France

La communication politique, ça suffat comme ci!

Eric Dupin, mis à jour le 17.08.2013 à 11 h 13

L'impopularité sanctionne une politique qui déplaît et non un discours qui n'aurait pas été compris. Mais les responsables politiques, même au cœur de l’été, s'acharnent pourtant à croire qu'ils ont un problème de faire-savoir et non de savoir-faire…

François Hollande à Marly-le-Roi, le 8 août 2013. REUTERS/Christian Hartmann

François Hollande à Marly-le-Roi, le 8 août 2013. REUTERS/Christian Hartmann

La vigueur d'une croyance se mesure à sa capacité à résister aux démentis de la réalité. A cette aune, la «communication politique» force l'admiration. Son inefficacité a beau être de plus en plus patente, nos gouvernants persistent à sacrifier à ses rites.

Au risque d'un ridicule qu'ils semblent être les seuls à ne pas percevoir. Les mises en scènes estivales du pouvoir en fournissent une pathétique illustration. Il était déjà peu sérieux de la part de l'Elysée d'empêcher presque aux ministres de partir en vacances. Ceux qui travaillent sans arrêt (ou du moins qui le prétendent) ne sont généralement pas les plus productifs. On préfèrerait un exécutif reposé, mais sachant gouverner dans la cohérence et le courage, plutôt qu'une équipe épuisée, divisée et timorée.

Mises en scène estivales

Quant à l'idée de produire un petit événement médiatique quotidien jusqu'au coeur du mois d'août, elle pêche par une confondante naïveté. On a de la peine pour Jean-Marc Ayrault en le voyant, lui qui n'est pourtant pas un adepte de la com' spectacle, jouer au djembé devant des enfants pour les besoins de la belle image.

Les visites de terrain du couple exécutif s'avèrent même parfois carrément contre-productives, comme disent les technocrates. Ce fut le cas, à l'évidence, lorsque François Hollande fut interpellé à La Roche-sur-Yon par une chômeuse quinquagénaire. Le chef de l'Etat, qui entendait montrer son activisme estival pour l'emploi, ne trouvait rien à répondre face à la situation concrète de cette courageuse dame.

Bruno Roger-Petit met en cause une «communication digne des années Pompidou» et suggère aimablement que le président français s'inspire de «l'emotional writing» où excelle Barack Obama. Il aurait dû, selon ce commentateur, inviter cette chômeuse à la tribune pour qu'elle illustre le drame du chômage des seniors. Encore eut-il alors fallu que le chef de l'Etat soit en mesure d'avancer quelque solution sérieuse à ce problème!

C'est bien plutôt le principe même de ces mises en scènes qui est contestable. Les visites ministérielles ou présidentielles de «terrain», au pas de charge et au milieu d'un essaim de caméras, sont une triste caricature d'écoute de la population. Qui est encore dupe de l'empathie mimée en ces occasions par nos gouvernants? L'électorat attend moins qu'on semble à l'écoute de ses complaintes qu'il n'est impatient que le pouvoir trouve des solutions aux problèmes de l'heure.

Savoir-faire et faire-savoir

Gouverner, c'est agir. L'impopularité sanctionne une politique qui déplaît et non un discours qui n'aurait pas été compris. Les responsables politiques s'acharnent pourtant à croire qu'ils ont un problème de faire-savoir et non de savoir-faire. Leur action serait en tous points excellente mais malheureusement desservie par une «pédagogie» faiblarde. François Rebsamen vient encore de nous resservir cette vieille chanson. Comme de bien entendu, les communicants (à l'exception des meilleurs) ont pour métier faire croire que c'est l'emballage de la politique menée qui est en cause et non son contenu.

Il est étrange que la classe politique demeure prisonnière de cette croyance alors même que les faits ne cessent de la démentir. Aucune campagne de com', aucune mise en scène n'a jamais permis à un pouvoir rejeté de regagner les faveurs de l'opinion. Nicolas Sarkozy n'était pas le moins talentueux pour ce qui est ces exercices. On sait ce qu'il en est advenu.

Les électeurs décodent de mieux en mieux les manipulations d'une communication politique au demeurant peu imaginative. Cela n'empêche pas ses prêtres d'utiliser toujours les mêmes moulins à prière. Anne Hommel (ex-Euro RSCG), dont plusieurs portraits parus dans la presse nous assurent qu'elle se nourrit de savantes lectures, s'est spécialisée dans les tentatives de sauvetages de politiques en delicatesse.

Son truc consiste à faire simuler la contrition dans l'espoir de passer du statut de coupable à celui de «victime de soi-même». Elle l'a mis en oeuvre pour le compte de Dominique Strauss-Kahn puis de Jérôme Cahuzac. Avec un égal insuccès. «La vérité n'est pas mon métier», crâne-t-elle. En oubliant un peu vite qu'elle finit parfois par éclater...

Pour aggraver le tout, la tribu des communicants est loin dêtre uniquement peuplée de subtils personnages. On s'amusera de constater que la nouvelle responsable de la communication du PS avait cru bon de doper sa notoriété en rédigeant elle-même sa notice sur Wikipédia (ce qui lui avait valu d'en être évincée du site). Elle a peut-être été plus efficace lorsqu'elle était au service de l'OPA de plusieurs grosses sociétés. Les socialistes n'auraient-ils pas eu intérêt à s'adjoindre les services d'un professionnel plus en osmose avec leur message politique?

Le rôle des politiques

Car c'est finalement le rôle même des militants et des responsables politiques de bien «communiquer» avec la population. On pense ce que l'on veut de Manuel Valls mais sa popularité ne tient pas seulement à ses compétences de communicant. Il est surtout porté par une triple adéquation entre son discours (répressif), ses convictions (droitières) et les attentes (sécuritaires) de l'électorat.

Par contraste, Hollande est beaucoup moins à l'aise dans la dialectique des paroles et des actes. Il s'est fait élire sur la promesse d'un changement «maintenant» et demande d'être jugé sur des résultats qui tardent. Ce grand écart ruine toute communication possible.

L'ancien premier secrétaire du PS aggrave son cas par des méthodes parfois surannées. Il compte sans doute trop sur sa connaissance du milieu journalistique à une époque où les leaders d'opinion ont largement perdu leur prestige et leur pouvoir. Et sur une bonhommie qui n'est pas spécialement rassurante en période de crise. Mais l'essentiel de ses difficultés tient à la politique même que le président met en oeuvre. Aucune image ne pourra être assez forte pour la faire oublier.

Eric Dupin

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Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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