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Les tristes dimanches de Tiger Woods

Yannick Cochennec, mis à jour le 08.08.2013 à 6 h 50

En Grand Chelem, Tiger Woods ne sait plus forcer son destin le dernier jour. Sa célèbre chemise rouge est devenue bien pâle.

Tiger Woods, lors du PGA Championship 2012, à Kiawah Island Golf Resort, Ocean Course, le dimanche 12 août 2012. REUTERS/Mathieu Belanger

Tiger Woods, lors du PGA Championship 2012, à Kiawah Island Golf Resort, Ocean Course, le dimanche 12 août 2012. REUTERS/Mathieu Belanger

Alors que commence le PGA Championship, dernier des quatre tournois du Grand Chelem de l’année qui se dispute du 8 au 11 août sur le parcours de Oak Hill à Rochester, dans l’Etat de New York, une seule question intéresse –obsède– les observateurs que nous sommes. Tiger Woods va-t-il enfin gagner ce 15e tournoi majeur qui le fuit depuis le 14e, décroché en juin 2008 à l’US Open?

Cinq looooooooooooooooongues années ont passé et il y a presque plus d’impatience, en effet, dans le public que chez le n°1 mondial qui, masque de fer, affecte de ne pas se montrer si pressé même s’il rêve, bien sûr, d’égaler puis de battre le record de Jack Nicklaus, vainqueur de 18 titres majeurs entre 1962 et 1986.

Mais à 37 ans, Tiger Woods a toutes les raisons, il est vrai, de ne pas paniquer au-delà de ces cinq saisons de disette que personne ne pouvait anticiper à la lumière éclatante de ses dix premières années de professionnalisme marquées sous le sceau des records en tous genres. A son âge, il reste largement dans les temps de la conquête de ce sommet, dans la mesure où Nicklaus avait remporté le 15e de ses 18 majeurs à justement 37 ans, le 18e et dernier ayant été enlevé à l’âge presque «canonique» de 46 printemps.

Dimanche dernier, en le voyant s’imposer à Akron (Ohio) pour la 8e fois lors d’une épreuve préparatoire à ce PGA Championship et à laquelle participaient tous les meilleurs golfeurs mondiaux, nous avons eu le sentiment de faire un retour dans le passé, tant Tiger Woods a écrasé la concurrence pour finir avec sept coups d’avance sur son poursuivant immédiat (ce n’était jamais «que» la 12e fois qu’il s’imposait avec une marge d’au moins sept coups sur le reste des troupes).

D’un bout à l’autre du tournoi, il s’est montré dominateur, effrayant d’efficacité parfois, à l’image de la journée du vendredi au terme de laquelle il a rendu une carte de 61, soit le meilleur score (égalé) de sa saga sur le PGA Tour. C’était sa 5e victoire de la saison, la 79e de sa carrière, ce qui le place à seulement trois trophées du recordman Sam Snead, vainqueur à 82 reprises sur le circuit américain.

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Tout serait donc parfait et normal si l’Américain ne s’échinait plus à échouer lors des quatre rendez-vous majeurs.

Depuis l’US Open 2008, Tiger Woods a joué 17 majeurs et ne s’est vraiment retrouvé que deux fois en position de mettre tout le monde d’accord le dimanche: lors du PGA Championship en 2009 où il se fit surprendre sur le fil par le joueur de Corée du Sud, Y.E. Yang, et lors du Masters en 2011 où il vira en tête à l’attaque des neuf derniers trous avant de s’effondrer pour finir loin du vainqueur, le Sud-africain Charl Schwartzel.

Pour le reste, l’ultime journée a ressemblé la plupart du temps pour lui (et un peu pour nous, il faut bien l’avouer) à un long dimanche de grisaille comme lors du récent British Open. Deuxième le samedi soir, il a traversé les 18 derniers trous de Muirfield comme un fantôme, laissant la vedette à Phil Mickelson parti pourtant avec trois coups de retard sur lui. Circulez, il n’y avait absolument rien à avoir de brillant à la pointe de ses clubs. Sa célèbre chemise rouge, enfilée chaque dimanche au moment de sonner la charge, n’attira jamais l’œil.

Les stats de Woods

De toute façon, statistiquement, Tiger Woods ne pouvait pas gagner ce British Open. C’est l’autre aspect, étrange, des dimanches du champion lors des tournois majeurs. En effet, Woods n’a JAMAIS triomphé dans ces épreuves s’il n’était pas en tête (seul ou à égalité) au soir du 3e tour. Ses 14 majeurs ont TOUS été gagnés de la sorte. Il s’est constamment «planté» quand il s’agissait de revenir de l’arrière au moment de donner l’assaut le dimanche.

Compte tenu de la dimension du champion, et des exploits invraisemblables qu’il a pu signer, cette incapacité à renverser la table est étonnante, voire stupéfiante, et elle ne peut pas être complètement le fruit d’un hasard. Comme si Woods ne pouvait gagner qu’en affirmant très vite son autorité sur tous les autres. Comme s’il devenait plus fragile dès lors qu’il ne prenait pas le contrôle des opérations en signifiant à la concurrence qu’elle n’avait, en quelque sorte, rien à espérer.

A l’évidence, ce genre de victoire, marquée par une remontée le dimanche, manque au palmarès de Tiger Woods. Les plus grands joueurs de l’histoire avant lui ont connu ces succès (re)venus un peu de nulle part et qui ont cimenté leur légende.

Jack Nicklaus compte ainsi huit majeurs gagnés (sur 18) sans avoir figuré en tête du classement après 54 trous. Son premier et son dernier titres du Grand Chelem ont été acquis, par exemple, dans ces conditions défavorables. Lors de l’US Open en 1962, il avait ainsi deux coups de retard sur Arnold Palmer le samedi soir. Au Masters en 1986, il était dans une situation encore plus critique avec un déficit de quatre coups sur l’homme de tête, l’Australien Greg Norman. Et personne n’a oublié comment Nick Faldo, lors du Masters en 1996, avait surgi du diable Vauvert en comblant un handicap de six coups sur (toujours) Greg Norman à la dérive.

«Est-ce que tu mènes?»

Il ne fait aucun doute que Tiger Woods (trop de talent) remportera un jour un 15e titre majeur parce qu’il est impossible que sa carrière se soit «arrêtée» en 2008. Et après toutes ces déceptions, ces blessures et ces scandales accumulés au cours des cinq dernières années, ce serait presque symbolique de le voir consacré à nouveau, à l’occasion d’un dimanche qui le verrait inverser spectaculairement le cours des événements dans le sillage de ces années plus ou moins grises.

Dimanche dernier, à Akron, Woods, faisant une entorse à ses habitudes, a montré un visage plus humain à la foule en prenant dans ses bras Charlie, son fils de 4 ans, une fois son succès assuré. C’était la première fois que Charlie voyait son père gagner.

Le Tigre a ensuite révélé que ses enfants (il a également une petite fille prénommée Sam) lui posaient toujours la même question au téléphone lors d’un tournoi:

«Est-ce que tu mènes?»

Et quand la réponse était négative, la relance était immédiate:

«Quand est-ce que tu vas commencer à mener?»

Samedi soir, à Oak Hill, ce dialogue aura peut-être encore cours. Il appartiendra alors à Tiger Woods ne nous offrir ce dimanche d’exception qu’il nous doit tout de même un peu...

Yannick Cochennec

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