Economie

Décès de Louis-Dreyfus: Jacques Veyrat, l'exécuteur testamentaire

Philippe Reclus, mis à jour le 07.07.2009 à 7 h 33

Le successeur de Robert-Louis Dreyfus est un «cost-killer» ambitieux.

On ne succède pas facilement à Robert Louis-Dreyfus, tant cet entrepreneur atypique, inclassable avait toujours pris un malin plaisir à prendre à contre pied l'establishment, le monde des affaires et celui du sport. Mais on peut déjà admettre que se sachant engagé dans une terrible course de vitesse contre la maladie, RLD  avait trouvé pour lui succéder un autre collectionneur de paradoxes, lui aussi issu du frottement entre bonnes manières et flibuste.

Robert Louis-Dreyfus avait reçu en héritage un nom, une famille et un empire prestigieux d'armateurs et de spécialistes du négoce de céréales représentant aujourd'hui une trentaine de milliards d'euros de chiffre d'affaires. Cela ne l'avait pas empêché de partir, en 1981, d'aller faire (sa propre) fortune ailleurs avant de revenir, en 2006, s'occuper, faire prospérer et finalement racheter les affaires de la famille. Titulaire d'un MBA à Havard sans avoir eu le Bac, sauveur de marques prestigieuses - Saatchi & Saatchi et Adidas - revendues à prix d'or, RLD avait échoué à offrir à l'OM, en dépit des millions injectés, le moindre titre, écopant au contraire de dix mois de prison avec sursis.

Chemin inverse

A sa façon, Jacques Veyrat, qu'il avait choisi depuis deux ans pour lui succéder aux commandes opérationnelles de son groupe, lui ressemble. Pas seulement par la discrétion. Et même s'il a fait le chemin exactement inverse. Jacques Veyrat n'est pas un héritier. Mais, à moins de cinquante ans, il a déjà fait fortune. Il est issu des meilleures écoles de la République: polytechnicien, il est passé par les cabinets ministériels. Il y a côtoyé bon nombre de grands commis de l'Etat partis depuis diriger des grandes entreprises dans le public ou le privé. Lesquels conservent  à l'égard de cet ancien congénère un mélange d'admiration, d'envie et de méfiance. Comme on fait les meilleurs gardes chasse des anciens braconniers, ses origines sous les ors et les lambris de l'Etat lui auront été fort précieuses pour bâtir une réputation de chasseur des anciens grands monopoles. France Télécom hier avec Neuf Télécom, EDF aujourd'hui avec Direct Energy.

«Jeune turc»

Négociateur redouté, restructurateur d'entreprise tranchant, ce «cost killer à la face d'ange» comme le décrit l'un de ses concurrents, avait travaillé notamment sur le dossier des voies navigables de France. C'est ce poste qui lui avait valu à l'époque de croiser le chemin du groupe Louis-Dreyfus et de le rejoindre en 1997 comme directeur général de ses activités d'armateur. Avec une question en tête: comment exploiter au mieux ces réseaux de voies fluviales? Et une réponse. Pourquoi ne pas y pour faire passer les câbles de fibre optique. De la navigation aux télécoms, le pas était franchi. D'où le lancement du groupe Louis-Dreyfus dans l'aventure des télécoms dans les années 2000. A coups d'achats et d'incubation de start-up, LDCom a fini par former le groupe Neuf Télécom revendu, à l'issue de jolies enchères, pour 2,7 milliards à SFR.

France Télécom dans l'objectif

Un succès qui a fait de Veyrat, au même titre que Stéphane Courbit, l'un de ces «jeunes turcs» que revendique aujourd'hui Alain Minc dans son écurie. Ce dernier aurait susurré, mais sans succès, le nom de Jacques Veyrat à l'oreille présidentielle pour succéder à Didier Lombard à la tête de France Télécom. Pour l'heure, la porte s'est refermée avec la désignation à ce poste convoité de Stéphane Richard, l'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde. Mais il n'est pas dit pour autant que Jacques Veyrat ait abandonné tout intérêt pour France Télécom. Il avait d'ailleurs déjà constitué son équipe pour sauter sur le job. Didier Lombard a procédé à une manœuvre habile  consistant à nommer lui même son dauphin, espérant ainsi conserver la main pendant deux ans encore à la tête de l'opérateur historique. Mais l'expérience montre que dans l'entreprise, deux ans peuvent être une éternité. Et rien n'exclut d'ici là que la porte de la direction de rouvre.

Pour autant, il sera plus difficile à Jacques Veyrat de quitter le groupe Louis-Dreyfus, après le décès de RLD, qu'à l'époque où ce dernier était encore aux commandes. D'autant qu'il se retrouve à la tête d'une entreprise puissante dont il devrait détenir lui-même près de 5% du capital. Reste désormais à poursuivre la grande œuvre.  On le dit attendu sur les dossiers les plus médiatisés. A commencer par celui de l'OM, bien sûr, dont la propriété reste pour l'instant logée dans un holding resté en dehors du périmètre du groupe Louis Dreyfus. Va-t-il amarrer le club au navire amiral du groupe Louis Dreyfus? Ou au contraire l'en éloigner définitivement. L'OM était vraiment l'affaire de RLD. Rien n'assure que Jacques Veyrat partage cette passion. D'autant qu'il a compris que le vrai pouvoir est ailleurs.

Philippe Reclus


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