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Grand Prix de Belgique: la Formule 1 au révélateur de l’Eau Rouge

Yannick Cochennec, mis à jour le 24.08.2013 à 16 h 51

La course qui se déroule dimanche à Spa-Francorchamps est peut-être la course la plus spectaculaire de l’année. Et la plongée dans son grand S vertigineux, l’un des temps forts de la saison.

Fernando Alonso dans l'Eau Rouge lors du Grand Prix de Belgique 2012. REUTERS/Jan Van De Vel.

Fernando Alonso dans l'Eau Rouge lors du Grand Prix de Belgique 2012. REUTERS/Jan Van De Vel.

Après un mois de vacances, le championnat du monde de Formule 1 redémarre en beauté, dimanche 25 août, à l’occasion du Grand Prix de Belgique. C’est l’un des paradoxes du sport automobile. Alors que la France n’est plus capable d’organiser le moindre Grand Prix depuis 2008 en dépit d’une industrie automobile qui compte dans l’histoire économique du pays, la Belgique continue, elle, de tracer sa route lors du championnat du monde en accueillant peut-être le plus beau Grand Prix de la saison à Spa-Francorchamps, au cœur des Ardennes.

Michael Schumacher, qui y a couru sa première course en F1 en 1991, qui y a gagné son premier Grand Prix un an plus tard, qui s’y est imposé à six reprises (record) et qui y a officialisé son septième titre de champion du monde en 2004, est catégorique au sujet de Spa-Francorchamps: «C’est la plus belle piste de l’année.» «Ce circuit est un classique de la F1 comme s’il avait été bâti pour ce seul sport», abonde l’Australien Mark Webber, en course dimanche au volant de l’une des deux Red Bull-Renault. «Tout le monde attend Spa», confirme Fernando Alonso.

Le plus long tracé du circuit

Né au début des années vingt, le circuit de Spa-Francorchamps est le plus long tracé de la saison, d’une longueur exacte de 6,973 kilomètres, soit la moitié du tracé initial, divisé par deux à partir de 1979 afin de se conformer aux nouveaux canons de la Formule 1. Avec le temps et pour des raisons de sécurité liées aux accidents survenus en F1 dans les années quatre-vingt et jusqu’à la disparition d’Ayrton Senna à Imola en 1994, son dessin a été légèrement modifié, voire affadi selon certains observateurs ayant connu le circuit d’antan, sans pouvoir, toutefois, dénaturer un visage toujours très attrayant au milieu d’autres circuits à la pâle figure.

A Spa-Francorchamps, les voitures montent et descendent à toute allure sur ce toboggan des Ardennes, souvent rendu encore plus dangereux par la pluie qui s’invite fréquemment au Grand Prix. En 1998, sous les intempéries, après le premier virage suivant le départ, 13 voitures se retrouvèrent impliquées dans une collision géante que les amateurs de Formule 1 n’ont pas oubliée.

Mais si Spa-Francorchamps est unique, c’est aussi grâce à l’Eau Rouge, le virage sans doute le plus redouté ou le plus renommé de la Formule 1. Situé au pied d’une descente, il dessine un S qui projette ensuite les bolides dans un raidillon, brève montée qui emporte les pilotes dans la forêt. Pendant une petite quinzaine de secondes, à partir du moment où ils plongent vers l’Eau Rouge avant d’en décoller littéralement, les pilotes sont dans un état quasi-second, à la fois portés par l’excitation de l’instant dans ce passage traversé à près de 300km/h et un peu effrayés tout de même par le danger qu’ils ne peuvent ignorer.

«Mon pied droit se relevait tout seul»

La pente ne serait rien si elle était parfaitement rectiligne. Mais après avoir amorcé une inclinaison à gauche, elle s’infléchit brusquement à droite dans la montée «vers le ciel». L’effort physique est colossal tant le cou est, par exemple, sollicité.

«Un régal, mais une folie», avait dit l’ancien pilote autrichien Gerhard Berger, troisième du championnat du monde en 1988 et 1994. «Cette impression d'être dans les airs et soudain vous vous retrouvez face à une montagne, a raconté Michael Schumacher. Si vous passez à fond, c’est l’endroit le plus satisfaisant dans une carrière de pilote.»

Coureur parmi les plus véloces de l’histoire et n’ayant jamais froid aux yeux, Ayrton Senna n’avait pas caché de son côté combien l’endroit était intimidant:

«Dans la descente, je me persuadais que j'allais passer à fond mais quand j'arrivais au pied de la montée, mon pied droit semblait ne plus vouloir obéir à mon cerveau et se relevait tout seul.»

Le Québécois Jacques Villeneuve, qui détruisit une Williams au sortir de l’Eau Rouge en 1998 avant de récidiver au volant d’une BAR en 1999, s’était confié de la sorte à L’Equipe:

«On sait que, si elle est bien réglée, la voiture peut le faire. Mais il faut vraiment se faire violence pour garder le pied enfoncé sur l'accélérateur. Si on y arrive, on éprouve un grand sentiment de fierté. Celui d'être capable de faire quelque chose que la plupart des autres n'osent pas.»

L’Eau Rouge est une paisible rivière sinuant au fond d’un vallon des Ardennes en bas de Francorchamps en direction de Stavelot, et que le circuit automobile enjambe. Mais le débit de ce cours d’eau est autrement plus paisible que le flot rapide des voitures qui le traversent et n’en gardent pas toutes un très bon souvenir.

Décès tragique en 1985

Cette cuvette de l’Eau Rouge a même fini par emporter l’un des plus grands espoirs du sport automobile, qui se tua dans cette partie du circuit en 1985. En effet, l’Allemand Stefan Bellof, en qui beaucoup voyaient un probable champion du monde de Formule 1 à venir, y décéda à l’âge de 27 ans dans une course d’endurance au volant d’une Porsche 956. Au 75e tour de ces 1.000 kilomètres de Spa-Francorchamps, il voulut dépasser le Belge Jacky Ickx dans l’Eau Rouge lors d’une manœuvre hasardeuse.

Hélas pour lui, sa voiture percuta celle de son rival et sortit de la piste pour heurter le rail de sécurité avant de prendre feu. Images saisissantes vécues par le public grâce à la caméra embarquée au cœur du cockpit du bolide de Jacky Ickx, qui en sortit indemne alors que Stefan Bellof fut tué sur le coup.

Depuis, l’Eau Rouge suscite la crainte. En 1994, dans le sillage des décès de Roland Ratzenberger et d’Ayrton Senna au Grand Prix de Saint-Marin à Imola, l’endroit paya le prix de sa dangerosité par le biais d’une chicane mise en place afin d’obliger les Formules 1 à ralentir.

Mais cet artifice de circonstance dura le temps d’un Grand Prix. Depuis, l’Eau Rouge a retrouvé, en quelque sorte, son tumultueux lit initial, même si la sécurité a été progressivement améliorée aux abords de la piste, à gauche comme à droite, avec de vastes plages de dégagement.

Dans ce contexte plus rassurant, les Formules 1 ne se privent pas de l’aubaine qui leur est donnée de pouvoir donner la pleine mesure de tous leurs chevaux. En 2000, à la sortie de l’Eau Rouge, quand la vitesse atteint 330km/h dans la ligne droite suivante, le Finlandais Mika Häkkinen signa ainsi l’un des plus beaux dépassements de l’histoire de la Formule 1 aux dépens de Michael Schumacher avec un retardataire, Ricardo Zonta, dangereusement pris en sandwich. Sur le toboggan des Ardennes, il faut avoir toujours le cœur sacrément bien accroché.

Yannick Cochennec

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