Hénin-Beaumont était pourtant la ville idéale pour le FN
Tous les éléments étaient réunis pour une victoire.
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Le Front National a perdu dimanche 5 juillet au second tour des élections municipales à Hénin-Beaumont. Le candidat divers gauche Daniel Duquenne devient maire avec 52,38% des voix, avec une participation de 62,38%. L'ambiance était houleuse dans l'ancienne ville minière après l'annonce des résultats. Selon La Voix du Nord, une bombe lacrymogène a été lancée contre Daniel Duquenne, provoquant un petit mouvement de panique. Le FN a par ailleurs annoncé qu'il allait déposer un recours et contester le résultat de l'élection devant le tribunal administratif.
Steeve Briois et Marine Le Pen, en recueillant 47,62%, font mieux que lors des municipales de 2008 mais échouent alors qu'ils avaient une chance historique de prendre la mairie. Comme l'explique à Slate le documentariste Edouard Mills-Affif qui a passé un peu plus d'un an à Hénin-Beaumont.
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Marignane: 33.000 habitants. Vitrolles: 37.000 habitants. Orange: 30.000 habitants. Hénin-Beaumont: 26.000 habitants. Vu sous l'angle statistique, l'ancienne cité minière que Marine Le Pen a failli conquérir semble dans la droite lignée des villes du Sud-Est où le Front national avait triomphé dans les années 90. Mais ce serait méconnaître le contexte local très particulier.
Le documentariste Edouard Mills-Affif a passé un peu plus d’un an à Hénin-Beaumont quelques mois après la percée du FN dans la région à la présidentielle de 2002, suivant pas-à-pas le besogneux Steeve Briois, qui est aujourd’hui numéro 1 sur la liste de Marine Le Pen. Il en a tiré un film, «Aux pays des gueules noires, La fabrique du Front national», qui a connu un joli succès d’estime mais n’a jamais été diffusé à la télévision.
Six ans après, Edouard Mills-Affif prévient d’avance: «Le FN veut en faire un laboratoire d'un nouveau vote d'extrême droite, mais Hénin-Beaumont est un microclimat politique. Depuis des dizaines d’années, c’est un véritable western: il faut qu’il y ait du sang, de la chique et du molard. La vraie nouveauté, c’est que ce ne sont plus les socialistes et les communistes qui se battent — y compris physiquement, mais les socialistes et les frontistes».
Le documentariste retrouve dans la campagne 2009 tout ce qui avait permis à Steeve Briois d’atteindre 32% des suffrages au second tour des législatives en 2002. «Ce sont les mêmes ingrédients, mais en pire. A l’époque, il y avait déjà un maire aventureux — Gérard Dalongeville — dont on pressentait les manœuvres douteuses. Depuis, il a été mis en examen pour détournement de fonds publics, faux en écriture, favoritisme. La gauche était en sale état, elle est maintenant encore plus faible et divisée. Enfin la situation sociale s’est encore aggravée: en mars 2003, Metaleurop fermait son usine de Noyelles-Godault, tout près d’Hénin-Beaumont. D’autres ont suivi depuis».
«Plus la situation est pourrie, plus le FN récolte des points. Petit à petit, Steeve Briois et Marine Le Pen ont réussi à prendre la place de premier opposant dans cette ville où la droite n’existe pas et où les socialistes et les communistes se partagent traditionnellement le pouvoir. Dans ce grand marasme politique, ils ont l’avantage de la virginité. Ils peuvent sonner aux portes et dire "Vous avez tout essayé: Sarkozy au plan national, Dalongeville au plan local, et vous êtes encore dans la merde. Essayez donc le Front national"».
La grande différence avec les villes du Sud-Est tient dans la composante xénophobe qui n’est pas prédominante dans le vote FN: «Il y a peu d’immigrés dans la région d’Hénin-Beaumont, mais c’est une région où la haine se cristallise vite car on a beaucoup opposé les gens. Avant, l’ennemi était visible, c’était le patron de l'usine. Il est maintenant invisible et les gens en cherchent un», explique Edouard Mills-Affif.
Dans une tribune publiée sur idée-jour.fr, le documentariste narre une visite de Steeve Briois chez un couple de retraités, anciens ouvriers: «Vous pouvez pas imaginer monsieur Briois, on n’en peut plus. On ne rêve que d’une seule chose: déménager, partir. Cela fait plus de cinq ans que nos voisins nous font la misère et qu’on arrive pas à les faire déguerpir… Ce sont des cas sociaux. Moi, j’ai travaillé toute ma vie pour avoir ma maison et c’est nous qui devons partir, c’est un comble, tout de même…». Un militant du FN l’interrompt: «Oui, je vois… toujours les mêmes! De toute façon, on donne toujours raison aux assistés et on enfonce les honnêtes gens, que voulez-vous…»
Hénin-Beaumont, c’est un microclimat politique, mais aussi un redoutable trio pour porter la candidature FN. «Steeve Briois, c’est le bateleur, un ancien commercial qui fait de la politique à l’ancienne — énormément de porte-à-porte — avec des techniques de marketing modernes. Au-dessus de lui, il y a Marine Le Pen, la chef, la mentor, qui est très discrète sur le terrain pour ne pas que les habitants d’Hénin-Beaumont perçoivent l’élection comme un enjeu national. Enfin, beaucoup moins connu mais non moins important, le trio est complété par Bruno Bilde, l’expert, qui connaît sur le bout des doigt les médias et la carte électorale».
La méthode Briois est d’un cynisme redoutable, comme il l’expliquait en 2003 au documentariste: «La politique, c’est vendre un idéal. Quand l’idéal s’appelle Front national, c’est peut-être plus dur à vendre, on a un boulet au pied au départ avec le logo FN, mais cela devient un challenge. Ici, on vend du Le Pen. […] La différence avec le commerce, c’est que nous, ce qu’on vend, c’est gratuit. La seule chose que je demande aux gens, c’est de se déplacer le dimanche matin pour aller voter, c’est tout».
Produit parfaitement marketé, le FN à la sauce Hénin-Beaumont est un FN light, qui se veut «populaire» et non plus «populiste», qui s’assume comme un parti gestionnaire et non plus comme un parti d’opposition. Pour appuyer cette stratégie, la section FN locale a la particularité d’avoir un bataillon de militants populaires qui ratissent le terrain, alors que sur le plan national, le Front national reste un parti de cadres. Si Marine Le Pen parvenait à prendre la mairie, elle pourrait porter ce modèle d’Hénin dans la grande corbeille de la succession du père. Mais comment exporter un microclimat si particulier?
Vincent Glad
Le film «Au pays des gueules noires, la fabrique du Front National» est disponible par correspondance (20 € + 3 € de frais de port) en envoyant un mail à contacts@lesfilmsducyclope.fr.
Remerciements à Nonna Mayer, directrice de recherche au CEVIPOF.
(Photo: Steeve Briois et Marine Le Pen sur un marché d'Hénin-Beaumont le 23 juin 2009, Reuters/Pascal Rossignol)
Mis à jour le 06/07/2009 à 14h43










































Si la liste de Marine Le Pen est élue ce soir, c'est que :
1 - le FN a fait une véritable campagne de proximité
2 - le PS n'a pas soutenu son candidat
3 - l'UMP s'est ridiculisée
4 - l'appel au front républicain risque d'être, dans ces conditions, contre-productif.
Tout ceci évidemment n'enlève rien à la pertinence de votre analyse.
J'espère que vous me permettrez un petit complément à ce commentaire.
Les électeurs ont voté. C'est la liste PS qui a été élue. Tout le monde a pu entendre Marine Le Pen sur RTL ce matin. Il est donc inutile d'épiloguer sur cette élection.
Mais grâce au "front républicain" de Hénin-Beaumont, il sera très difficile lors des prochaines élections régionales, au PS arrivé en second derrière l'UMP, de se maintenir dans une triangulaire où d'aventure figurerait le FN.
Et lors d'une triangulaire avec un parti d'extrême-gauche, aurait-on aussi droit à un front républicain?
Une petite question : en parlant de Marignage: 33.000 habitants, parlez-vous en réalité de Marignane, ville voisine de Vitrolles ?
Désolé, l'erreur est corrigée. Merci de l'avoir signalée.
Le FN entend faire appel après son échec à Hénin-Beaumont !
Voilà bien encore une pratique qui n'a rien d'étonnant venant de ce parti quasiment anti-démocratique !
Ainsi Marine Le Pen se montre-telle aussi peu fiable que son père !
En avons nous jamais douté ???
Chère lyza,
Chaque élection entraîne des dizaines de contestations de votes. Elles sont parfois de droite et parfois de gauche. Ce n'est nullement une spécialité du FN.
Le tribunal tranchera.
Très cordialement.
Votre commentaire ne prête pas à discussion mais ...je maintiens malgré tout que la contestation des résultats de vote apparaît, me semble-t-il bien plus fréquemment dans un parti tel que le FN plutôt que dans les partis de gauche (non indemnes d'ailleurs de "pinailleries" partisanes !!
Cordialement.
En préambule, je précise que je ne suis ni sympathisant ni électeur du FN ni en phase avec ses thèses.
Ceci posé, je ne trouve pas que le parti d'extrême droite ai réellement perdu cette élection.
avec 48 % des voix au second tour, il améliore son score du premier tour alors que le taux de votants s'est lui aussi accru. Ceci montre qu'au delà des discours républicains, du front "uni" des partis fréquentables et du matraquage opéré pendant l'entre deux tours, les électeurs ont quand même voulu tenter l'aventure. Quelques faux pas de Monsieur Duquenne dans les prochains mois et c'est le boulevard pour le FN lors d'une prochaine élection. N'oubliez pas que bien qu'enterré dans la presse après chaque élection, le FN revient toujours grâce à un travail de terrain méthodique et rigoureux.
quelque soit la qualité de Monsieur Duquenne, il a fallu en catastrophe monter un front d'alliance hétéroclite pour gagner. Il a fallu jouer sur les peurs, s'aventurer finalement sur le même terrain que le FN pour ralier des indécis et provoquer un vague sursaut chez les électeurs. Ce n'est pas une victoire, c'est un non choix partisan. D'ailleurs, Madame Lepen se targue à juste titre d'être le seul parti d'opposition à Hennin Beaumont et entend bien prendre tout son rôle dans cette posture.
c'est encore la preuve que le FN reste le seul grand parti radical face aux partis de pouvoir. Je le disais plus haut, on le pense mort et enterré régulièrement mais il revient toujours. Son discours, sa posture jouent sur ce que nos politiques "classiques" n'arrivent pas à faire passer à une population de plus en plus déboussolée par l'influence des crises, du capitalisme sauvage, des prises d'intérêt ou de la bling bling ou bravitude attitude.
le FN devrait être l'aiguillon de nos politiciens pour prendre en compte toutes les craintes et attentes de la population, pour entraîner les français quels qu'ils soient vers la marche en avant du pays, l'adhésion aux causes nationales qui pourraient transcender mais ... il y a visiblement un échec de communication et de crédibilité qui depuis des années n'est pas comblé. Ce n'est certainement pas simple ni rapide mais encore faudrait-il essayer sans quoi demain, le FN ou le NPA prendront des villes ou des régions en jouant sur tous les registres de la peur, de la revanche et du demain on rase gratis.
Qui a dit que la politique était une sinécure ?
Quelques jours avant l'élection V. Pécresse a déclaré sur BFM que si elle était habitante d'Henin-Beaumont elle n'irait pas voter.
Question : Pourquoi cette déclaration est passé inaperçue ? Est-ce moi qui psychotte ou cette déclaration est anti-républicaine ?
Non, cette déclaration n'est pas anti-républicaine. En démocratie, chacun, quel qu'il soit, a le droit de ne pas aller voter et peut appeler à ne pas voter sans qu'il soit mis au ban de la République.
Mais, cependant, quand on est ministre de cette République et qu'on affiche de telles prises de position, il ne faut pas s'étonner de se voir reprocher que l'on soutient indirectement le FN. En démocratie, les absents volontaires ont toujours doublement tort car, au moment de de prendre la parole, ils l'ont passé aux votants sans s'exprimer ce qui semble curieux pour ceux qu'on appelle des leaders d'opinion. De plus, en politique, le choix ne s'effectue pas toujours entre le bon et le mauvais, mais parfois entre le pire et le moins pire et, dans ce cas, ne pas voter c'est assimiler les deux!
J'ai habité quelques années à Courcelles-lès-Lens "riante" bourgade fort proche de Hénin-Beaumont, et ceci-dit je ne m'expliques guère ces tourments et tournants politiques et polémiques surtout que j'ai rarement rencontré des personnes qui me soient paru étrangères lors de mes pérégrinations locales (sauf les belges et luxembourgeois, mais on ne leur demande jamais leurs papiers s'ils sont blancs...) Par contre j'y ai rencontré pour la première fois de ma vie de nombreux combattants arabes de la 1ère et de la 2ème guerre mondiale, de vraies gueules cassées d'origine maghrébine et j'en fut tout ému ... C'est plutôt moi le breton (comme lepen) qui me sentais étranger, d'ailleurs dans le passé les bretons et les belges on ne les aimait pas trop dans la région, on m'a expliqué plus tard qu'ils étaient considérés comme des briseurs de grève car ils acceptaient des salaires pus bas que les ouvriers locaux...