Sports

Sport: Bertrand Delanoë, en toute amitié

Yannick Cochennec, mis à jour le 30.08.2013 à 11 h 00

Alors que le Stade Français inaugure sa nouvelle enceinte, retour sur le bilan trouble du futur ex-maire de Paris en matière de sport.

Bertrand Delanoë avec un maillot du PSG floqué à son nom, le 11 janvier 2012. REUTERS/Charles Platiau.

Bertrand Delanoë avec un maillot du PSG floqué à son nom, le 11 janvier 2012. REUTERS/Charles Platiau.

Jour de gloire en Ovalie parisienne. Ce vendredi 30 août, le Stade Français inaugure son tout nouveau stade, baptisé Jean-Bouin comme l’ancienne enceinte, dont il a repris la place à l’ombre du Parc des Princes. Parmi les nombreuses personnalités présentes lors de cette rencontre attendue entre le club du XVIe arrondissement et Biarritz à l’occasion de la 3e journée du Top 14, Bertrand Delanoë, maire de la capitale, sera évidemment de la fête. Cette nouvelle arène de 20.000 places, à la carapace alvéolée tout en nid-d’abeilles, lui doit tellement, il est vrai.

Reste à savoir s’il était bien utile de construire un stade entièrement payé par le contribuable parisien (facturé entre 150 et 200 millions d’euros, selon les sources) pour une petite vingtaine de matches par an.

Les supporters du Stade Français crieront que oui. Les autres penseront que le Stade de Charléty, refait au début des années 90 pour plus de 100 millions d’euros et sous-utilisé, aurait bien fait l’affaire malgré les courants d’air de l’endroit. Mais ainsi va le sport professionnel, y compris et surtout à Paris, où Bertrand Delanoë s’est montré, sur ce sujet, parfois malheureux dans tous les sens qu’il est possible de donner à cet adjectif.

En effet, au moment de faire le bilan des deux mandats du maire de Paris, il apparaît déjà clairement que le sport ne lui a porté chance ni sur le plan des résultats ni sur le plan de l’image, où son costume de «Monsieur Propre» endossé dans le sillage des longues années brouillées du chiraquisme à l’Hôtel de Ville est apparu entaché par quelques couacs gênants depuis 2001.

Le plus mauvais souvenir des deux mandatures de l’ancien sénateur restera, bien sûr, ce funeste après-midi passé à Singapour, le 6 juillet 2005, quand Londres a raflé l’organisation des Jeux de 2012 à Paris, ville donnée favorite et même gagnante par de nombreux habitués des conclaves du Comité international olympique (CIO). Ce fiasco, car c’en était un, est en partie de la responsabilité du maire de Paris et de ses équipes, bien naïves en la circonstance face à la pugnacité britannique.

Au-delà de cet échec cuisant, Bertrand Delanoë a vu sa réputation d’intégrité écornée par plusieurs dossiers. Sa manière de faire a pu être jugée pour le moins maladroite ou suspecte dans quelques cas.

Flop de Roland-Garros

En ce qui concerne, par exemple, l’agrandissement à venir de Roland-Garros, la mairie de Paris n’a pas été très franche du collier, c’est le moins que l’on puisse dire. Passons déjà sur la proposition d’héberger un nouveau central sur le site du Stade Hébert, Porte d’Auteuil, qui a fait un flop et perdre du temps au tennis français.

Le plus dommageable fut à venir lors de l’hiver 2011. Alors qu’allait se dérouler, à Roland-Garros, le vote sur le maintien ou non du tournoi de tennis dans la capitale, et face notamment à la candidature très séduisante de Versailles, Bertrand Delanoë sortit son plus beau violon pour séduire les oreilles de la Fédération française de tennis (FFT), prête au déménagement. Son cauchemar après la déroute olympique: voir Roland-Garros (et son prestige) franchir le périphérique.

Dans la dernière ligne droite du vote, ce fut donc le temps des grosses promesses (et des grosses ficelles) comme celles d’une concession de 99 ans offerte à la FFT, qui n’est pas propriétaire de son terrain, et de la négociation d’un loyer certes à la hausse mais plutôt bon marché au regard du coût de l’immobilier parisien (1,6 million d’euros en 2011, 3 millions jusqu’en 2016, entre 5 et 7 millions ensuite, en fonction du chiffre d’affaires du tournoi).

Il n’y a eu que la FFT pour croire la mairie de Paris. Depuis la justice est passée via le tribunal administratif et la concession a été réduite de 99 à 50 ans avec le constat des juges que «le montant de la redevance acquitté par la FFT est manifestement insuffisant par rapport aux avantages de toute nature procuré par l’occupation des dépendances domaniales». Et tant pis pour elle: la FFT se retrouve avec un dossier miné par les recours en justice au sujet du terrain classé qu’elle convoite et avec un nouveau stade retardé de plusieurs années et déjà plus ou moins ringardisé par les projets des autres tournois du Grand Chelem. La mairie de Paris a voulu garder Roland-Garros coûte que coûte, mais le tennis français n’a peut-être pas fini, lui, de payer l’addition.

