui, pour s'entraîner, font plus de 300 km par semaine de vélo ont un taux de formes anormales qui atteint un seuil considéré comme associé à des problèmes significatifs de fertilité.

Les auteurs de l'étude avouent ne pas savoir précisément à quoi peut-être dû un tel phénomène. Ils avancent ici diverses hypothèses. L'une d'entre elles fait valoir que ces altérations pourraient être la conséquence des irritations et de la compression répétées de la région scrotale contre la selle. Une autre évoque les échauffements locaux testiculaires dus au port de vêtements extrêmement serrés dans cette région extrêmement sensible. Les chercheurs ont, dit-on, entrepris des analyses chromosomiques pour mieux comprendre l'origine du problème et tenter de trouver des mesures de protection.

On aimerait surtout savoir si le phénomène est ou non irréversible. On aimerait aussi savoir ce qu'il en est des cyclistes professionnels. Seront-ils amenés un jour, dans le cadre du suivi biologique de leur santé, à donner, aussi, un peu de leur sperme?  Quant à la prévention d'un  phénomène potentiellement inquiétant chacun, désormais la connaît: faire une croix sur la selle.

Jean-Yves Nau

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(Photo: Des cyclistes à Ljubljana, en Slovénie, REUTERS/Srdjan Zivulovic)
Jean-Yves Nau
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