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Syrie: en Israël, la rue panique, pas le gouvernement

Temps de lecture : 4 min

Alors que le gouvernement et l’armée israéliens font preuve d’un calme à toute épreuve à l'approche des probables frappes, les attaques chimiques de la semaine dernière ont alarmé de nombreux habitants. Les masques à gaz s'arrachent.

Une distribution de masques à Jérusalem (Jacques Benillouche).
Une distribution de masques à Jérusalem (Jacques Benillouche).

JÉRUSALEM (ISRAËL)

Alors que le gouvernement et l’armée israéliens font preuve d’un calme à toute épreuve à l'approche des probables frappes en Syrie, certains citoyens semblent pris de panique, à Jérusalem en particulier. La population arabe s’est sentie tout à coup concernée par le risque que faisait courir la Syrie au pays.

Les documents pour retirer des masques à gaz avaient été distribués il y a trois ans déjà mais peu d’Israéliens avaient estimé nécessaire de se déplacer dans les bureaux de poste pour les retirer gratuitement. Pour les uns, le risque était limité. Pour d’autres, plus philosophes, s’il fallait s’en servir, c’est que la situation aurait atteint un point de non-retour avec la destruction inéluctable de l’État d’Israël puisque l’armée n’aurait pas pu s’opposer à quelques missiles chargés de gaz. Le scénario leur parait irréaliste.

Selon les derniers chiffres officiels, plus de 40% des Israéliens ne disposent pas de masques mais la diffusion d’images dramatiques de corps de jeunes enfants, à priori gazés en Syrie, a accru l’angoisse de la population. Les centres de distribution de masques, deux à Jérusalem et un à Tel-Aviv, ont été pris d’assaut et se sont effondrés sous la demande, qui dépassait les stocks disponibles en ville. Le site web du ministère de la Défense passive a été bloqué. L'ancien ministre de l'Intérieur Elie Yishaï s’est plaint de cette pénurie de masques de protection, due selon lui à une compression budgétaire.

Contrairement à la discipline habituelle israélienne qui fait confiance les yeux fermés à son armée, la panique s’est emparée de la population parce qu’une certaine presse israélienne, le quotidien Maariv en particulier, s’est fait l’écho de propos d’une source gouvernementale révélant que le pays n’était pas prêt à subir une attaque chimique de grande envergure, du type de plusieurs dizaines de missiles. Il n’en fallait pas plus pour pousser les retardataires à faire de longues queues pour s’équiper en dernière minute du kit de survie.

Israël ne veut pas être acteur

Malgré la cohue, le gouvernement n’a pas estimé devoir créer une situation d’urgence pour ouvrir de nouveaux centres de distribution. Benjamin Netanyahou avait déclaré, le 27 août, que le pays était déjà prêt à toute éventualité et il n’est pas dans les habitudes des dirigeants israéliens de mentir. C’est une règle qui a été appliquée à toutes les guerres qu’a connues le pays.

Le Premier ministre a tenu à désamorcer les craintes en confirmant qu’Israël ne comptait pas être un acteur dans le conflit syrien. Par ailleurs, des officiers généraux ont expliqué qu’en cas d’attaque, la Syrie n’aurait pas les moyens militaires d’ouvrir un second front contre Israël. Mais nul ne peut être assuré qu’aucun coup de folie ne s’emparera pas de quelques éléments indisciplinés de l’armée syrienne.

Mais alors qu’ils vivent des moments critiques, les juifs orthodoxes ne veulent faire aucune concession aux règles religieuses puisqu’ils ont exigé que, malgré la foule dans les centres de distribution, des queues séparées et des horaires distincts soit définis pour les hommes et les femmes. Certains ont même exigé que les spécifications des masques soient modifiées en urgence par l’armée pour permettre une étanchéité en raison de leur longue barbe. Cela aurait été risible si la situation n’était pas aussi dramatique.

Le gouvernement reste cependant serein. Des exercices ont été planifiés dans les écoles et des instructions ont été données pour vérifier la totalité des abris dans les lieux publics. Les immeubles privés ont reçu pour conseil de vider les abris des sous-sols, servants souvent de stockage de vélos et de débarras pour les locataires. Certains ont totalement isolé les abris et installé en urgence des machines à filtrer l’air pour empêcher l’introduction des gaz dans les abris.

Le cabinet de sécurité israélien, réuni en session extraordinaire le 28 août, a ordonné la mobilisation partielle de réservistes spécialistes dans l’aviation, dans l’interception de missiles, dans les roquettes, dans la défense passive et dans les unités de renseignement. Des batteries anti-missiles Patriot et des systèmes Dômes de fer ont été répartis à travers tout le pays pour protéger les villes. Tsahal ne prévoit aucune attaque américaine avant le 30 ou 31 août, ce qui lui laisse encore quelques jours pour consolider la défense du pays.

Les Américains préparent la défense régionale

En fait, les Américains semblent aussi préparer la défense régionale des pays voisins de la Syrie après leurs éventuelles frappes à partir de leurs navires. L’aviation américaine a déployé, dans sa base Al-Udeid au Qatar, des bombardiers B-1B et des chasseurs furtifs F22 prélevés dans ses autres bases de l’île de Masirah à Oman et Diego Garcia dans l’océan Indien. Les États-Unis veulent être prêts en cas de complications, bien qu’ils n’attendent aucune réaction sévère de la part de la Syrie.

De son côté, l’armée syrienne a quitté ses bases pour disperser ses soldats et son armement dans des endroits souterrains protégés pour limiter les dégâts. En particulier, la 4ème division de la Garde républicaine a déjà enseveli ses chars et son artillerie. Toute l’aviation syrienne a été enfouie dans des abris fortifiés.

Nombreux sont les Israéliens qui raillent la méthode américaine consistant à faire la guerre en prévenant à l’avance ses adversaires. Cela donne à penser que Barack Obama tient à lancer une attaque symbolique ne faisant pas de victimes, son contrat se limitant uniquement à une salve d’avertissement, sans conséquences militaires. L’honneur restera ainsi sauf avec l’objectif primordial de ne pas ouvrir d’hostilités avec les Russes et les Chinois.

Jacques Bénillouche

Jacques Benillouche Journaliste

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