Monde

L'Independance Day de Sarah Palin

John Dickerson, mis à jour le 06.07.2009 à 6 h 53

Sarah Palin a choisi le mauvais jour pour démissionner de son poste de gouverneure d'Alaska.

Si Sarah Palin voulait éviter les spéculations et les attaques qui, en tant que gouverneur, la rendait folle, elle aurait dû choisir un autre jour pour quitter ses fonctions. Son annonce surprise tombe la veille de l'Independance day la fête nationale – jour médiatiquement réservé aux affaires et aux scandales qu'on préfererait oublier.

Lors d'une conférence de presse décousue, la gouverneure de l'Alaska n'a jamais vraiment expliqué pourquoi ce jour plutôt qu'un autre. Si elle avait attendu trois jours, elle aurait eu toute l'attention des médias. Peut-être a-t-elle déclaré là une indépendance prématurée?

En gros, Palin a précipité son départ parce qu'elle ne s'amusait pas. Depuis qu'elle était repassée de la scène nationale à l'Alaska, être gouverneure était une corvée. Ses opposants politiques avaient lancé contre elle pas moins de 15 plaintes. L'économie fédérale avait tourné au vinaigre et elle était impliquée dans une vilaine affaire concernant les fonds de relance fédéraux. Il est beaucoup plus plaisant de parcourir le pays et de saluer les foules de fans du parti républicain.

Palin a donc décidé de larguer son bureau pour les projecteurs. Elle peut maintenant faire le tour du pays en unique superstar d'un parti qui en recherche une désespérément. Puisqu'elle peut remplir des stades, elle peut lever des fonds. Tout en remontant le moral du parti, en en renflouant les caisses (et les siennes), elle pourra reconstruire des liens avec le pays entier si elle veut vraiment repartir pour une campagne présidentielle.

Les points négatifs de cette tactique sont évidents. Être gouverneur était le meilleur contre-argument à opposer à ceux qui lui reprochaient un manque de profondeur et d'expérience politiques. Lors de sa conférence de presse, elle a dit que ces attaques l'avaient poussée vers la sortie, mais c'était cette endurance à combattre les «réseaux d'anciens élèves », comme elle avait pris l'habitude de les appeler, qui constituait son principal argument de vente de la campagne.

Peut-être se la joue-t-elle tout simplement cowboy solitaire? Possible. C'est très certainement ainsi qu'elle a conçu son départ. Rester en poste comme la cinquième roue du carrosse aurait été la chose la plus prévisible à faire, a-t-elle déclaré. Mais le défi de Palin lors de l'élection de 2008 comme aujourd'hui est de convaincre les électeurs que son esprit rebelle n'est pas simplement la marque d'un comportement erratique et imprévisible – des qualités qui transformeraient son anti-conformisme en handicap. «Seuls les poissons morts suivent le courant», a-t-elle dit, une nouvelle entrée bienvenue dans le dictionnaire des citations politiques. Mais si vous ne suivez pas le mouvement, vos choix restent difficiles: soit vous nagez à contre-courant, soit vous barbotez dans le port.

Sarah Palin annonce sa démission:


Article paru le 3 juillet 2009 sur slate.com et traduit par Peggy Sastre.

(photo: capture d'écran de l'annonce de sa démission, Reuters)

John Dickerson
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Journaliste
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