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Graal informatique du tennis, la place de numéro 1 mondial fête ses quarante ans

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.08.2013 à 9 h 31

De Federer (le plus longtemps) à Rafter (le moins), de Rios (le seul à ne pas avoir gagné de tournoi du Grand Chelem) aux Français (totalement absents), retour sur l'histoire de ce classement créé par l'ATP fin août 1973.

Novak Djokovic est le dernier joueur à avoir atteint pour la première fois la place de numéro un mondial en gagnant un tournoi du Grand Chelem, en 2011 à Wimbledon. REUTERS/Stefan Wermuth.

Novak Djokovic est le dernier joueur à avoir atteint pour la première fois la place de numéro un mondial en gagnant un tournoi du Grand Chelem, en 2011 à Wimbledon. REUTERS/Stefan Wermuth.

Souvent imité, jamais égalé. Le classement ATP, qui fête son quarantième anniversaire en grande pompe à New York, vendredi 23 août, n’a pas d’équivalent dans le sport, si ce n’est son homologue féminin de la WTA, venu au monde informatique seulement en 1975.

En effet, d’autres hiérarchies ont été inventées, comme les très contestables indices UEFA ou FIFA, mais elles n’ont jamais eu la même crédibilité, le même impact ou la même résonance que ce «bottin» des meilleurs joueurs de tennis de la planète, réactualisé tous les lundis matins par un ordinateur localisé en Floride dans les quartiers généraux de l'Association of Tennis Professionals.

Actuellement, plus de 2.000 joueurs, parmi lesquels quelque 130 Français, sont ainsi répertoriés, le Serbe Novak Djokovic dominant la pyramide en cet été 2013. Semaine après semaine, chaque joueur ajoute les points nouvellement acquis et retranche ceux glanés un an avant, en guettant parfois avec inquiétude les variations d’un classement calculé sur les 52 dernières semaines et devenu, en quelque sorte, sa boussole.

Quoi de neuf, par exemple, ce lundi 19 août? Roger Federer chute à la 7e place mondiale, rang qu’il n’avait plus occupé depuis 2002. Rafael Nadal redevient lui n°2 mondial, pour la première fois depuis l’été 2012.

En 40 ans, 25 champions ont eu l’honneur de figurer à cette place de n°1 mondial qui fait tant rêver les jeunes joueurs en herbe. «Plus grand, je serai n°1 mondial», ont clamé en chœur des milliers de gamins à travers le temps et les fuseaux horaires. D’Ilie Nastase, le premier consacré le 23 août 1973, à Novak Djokovic, qui tient le gouvernail sans dévier depuis le 5 novembre 2012, les maîtres du monde ont été divers au niveau de leur style de jeu et de leur personnalité, sachant que le pouvoir a changé de mains à 91 reprises en 40 ans.

302 semaines, 7 jours

Avec 302 semaines seul au sommet dont 237 semaines consécutives (du 2 février 2004 au 17 août 2008, soit quatre ans et demi sans interruption), Roger Federer a été le champion au règne le plus long devant l’Américain Pete Sampras, aux commandes pendant 286 semaines.

Inversement, l’Australien Patrick Rafter n’est resté que sept jours en tête de la hiérarchie. Il ne sera d’ailleurs pas à New York cette semaine pour la grande photo de famille, comme il l’a confié au Sydney Morning Herald en évoquant avec humour sa gêne d’être, d’une certaine façon, le dernier de la classe de cette «ENA de la raquette».

Mais Rafter peut au moins se consoler d’avoir gagné deux tournois du Grand Chelem, l’US Open en 1997 et 1998, alors que le Chilien Marcelo Rios n’a pas connu ce bonheur et est le seul des 25 à ne pas compter le moindre tournoi majeur à son palmarès.

Avec six n°1, les Etats-Unis tiennent le haut du pavé grâce à Jimmy Connors (268 semaines), John McEnroe (170), Jim Courier (58), Pete Sampras, Andre Agassi (101) et Andy Roddick (16). Suivent l’Australie avec John Newcombe (8), Patrick Rafter et Lleyton Hewitt (80, le plus jeune de l’histoire à avoir accédé à cette éminente position, à 20 ans et 268 jours) à égalité avec la Suède —Björn Borg (109), Mats Wilander (20), Stefan Edberg (72)— et l’Espagne —Carlos Moya (2), Juan Carlos Ferrero (8) et Rafael Nadal (102).

