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Firefox 3.5 est fantastique!

Farhad Manjoo, mis à jour le 07.07.2009 à 13 h 15

Il était temps de se ressaisir

J'ai été un peu inquiet au sujet de Firefox dernièrement. Depuis ses débuts en 2004, le navigateur Web open-source a toujours été acclamé pour sa rapidité, sa stabilité, sans oublier qu'il est totalement personnalisable. Tout cela lui a permis de s'emparer de presqu'un quart du marché, ce qui relève de l'exploit pour un projet lancé par une organisation à but non-lucratif. Mais ces derniers temps, Firefox nous avait un peu déçus. Même les fans du navigateur se sont plaint de sa lenteur et de ses plantages fréquents, le comparant parfois à un «bloatware» (Ndt: se dit des logiciels qui utilisent une quantité excessive de ressources systèmes comme la mémoire vive, ou d'espace disque, ou bien possèdent un trop grand nombre de fonctionnalités).

Pendant ce temps-là, Apple et Google ont mis la main au portefeuille pour développer leurs propres navigateurs stables et ultra rapides, Safari et Chrome. Et le Norvégien Opera, éditeur de logiciels, toujours à la pointe de l'innovation en la matière, a continué de perfectionner son navigateur culte. Même Microsoft s'est ressaisi: Internet Explorer 8, sorti au mois de mars, est un vrai bonheur. D'où mon angoisse: Firefox commencerait-il à montrer des signes de faiblesse face à la compétition?

Il semblerait que non. Cette semaine Mozilla s'apprête à sortir Firefox 3.5, une mise à jour très attendue qui présente des nouvelles fonctionnalités d'enfer, met fin à quelques problèmes persistants, et surtout, surtout, le navigateur à la traîne en terme de rapidité a reçu un gros coup de boost. Ça fait quelques semaines déjà que j'utilise la version test du nouveau Firefox comme navigateur Web par défaut et à vrai dire, on peut difficilement faire mieux. (Vous pouvez télécharger la toute dernière version ici)

Firefox à nouveau dans la course au meilleur navigateur

C'est sûr, on ne peut pas l'estampiller navigateur le plus rapide de tous les temps -à ce niveau-là Chrome et Safari n'ont rien à lui envier- mais on peut se réjouir que Firefox soit dorénavant plus lièvre que tortue. Il se lance rapidement, affiche des pages plutôt lourdes comme Gmail ou Google Maps sans problème, et gère un paquet d'onglets sans planter (chose qui se produisait fréquemment avec les versions précédentes). Depuis à peu près un an, alors que Microsoft, Google et Apple sortaient leurs nouveaux navigateurs tous plus géniaux les uns que les autres, je restais sous Firefox plus par loyauté envers leur manifeste progressiste qu'autre chose (et aussi parce que je me voyais mal faire sans leur énorme bibliothèque d'add-ons). Mais plus maintenant: Firefox est enfin de retour, et l'idéologie est le moindre des arguments pour en faire son navigateur par défaut.

Ce qui est génial avec le nouveau Firefox, c'est qu'on a l'impression d'avoir déjà un pied dans l'Internet de demain. Depuis 2007, le World Wide Web Consortium, un organisme international de standardisation qui définit et met en oeuvre les normes Web, travaille sur le HTML 5, une révision du langage qui structure et met en forme chaque page que vous visitez. Même s'il faudra attendre encore quelques mois avant que le consortium publie les spécifications finales de ce nouveau standard du Web, la plupart des éditeurs de navigateurs ont déjà intégré des fonctionnalités utilisant ce nouveau langage dans leurs derniers produits.

La puissance du HTML 5

C'est Firefox 3.5 qui offre la meilleure expérience du HTML 5, et puisque c'est le second navigateur le plus utilisé dans le monde, on devine que les webdesigners ne vont pas tarder à créer des pages utilisant ce nouveau langage. Autrement dit, le nouveau Firefox n'est pas qu'une banale mise à jour; ce pourrait être le véritable moteur d'une réingénierie du Web tout entier.

Pour profiter au maximum des nouveautés du HTML 5, il faut donc installer Firefox 3.5 et jeter un oeil à la dizaine de demos élaborées par Paul Rouget, gourou de Mozilla Europe et développeur Web de génie. Celles-ci présentent un aspect particulièrement intéressant du nouveau langage Web: la facilité de la prise en charge des vidéos, qui ont toujours été traitées comme les citoyens de seconde zone du Web. Actuellement, pour visionner la plupart des clips qu'on peut trouver sur le Net, il faut avoir installé un plugin supplémentaire à votre navigateur; sur YouTube, par exemple, celui-ci fait appel à Adobe Flash, qui sait traiter la vidéo.

Avec le HTML 5, plus besoin de tout ça. Firefox 3.5 donne la possiblité aux webdesigners de faire des vidéos jouables sans recours à des plugins tiers. Ces clips encodés au format ouvert Ogg seront alors traités par le navigateur, et lui seul. Ainsi, une vidéo pourra devenir aussi interactive que n'importe quelle autre zone de la page: on pourra la tourner et la retourner -même en cours de lecture, la jouer dans un cercle au lieu d'un rectangle, ou bien la faire réagir à des données présentes ailleurs sur le Net.

La guerre des navigateurs aura bien lieu

Dans cette démo par exemple, une page Web analyse les gens qui passent devant la caméra et lorsqu'elle reconnaît quelqu'un, cherche son dernier statut Twitter. Celui-ci est ensuite superposé à la vidéo dans une bulle au-dessus de la tête du protagoniste. Bon, c'est sûr, dit comme ça ça n'a pas l'air totalement indispensable, mais ce n'est que le début; les développeurs sont très forts quand on met à leur disposition des outils inédits. Et dans les années à venir, avec de plus en plus de gens qui se tourneront vers les navigateurs nouvelle génération, on peut s'attendre à ce qu'un grand nombre de pages Web tirent parti de cette nouvelle technologie.

Bien entendu, Apple, Google, Microsoft et Opera ont eux aussi composé avec le HTML 5 pour la nouvelle version de leurs navigateurs, et le règne de Firefox ne durera pas. Mais c'est un peu le but, à vrai dire. Un des objectifs de Mozilla est d'être le moteur de l'innovation sur Internet. Mike Beltzner, à la tête du projet Firefox, m'a confié qu'il n'avait pas spécialement envie de «gagner» la guerre des navigateurs -quand on développe un nouvelle version, on espère faire progresser le Web, et pour que ça marche, chaque navigateur doit s'y mettre. Autrement dit, on gagne tous à ce que la guerre continue.

Farhad Manjoo,

Cet article, traduit par Nora Bouazzouni, a été publié sur Slate.com le 29 juin 2009.

(Photo: Faeri eriu, via Flickr)

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