Économie

L’eau contaminée de Fukushima, le nouveau risque majeur

Temps de lecture : 3 min

La fuite d’eau contaminée d’un réservoir de stockage était prévisible compte tenu des problèmes d’étanchéité des installations d’entreposage et pose un doute insupportable sur la capacité de Tepco à assurer sa tâche.

La centrale de Fukushima, le 20 août 2013. REUTERS/Kyodo.
La centrale de Fukushima, le 20 août 2013. REUTERS/Kyodo.

Qualifiant d’incident «grave» la fuite d’eau radioactive découverte le 19 août sur le site de la centrale nucléaire de Fukushima, l’Autorité de régulation nucléaire au Japon ne fait que confirmer ce que les observateurs avaient anticipé, et redoutaient. Car depuis la catastrophe du 11 mars 2011, la gestion des eaux contaminées est devenue le problème le plus important qui se pose à Tepco, l’entreprise qui exploitait le site et doit aujourd’hui le stabiliser.

Déjà, début août, une dépêche de l’agence Reuters faisant état d'une situation d'«urgence» sur ce point avait ravivé les craintes. Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) en France, ce nouveau coup de projecteur n’était pas motivé par une aggravation subite de la situation, mais par la pression exercée par le gendarme du nucléaire nippon sur Tepco afin qu’il accélère la mise en place de solutions qui évitent une contamination diffuse de l’océan Pacifique.

La capacité de Tepco à traiter le problème est donc remise en question et les autorités le lui faisaient savoir. Le gouvernement japonais avait ainsi reconnu publiquement que 300 tonnes d’eau contaminée se déversent chaque jour dans le Pacifique, désavouant publiquement l'entreprise, qui a longtemps affirmé que l’eau contaminée était confinée dans les sous-sols avant de reconnaître l’existence de fuites. Même si le niveau de contamination de l’eau en question n’a rien de comparable avec celui qui put être relevé juste après la catastrophe, cette situation est insupportable et l’attitude coupable.

Deux semaines plus tard, l’alerte monte de plusieurs crans: alors que les rejets d’eau étaient jusqu’à présent considérés comme un évènement de niveau 1 sur une échelle des accidents nucléaires allant de 1 à 7, ils passent au niveau 3 avec la découverte de cette fuite.

Mais il fallait s’y attendre. Le risque d’une perte de contrôle de la situation était élevé lorsqu’on considère l’ampleur des masses d’eaux déversées (700 m3 par jour) et les volumes à stocker (plusieurs centaines de milliers de m3 aujourd’hui). Aussi, compte tenu en plus du caractère inapproprié des installations mises en place dans la précipitation, la révélation de fuites était malheureusement prévisible.

700 m3 d’eau par jour

D’où vient cette eau contaminée? Actuellement, plus de 350 m3 d’eau parviennent chaque jour dans les sous-sols de la centrale après avoir été déversés sur les cœurs des réacteurs endommagés pour les refroidir. «Cette eau circule dans la cuve et l’enceinte de confinement, et refroidit le combustible nucléaire dégradé», expliquait l’IRSN en juin dernier. «Elle se charge alors en radioactivité. Du fait de l’inétanchéité des cuves et des enceintes de confinement, l’eau injectée s’écoule dans les sous-sols des bâtiments d’où elle est reprise pour être traitée et réutilisée afin d’assurer le refroidissement des réacteurs», décrit l’institut dans un état des lieux, deux ans après le tsunami qui déclencha la catastrophe nucléaire.

En plus, l’eau de la nappe phréatique pénètre aussi dans les sous-sols, augmentant le volume d’eau. Ainsi, si l’on ajoute les eaux de pluie qui entrent également dans les bâtiments, ce sont donc environ 700 m3 d’eau que Tepco doit traiter chaque jour.

Des procédés existent pour retirer les radionucléides, mais leur efficacité n’est que partielle. D’autres systèmes permettent un traitement plus en profondeur, mais ils ne devraient être opérationnels qu’au deuxième semestre de cette année. Et même avec un traitement complet, Tepco aura besoin d’autorisations pour rejeter les eaux en question, car on ne peut exclure qu’une radioactivité résiduelle subsiste.

Problèmes d’étanchéité des installations de stockage

Dans ces conditions, l’exploitant de Fukushima a été contraint de se doter d’énormes capacités de stockage, qui seraient aujourd’hui de 450.000 m3. Mais les besoins pourraient atteindre 700.000 m3 à la mi-2015. Autrement dit, une course contre la montre est engagée.

Mais les méthodes d’entreposage ne sont pas optimales: «Le contexte particulièrement difficile n’a pas permis à Tepco d’installer et d’exploiter ces entreposages d’eaux sans rencontrer ponctuellement des problèmes d’étanchéité», commente l’IRSN. Le risque de fuites était donc clairement posé.

Déjà, en avril, Tepco avait fait état d’une fuite d’environ 120 m3. Cette fois en août, le volume qui se serait déversé d’un des réservoirs de stockage atteindrait 300 m3. La contamination est telle qu’une heure d’exposition à la radiation de cette eau correspond à cinq fois le niveau annuel maximal toléré au Japon.

Une question, alors, se pose: face aux enjeux dans le nucléaire et à l’impératif de sûreté à restaurer aussi bien pour le Japon que les pays voisins, Tepco a-t-elle la capacité de se montrer à la hauteur de la tâche? Le doute même ne devrait pas être permis.

Gilles Bridier

Gilles Bridier Journaliste

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