Monde

Pakistan: une série d'animation pour lutter contre les islamistes

Temps de lecture : 2 min

Dans Burka Avenger, une enseignante en burqa qui n'est pas sans rappeler Zorro, lutte contre des gangsters, sous entendu des islamistes, qui veulent fermer son école de filles.

Burka Avenger
Burka Avenger

Burka Avenger, la première série d’animation produite au Pakistan en ourdou produira-t-elle un sursaut dans la société? Crée par une star du pop pakistanais, Haroon Rashid, la série met en scène dans un décor et des costumes locaux, une enseignante en burqa, qui n'est pas sans rappeler Zorro, qui lutte contre les gangsters, sous entendu les islamistes, qui veulent fermer son école de filles. Jiya (mot que l’on peut traduire par vie ou cœur), l’héroïne, affronte pour cela un propriétaire terrien, politicien corrompu et un magicien diabolique qui abuse la crédibilité des pauvres sans éducation.

Mais contrairement à Zorro, les seules armes de Jiya sont des stylos et des livres. Pour Haroon Rashid il s’agit d’un refus délibéré de la violence et la volonté de montrer que l’éducation est une arme plus forte que le fusil. Avec les nombreux attentats terroristes dans le pays, les enfants pakistanais sont soumis quasi quotidiennement depuis des années à des images de violences. Les chaines de télévisions locales ne pratiquent quasiment pas de censure sur les images plus horribles les unes que les autres après un attentat.

Le taux d'alphabétisation des femmes ne dépasse pas 40%

La jeune Malala Yousoufzai qui en octobre 2012 a été violemment attaqué par les talibans pour la punir de promouvoir l’éducation des filles l’a été devant ses camarades dans le bus qui les ramenait de l’école. Son histoire a dépassé la fiction puisqu’elle s’est produite avant même la fin du tournage de Burqa Avenger.

Si la série a un but d’éducation et d’ouverture sur les problèmes qui pèsent sur le Pakistan, elle se veut avant tout une distraction pour des jeunes pakistanais qui n’ont pas l’occasion de voir des séries faites pour eux avec des héros locaux auxquels ils peuvent s’apparenter. Programmée sur une chaine de télévision privée, la plus regardée du pays, elle devrait connaitre le succès.

Déjà elle a provoqué un débat dans la société civile en particulier autour des carences dramatiques du système éducatif. Le Pakistan possède l’arme nucléaire mais n’a pas été capable d’instruire la moitié de sa population. Le taux d’alphabétisation des femmes ne dépasse pas 40% et l’éducation est loin d’être une priorité budgétaire.

La série dénonce aussi la corruption d’un système politique dans lequel nombre de décideurs appartiennent aux classes privilégiées, grands propriétaires terriens ou industriels et maintenant mollahs dont le seul but est le maintien d’un statu quo qui préserve leurs privilèges.

Pour les jeunes

Critiqué par certaines féministes pour avoir choisi de dissimuler son héroïne derrière une burqa, Haroon Rashid réplique qu’il s’agit simplement d’un déguisement par lequel Jiya cache son identité pour agir contre les mauvais comme le font Zorro ou Batman. Dans son école, celle-ci ne porte bien évidemment pas de burqa, ni même de foulard. Elle se présente comme une femme moderne qui travaille et s’occupe de ses trois enfants.

Si le Pakistan fait plus souvent la une de l’actualité pour le terrorisme qui s’y déroule ou en émane, la communauté artistique pakistanaise est bien vivante. Ecrivains, peintres, réalisateurs de cinéma ou de télévision s’attaquent très souvent de front aux maux que connait le pays. Sharmeen Obaid-Chinoy a obtenue en 2012 le premier Oscar pour le Pakistan, avec un documentaire sur le drame des femmes attaquées à l’acide. Samar Minallah a obtenue plusieurs prix pour ses documentaires mettant en lumière les diverses formes de violence contre les femmes au Pakistan.

Il est trop tôt pour mesurer l’impact de Burqa Avenger, mais dans un pays qui abrite une centaine de chaines de télévision, ce premier dessin animé «social» pourrait faire des émules et accroitre les exigences des jeunes.

Francoise Chipaux

Françoise Chipaux Journaliste

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