La peur de la géolocalisation, c'est un truc de vieux?
Les «digital natives» ne voient pas Big Brother derrière Google Latitude.
- Capture de l'interface de Google Latitude par Zach Wittacker -
La géolocalisation en temps réel, c'est un truc qui fait un peu peur à tout le monde. Et pourtant, vous n'y échapperez pas. Surtout vos enfants. Car cette technologie déjà bien avancée et il n'y a aucune raison que les plus jeunes n'y trouvent pas une utilité sociale.
L'expression «Big Brother» a été mise à toutes les sauces sur Internet, y compris ici, avec la sortie de Google Latitude, une extension de Google Map. Alors de tels services existent déjà (Loopt, Yahoo Fire Eagle ou Friend View), tout le monde s'est jeté — puissance médiatique de Google oblige — sur le sujet avec des avis très tranchés sur cette application de géolocalisation appliquée aux individus mêmes. En résumé, Latitude permet de visualiser sur Google Map la position de ses amis inscrits à ce service. Evidemment, l'utilisateur peut décider qui le localise ou dans quels endroits il sera visible ou pas.
Tout de suite, tout le monde a pensé à un aspect positif (savoir où est son môme) avant de verser dans la parano tendance espionnage (votre femme/mari sait où vous êtes et éventuellement où vous n'êtes pas censé être).
Agiter le chiffon rouge sur ce sujet, c'est oublier un peu vite que dans votre voiture, le GPS, le truc dont vous ne pouvez plus vous passer même pour aller chercher du pain, c'est de la géolocalisation. Certes dans son expression la plus pratique, mais c'est la même chose. Sauf que pour le coup, vous avez l'impression - illusoire - de maîtriser la technologie car c'est vous qui dites à l'appareil où vous allez et que celui-ci vous guide juste pour savoir comment y aller. Et avec le pass Navigo dont vous (si vous êtes Parisien) vous servez pour franchir les tourniquets, la RATP peut savoir à quelle station vous prenez le métro tous les matins, et où vous sortez pour aller à votre boulot (si vous prenez le RER)... Sans compter le téléphone portable. Demandez aux membres du commando Erignac repéré par cette méthode ce qu'ils en pensent.
Pour mieux comprendre l'étendue de cette révolution, il vaut mieux regarder du côté d'une application sociale gratuite comme Aka Aki, sorte de twitter pour mobile bénéficiant d'une fonction géolocalisation. Sur son téléphone, on peut voir si des amis se trouvent non loin. Ça ne les localise pas précisément, ça dit juste s'ils se trouvent à proximité. On peut également savoir si on a croisé des personnes qui ne font pas partie de notre réseau. Des éléments paramétrables si l'on veut restreindre l'accès à son profil. Au contraire de Latitude, c'est surtout moi qui me situe par rapport aux autres, et non l'inverse. Et là, on retrouve une valeur qui sous-tend l'aspect communautaire du web, notamment chez les «digital natives» qui ont déjà intégré ces nouveaux rapports sociaux, effrayants pour la génération précédente.
Vu sous cet angle, on se demande comment Facebook ou Twitter ne vont pas être obligés de proposer ce genre de services. Rapidement.
Matthieu Josse
Image de une: Capture de l'interface de Google Latitude par Zach Wittacker.
Mis à jour le 19/02/2009 à 12h01







































Je ne comprends pas tout à fait vos arguments.
Ce n'est pas parce qu'il existe déjà des systèmes dé géolocalisation qu'il ne faut pas s'inquiéter quand on en crée de nouveaux.
De plus, pour autant que je sache, le GPS usuel que nous avons dans nos voitures reçoit des signaux et les traite grâce à un logiciel et des cartes embarquées; Je n'ai pas l'impression qu'il puisse nous localiser. Masi je me trompe peut-être ?
Donc, si j'ai bien suivi et que mes amis et moi sommes équipés de tout votre bazar technologique, je peux, au moment où je le choisi, savoir à quel endroit se trouve un ami (latitude), ce qu'il est en train de manger (twitter), ce qu'il a fait la veille et ce qu'il fera demain (facebook), ses dernières réfexions sur le monde comme il va (facebook ou son blog), voir les photos du nouveau chien de sa belle mère (picassa)....
Il fût un temps, pas si lointain (j'ai 32 ans) où on faisait tout ça en se retrouvant autour d'un vere ou d'un bon petit plat.
Attention, je ne veus pas verser dans le travers du "c'était mieux avant", mais entre une technologie qui facilite la vie (billets de train, mail ou skype pour téléphoner loin gratuitement) et une technologie qui permet de se faire pister comme un renard...mon choix est fait.
