[Le malaise français, 1/4] Pourquoi le New York Times se passionne-t-il pour le «malaise» français?

Le 7 août 2013. REUTERS/Christian Hartmann

Le 7 août 2013. REUTERS/Christian Hartmann

Une conversation franco-américaine sur la réaction de nos sociétés à la crise économique. Episode 1: non mais c'est quoi cette obsession du New York Times?

Le malaise français [1/4] La France aurait perdu sa «joie de vivre» selon certains Américains. Deux journalistes de Slate mènent une discussion transatlantique sur le sujet. Pour la France, Cécile Dehesdin, pour les Etats-Unis, Matt Yglesias.

De: Cécile Dehesdin
A: Matt Yglesias

Cher Matt,

Ces dernières semaines, le New York Times s’est passionnée pour la France, et plus particulièrement pour notre tristesse.

Apparemment, on fait peine à voir: on est tristes, dépressifs, cyniques, et en pleine crise existentielle.

Maureen Dowd a récemment écrit que «la joie de vivre a été délaissée pour le nombrilisme». Elle fonde son analyse de la psyché française sur un groupe spécifique de gens, les riches parisiens, ce qui est une façon étrange d’envisager la chose. Ou peut-être l’idée est-elle que si même les riches sont malheureux, tout est perdu?

D’après elle, et ses interviewés, nous sommes en pleine nostalgie, à rêver d'une France qui ressemblerait à celle de Woody Allen dans Midnight in Paris plutôt que d'affronter ce qui se passe réellement: la crise économique, le débat douloureux tout le long de la légalisation du mariage pour tous, notre système éducatif élitiste, etc.

Elle ne se fonde cependant pas que sur ce que des médecins parisiens qui ont des reproductions de Picasso sur les coussins de leur salle d’attente racontent. Elle cite également un sondage BVA-Gallup de 2011 disant que les Français sont encore plus pessimistes que les Afghans et les Irakiens.

J’étais tout de même prête à rejeter sa tribune –écrite en buvant «un expresso au Rostand en face du jardin du Luxembourg»– comme étant représentative de l’opinion bourgeoise d’une journaliste américaine privilégiée –ce qu’elle est–, quand le New York Times a publié quelques jours plus tard un autre article sur notre malaise.

Roger Cohen réaffirme dans sa tribune que la France est déprimée. Pas seulement maintenant, mais déjà il y a 16 ans, lorsqu’il était un correspondant basé à Paris. J’aime sa façon de penser, l’idée que nous surfons sur notre malaise comme les Britanniques surfent sur la famille royale, que c’est en fait un objet de fascination pour les étrangers, une vision du tourisme du style «venez pour les croissants, restez pour la déprime».

J’ai particulièrement apprécié ce passage:

«Le malaise et l’ennui sont à la France ce que la mentalité "on peut le faire" est à l’Amérique: un badge d’honneur.»

Dis-moi, Matt, pourquoi est-ce que vous vous inquiétez pour nous? Pourquoi ne publions-nous pas des tribunes pour dire aux Américains qu’ils sont enthousiastes et faux et que c’est exaspérant?

Bien à toi,

Cécile

La réponse de Matt: La France, seul pays de l'Eurozone à la dérive? »

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