Vient ensuite la Russie avec deux n°1, Yevgeny Kafelnikov (6) et Marat Safin (9). Ferment la marche, si l’on peut dire, la Roumanie avec Ilie Nastase (40), la Tchécoslovaquie ou République tchèque avec Ivan Lendl (270), l’Allemagne avec Boris Becker (12), l’Autriche avec Thomas Muster (6), le Chili avec Marcelo Rios (6), le Brésil avec Gustavo Kuerten (43), la Suisse avec Roger Federer et la Serbie avec Novak Djokovic (95 au 19 août).

De son côté, la France n’a jamais été mieux que 3e avec Yannick Noah en juillet 1986 (mais Noah a été n°1 mondial en double, toujours en 1986). Guy Forget et Sébastien Grosjean ont été 4e quand Jo-Wilfried Tsonga, Cédric Pioline et Henri Leconte se sont contentés de la 5e place.

Vilas, recalé inexplicable

L’Argentin Guillermo Vilas, qui aurait mérité d’être n°1 en 1977, saison pendant laquelle il souleva la coupe à Roland-Garros et à l’US Open, fait quant à lui partie des «inexplicables» recalés à la place de n°1 d’un classement dont les méthodes de calcul, parfois critiquables, ont évolué au fil du temps et ont souvent perdu le grand public. Beaucoup, non-initiés aux mystères de ce classement, se sont gratté la tête, par exemple, quand Andre Agassi est redevenu n°1 mondial aux dépens de Pete Sampras le 5 juillet 1999 alors que le même Sampras l’avait dominé la veille en trois sets en finale de Wimbledon.

Etre n°1 mondial ne signifie pas, il est vrai, que l’on est le meilleur joueur de tennis de l’instant, mais celui de l’année écoulée. Actuellement et compte tenu de ses résultats récents, Rafael Nadal est clairement le champion le plus en vue du moment alors que Novak Djokovic est un peu à la peine dans la mesure où il n’a plus remporté le moindre titre depuis avril.

D’aucuns estiment que le seul classement qui vaille en réalité est celui de fin d’année et dans ce registre, ils ne sont que 16 à avoir savouré cet honneur. Six fois consacré de la sorte (six années de suite), Sampras a l’avantage sur ce point sur Federer (cinq fois) à égalité avec Connors (cinq fois).

«Le plaisir n'est plus tout à fait le même»

«Etre n°1 mondial change la façon dont les gens vous regardent, a dit John McEnroe. Tout à coup, la pression est sur vous alors qu’elle ne l’est pas quand vous êtes n°2.» La manière qui permet de devenir n°1 pour la première fois n’est pas négligeable non plus. Mats Wilander (US Open 1988), Boris Becker (Open d’Australie 1991), Roger Federer (Open d'Australie 2004) et Novak Djokovic (Wimbledon 2011) sont les quatre seuls hommes à avoir connu le bonheur suprême de décrocher leur premier Graal informatique en triomphant lors d’un tournoi du Grand Chelem.

Wilander ne s’est d’ailleurs pas remis de ce double coup de poing émotionnel vécu lors de son succès à New York il y a vingt-cinq ans. «Après, ma motivation n’était plus la même, a-t-il souligné. Il y a une très grande différence entre devenir n°1 mondial dans des conditions aussi particulières et chercher à vouloir le rester au jour le jour, ce qui demande beaucoup de sacrifices. Le plaisir n’est plus tout à fait le même.» Dans le sillage de cette «montée au ciel», il décrocha complètement et ne fut plus qu’une ombre, confirmant ainsi la formule de l’Américain Arthur Ashe qui, lui, ne fut jamais mieux que deuxième. «Il y a des joueurs qui préfèrent rester n°2 ou n°1 et demi.»

Mais d’autres aussi s’arrangent parfaitement avec ce statut de n°1, à l’instar de Roger Federer, qui remonta sur son trône en s’imposant à Wimbledon en 2012 et fit alors cette confidence:

«Parfois, j’ai besoin de me rappeler qui je suis et d’où je viens. J’aime toujours la vie normale, revenir tranquillement à la réalité avec ma famille et mes amis. Mais j’adore aussi plonger dans la vie incroyable qui est la mienne.»

Yannick Cochennec

Article actualisé le 23 août 2013: contrairement à ce que nous écrivions dans une première version, il n'y a pas trois mais quatre joueurs à avoir atteint pour la première fois la place de numéro 1 mondial en remportant un tournoi du Grand Chelem. Roger Federer (Open d'Australie 2004) est le quatrième.

Yannick Cochennec
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