Le problème avec ce genre de gadgets, c'est qu'ils transmettent votre position par le réseau téléphonique sans que vous n’en sachiez rien et surtout sans que vous puissiez le contrôler.
Concernant les téléphones (qui s'apparentent plus à des ordinateurs tout compte fait), le choix existe en fait et il consiste à utiliser des logiciels libres et ouverts. Bien sûr, ces solutions (voir le http://fr.wikipedia.org/wiki/Neo_FreeRunner par exemple) ne sont aujourd'hui pas aussi performantes que leurs homologues propriétaires mais on peut espérer qu'un jour on retrouvera ainsi la possibilité (et le droit) de contrôler nos objets plutôt que d’être contrôlé par eux et de communiquer librement dans le respect de notre vie privée...
Pour lever si possible qq ambiguïtés :
En français digital se dit numérique, c'est plus clair. Une puce GPS ne permet absolument pas à qui que ce soit de vous localiser, car elle reçoit des signaux émis par des satellites, elle n'en émet aucun. Un téléphone portable au contraire permet à l'opérateur de vous localiser en permanence (à qq centaines de mètres près) sinon comment diable le malheureux vous transmettrait-il les appels qui vous sont destinés ? Les logiciels embarqués par le téléphone, libres ou pas, n'ont rien à faire dans cette histoire.
Il y a une application Facebook qui permet d'afficher sa localisation (limitée aux amis)
Elle s'appelle GeoLocalizeMe
Merci pour vos réactions intéressantes et pertinentes.
Quelques précisions en ce qui concerne le GPS :
La plupart des GPS sont passifs effectivement, ils reçoivent les signaux et n'en émettent pas. Le GPS classique ne permet pas d’être localisé, mais bien de se localiser.
J’ai choisi cet exemple pour montrer que cette technologie est déjà bien ancrée dans notre quotidien sans qu’on se pose vraiment de questions. Combien d’utilisateurs de GPS se demandent si leur outil est passif ou non ? D'autant qu'il existe déjà des GPS moins passifs. Pour ma part, j’ai déjà conduit avec un Iphone en main pour me repérer. C’est interdit, mais pour le coup, mon Iphone-GPS n’est pas passif. Et compatible avec des futures applis comme Latitude. L'avenir est à la convergence ne l'oublions pas. Demain, le GPS sera couplé avec le reste, dont beaucoup moins passif.
Il s’agit aussi de montrer que la nouvelle génération d'utilisateurs de ce genre de technologies, par rapport à une plus ancienne, cherche avant tout à se situer par rapport aux autres. Elle recherche une utilité sociale qu'un simple GPS n’a pas, et c'est pour cela que les nouvelles applications évoquées ne lui font pas forcément peur.
@ Arthur, oui, il faut dire numérique. Un tic de langage à gommer.
Matthieu Josse
Pour ceux qui peuvent se passer à la fois d'un GPS, d'un téléphone portable, d'internet... sommes-nous vraiment à l'abri de Big brother ?
Voyons... avec la multiplication des radars, des systèmes de surveillance vidéo, votre voiture est suivie à la trace. Bon, imaginons qu'on puisse aussi se passer d'une voiture ! Plus de 80 % des achats et retraits d'argent sont effectués avec la carte bleue ce qui permet de connaître le lieu, la date, l'heure précise de votre passage, et petit bonus à la clé : on sait aussi ce que vous avez acheté ! Bon admettons que vous puissez AUSSI vous dispenser d'une carte bleue... Si vous réunissez toutes ces conditions alors je vous conseille de ne jamais tomber malade : la carte Vitale veille.... et là, elle révèle bien plus d'indiscrétions à votre sujet qu'un simple GPS... il me semble. Conclusion : faut-il se passer de tout pour ne plus être surveillé ? Autrement dit perdre sa liberté pour la retrouver ?
Dans le registre téléphone & GPS, il y a la système HD Traffic de TomTom qui est assez prometteur. Grâce à un accord avec SFR, TomTom est capable de connaitre la position des millions d'abonnés SFR (de manière anonyme, of course) ayant leur téléphone éteints ou allumés, et donc, de déduire la vitesse de déplacement de chacun. Après traitement, ces données permettent donc à TomTom de connaitre l'état du trafic en temps réel sur n'importe quelle route de France (actuellement, les GPS ne donnent une idée du trafic que sur les grands axes et avec un délai — en cas d'embouteillage, on ne sait donc pas si ça vaut de coup de bifurquer par une route secondaire qui risque d'être tout autant bouchée). Le système HD traffic est déjà opérationnel depuis plus d'un an aux Pays Bas et devrait être commercialisé en France très prochainement. Je précise que je n'ai aucun lien avec TomTom, mais je trouve ce système assez bluffant, voire révolutionnaire pour ce qui concerne la gestion des embouteillages. La géolocalisation, c'est aussi cela ;-)
Nous nous écartons de l'article de départ, mais La belle a raison (par définition d'ailleurs, mais là je suis vraiment hors sujet). Sauf que nous avons la chance d'être en démocratie (bien que beaucoup d'enfants gâtés aiment se faire peur en prétendant que non) et que l'accès à ces données est à juste titre sévèrement réglementé : carte Vitale, péages, paiements par carte bancaire, communications téléphoniques.