A quelques kilomètres de là, sur les terrains du Racing Club de France à la Croix-Catelan, site exceptionnel de 6,65 hectares situé en plein bois de Boulogne, Bertrand Delanoë a laissé aussi quelques souvenirs très mitigés. En cause, cette fois, la concession accordée à Arnaud Lagardère en 2006 avec, cette fois, de la part des opposants à ce choix, un soupçon de favoritisme de la mairie au profit de l'homme d'affaires, membre, quelques mois plus tôt, de l’équipe dirigeante du dossier Paris 2012 aux côtés de Bertrand Delanoë. La tension n’est pas retombée sept ans plus tard parmi certains membres du désormais Lagardère Paris Racing.

Tenaillé entre deux amitiés

Un soupçon de favoritisme faisant écho à un autre, au Stade Jean-Bouin, avec toujours Arnaud Lagardère au cœur, cette fois, des investigations de la justice en compagnie de Bertrand Delanoë, qui reçut la visite de la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) lors de l’été 2009.

Jean-Bouin, gros poil à gratter des années Delanoë, pris en tenaille entre deux amitiés, celle d’Arnaud Lagardère et de Max Guazzini, patron alors médiatique du Stade Français qu’il côtoie depuis plus de 30 ans. Rappel des éléments d’une affaire complexe.

En 2004, pour ce qui est alors considéré comme une poignée de cerises (une redevance d’environ 60.000 euros par an), la mairie attribue la concession de 20 ans de ce club prestigieux de la capitale à une association, celle de Paris-Jean Bouin, sponsorisée par Arnaud Lagardère, face à la concurrence de Paris Tennis et de son dirigeant, Hervé Picard.

Surprise, car l’association Paris Jean-Bouin, en charge des lieux depuis des lustres, avait été justement critiquée par la mairie pour sa gestion financière. Depuis 2007, Hervé Picard traîne le maire de Paris devant les tribunaux pour «favoritisme» et «prise illégale d’intérêts» et l’affaire suit le long cours de la justice.

Paris Jean-Bouin et Arnaud Lagardère ne se contentaient pas de la gestion des quelque vingt courts de tennis ou du restaurant de l’endroit localisés au bas de la Porte d’Auteuil. Ils louaient aussi le stade de rugby et d’athlétisme situé à côté à Max Guazzini et à son Stade Français.

Mais Arnaud Lagardère avait envie de récupérer le stade de rugby pour bâtir une super structure dédiée au sport de haut niveau et notamment au tennis, son sport préféré. Problème et dilemme: Bertrand Delanoë avait promis depuis belle lurette un nouveau stade à son copain Max.

«La droite se taira»

A partir de 2005, le torchon brûla et Lagardère, dont le projet pharaonique de «créer une véritable usine à champions» prit l’eau, quitta Jean-Bouin lorsqu’en novembre 2008, le Conseil de Paris vota la résiliation de la concession d’occupation du stade pour ériger un nouveau stade de rugby de 20.000 places afin de satisfaire le Stade Français. Jean-François Lamour, le président du groupe UMP, avait alors qualifié d’«option d'un autre âge» le fait de financer, sur des fonds publics, un tel stade destiné à un grand club professionnel.

Près de dix ans après la promesse de son existence, et après bien des sueurs froides consécutives à la menace de faillite du Stade Français, sauvé in extremis par Thomas Savare en juin 2011, voilà donc le stade enfin sorti de terre aux frais de la princesse au moment où démarre vraiment la campagne des municipales de mars prochain. «Je ne peux pas être suspectée de ne pas aimer le club, vient d’ailleurs de déclarer à ce sujet Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la mairie de Paris, dans les colonnes du Journal du Dimanche, où elle a rappelé que son père avait dirigé le Stade Français Omnisports. Mais j’aurais pourtant préféré un investissement plus raisonnable. Il n’est pas normal que le contribuable parisien ait à payer 200 millions d’euros pour un outil de prestige, avec jets hydromassants et bains bouillonnants, qui ne servira qu’à 30 rugbymen! C’est le double du prix habituel.»

«Quand elle verra le plaisir ressenti par les amateurs de rugby dans cette enceinte, la droite fera comme sur les autres sujets, elle se taira en oubliant qu’elle a été farouchement contre», lui a répondu Anne Hidalgo, sa rivale pour Paris 2014, qui assume désormais l’héritage sportif de Bertrand Delanoë, auquel elle est de toute façon largement associée.

Dans quelques jours, la ville hôte des Jeux olympiques de 2020 sera désignée à Buenos Aires. Si Madrid est écartée pour 2020 et si l’Europe se retrouve ainsi en capacité organisationnelle pour 2024, il sera alors peut-être temps de savoir ce que Paris entend faire pour ladite édition, année du centenaire de celle de Paris. Une mêlée municipale peut-être à venir plus vite qu’on l’imagine entre Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet à propos de la politique sportive parisienne. A Jean-Bouin ou ailleurs.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte