France

[Le malaise français, 2/4] La France, seul pays de l'Eurozone à la dérive?

Matthew Yglesias, mis à jour le 20.08.2013 à 10 h 06

Une conversation franco-américaine sur la réaction de nos sociétés à la crise économique. Episode 2: l'étrange réaction française à l'économie anxiogène et au nouveau Président.

Le long d'une plage de Cancun, au Mexique, le 8 mars 2011. REUTERS/Gerardo Garcia

Le long d'une plage de Cancun, au Mexique, le 8 mars 2011. REUTERS/Gerardo Garcia

Le malaise français [2/4] La France aurait perdu sa «joie de vivre» selon certains Américains. Deux journalistes de Slate mènent une discussion transatlantique sur le sujet. Pour la France, Cécile Dehesdin, pour les Etats-Unis, Matt Yglesias.

De: Matt Yglesias
A: Cécile Dehesdin

Chère Cécile,

La France a la chance et la malchance d’être à peu près le seul pays étranger à propos duquel les Américains ont une quelconque connaissance ou opinion. La bonne nouvelle, c’est que lorsque nous ne sommes pas emporté par une fièvre guerrière, nous voyons d’un plutôt bon œil les Français.

Gallup a fait un sondage sur le sujet en mars et a trouvé que 74% des Américains avaient une vision favorable de la France, bien plus haut que les 34% auxquels vous aviez eu droit en 2003, quand le débat sur l’Irak était à son plus fort.

Par ailleurs, la France est aussi un peu à blâmer dans la perception de ce malaise. Le regain soudain d’intérêt américain pour ces vieilles recherches sur la mentalité française pourrait venir de ce billet de blog publié plus tôt cette année par France 24, un de vos médias publics.

L’auteur citait une étude de Claudia Senik de la Paris School of Economics, qui argue que les Français sont culturellement enclins à être malheureux. Le fait qu’un média possédé par le gouvernement répande des rumeurs à l’étranger sur le malheur français me semble pointer des défauts dans le modèle dirigiste. Mais bon, c’est exactement ce que dirait un Américain.

Quant à moi, j’étais récemment en France –à Strasbourg, pas à Paris– et les gens ne m’ont pas paru particulièrement déprimés.

Il y avait en revanche une anxiété évidente à propos de la situation économique. En particulier le fait que le taux de chômage est tellement plus élevé du côté français que du côté allemand de la frontière.

Mais d’un point de vue américain, la France est un peu difficile à comprendre dans le contexte de la récession de l’Eurozone: ce n’est pas une des économies fortes qu’on peut associer à l’Allemagne ou à l’Autriche, mais ce n’est pas non plus une économie en crise comme celle de l’Espagne ou de l’Italie. Chercher à comprendre l’économie française est peut-être trop difficile.

Mais, dis-moi, est-ce que Maureen Dowd a vraiment tort? Quand Barack Obama a été élu la première fois, je me souviens d’une population déchirée entre un énorme optimisme quant à ses capacités de leader et une énorme colère chez ses rivaux. François Hollande réussit à inspirer la terreur chez les éditeurs de magazines britanniques néolibéraux, mais les Français n’ont pas l’air d’attendre énormément de changement, bon ou mauvais.

Alors que des événements dramatiques ont lieu en Europe, j’ai l’impression que la France est un peu à la dérive –à simplement attendre une amélioration de la situation économique sans mettre en avant un agenda intérieur ou international. Ou est-ce que tout ça n’est que de l’impatience américaine? 

Bien à toi,

Matt

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La réponse de Cécile: Les Français circonspects face à l'ascenseur social en panne »

Matthew Yglesias
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