Les opérateurs téléphoniques se débarrasseraient volontiers rapidement des données de localisation de leurs clients, qui ne leur servent à rien au-delà de quelques heures. C'est l'état qui leur demande de les conserver (un an ou deux je crois), à juste titre là aussi, pour que les enquêteurs puissent avoir accès à ces données si (et seulement si) ils sont mandatés à cet effet par un juge.
Il faut veiller à ce que ces restrictions d'accès soient effectivement respectées, c'est le rôle en particulier des commissions d'enquêtes parlementaires ; le reste relève du fantasme. Si les nouveaux services décrits par Matthieu Josse ont du succès, ils devront être réglementés de la même façon, le plus simple sera sans doute d'imposer que les données qui les alimentent soient rapidement détruites.
Argh je ne voudrais pas monopoliser la parole, mais un téléphone éteint ne permet aucune localisation, le simple bon sens ne doit pas être abandonné quand il s'agit de high-tech (idem en politique, soit dit en passant). L'opérateur nous localise même si nous ne sommes pas en train d'utiliser le téléphone (sinon il ne pourrait pas nous transmettre d'appel), mais scrogneugneu il faut que le mobile soit allumé pour émettre périodiquement le signal qui est capté par les relais les plus proches !
Le ton de cet article laisserait entendre que la géoloc ne serait pas si liberticide. Grave erreur, et cela témoigne du manque de recherche de son auteur. L'usage semi-privé et exclusif de la localisation géographique, tel que les services proposés par Google, ne doit en aucun cas rester le seul critère pour juger de la dangerosité d'une telle technologie.
L'éventualité d'un "big brother" dont l'auteur semble rire n'est pas une chimère. Le nombre de caméras de surveillance (avec leurs technologies de reconnaissance et de traitement d'images) va tripler dans les prochaines années (AFP Dépêche ). En plus de l'image, les autorités pourront très facilement obtenir votre position géographique, et votre identité. Suivi à la trace avec une mini puce RFID incorporée dans votre carte bancaire, votre passeport numérique ou voire même dans votre organisme, suite à une opération délicate qui aura nécessité un suivi informatisé... Ou tout simplement avec la collaboration des opérateurs télécom.
Pareillement que dans le cas des fichiers informatiques nominatifs, ce n'est pas tant l'unité qui fait la dangerosité, mais l'utilisation simultanée de plusieurs unités (recoupement de fichiers fisc, sociaux et bancaires par exemple). L'ensemble des technologies de surveillance, utilisée simultanément, nous rapproche d'une société "big brother".
donc si je comprends, ne pas avoir le même avis que vous, c'est ne pas avoir fait de recherche. Un peu réducteur non.
J’assume mon avis. Mais vous le déformez. Je ne dis pas que la géolocalisation, c’est génial ou super cool, et que Google, c’est le nirvana. Ou que la géolocalisation ne sera pas liberticide. Je dis simplement que le développement de cette technologie est inéluctable dans ses applications de type social. Et ce n’est pas faire du jeunisme que de dire qu’une génération est prête à se servir de ces applis. Vous remarquerez que je ne m’inclus pas dans le lot.
Alors, selon moi, autant regarder dès à présent du côté des applis intéressantes (comme Aka Aki, car beaucoup ont retenu Google et le GPS, mais c’est Aka Aki le point central de la note). Je ne pense pas que hurler contre Google change fondamentalement les choses (contrairement à Facebook au moins tant qu’ils perdent de l’argent). Mais que les consommateurs soient déjà bien informés et privilégient certains développements plus intelligents ou démocratiques selon d’où on se place, et Google y sera plus sensible.
Mais au bout du compte, vous n'êtes pas obligé d'avoir le même avis que moi, et je vous remercie de nous le faire partager quoiqu'il arrive. Aujourd'hui, sur Slate comme ailleurs, les articles s'enrichissent grâce aux commentaires positifs ET négatifs. C'est le cas pour celui-là.
Merci