Copé: la burqa n'est pas une exigence coranique
Quelles solutions pour légiférer sur le sujet?
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Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée Nationale, s'apprête à déposer son projet de loi sur le port de la burqa. Cette proposition de loi qu'il déposera dans les «quinze jours» prévoit que «le port de la burqa serait passible d'une contravention, probablement de 4e classe, c'est-à-dire de 750euros».
Il a déclaré jeudi 7 décembre que sa proposition de loi pour interdire le port du voile intégral «n'avait pas vocation à être débattue avant les régionales», mais visait «à faire bouger les lignes». Dans cette chronique parue en juillet dernier sur Slate, Jean-François exposait sa vision du débat.
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Le port de la burqa ouvre un nouveau rapport de forces avec des extrémistes qui veulent tester la République, en instrumentalisant la religion. Ce n'est pas un problème de laïcité ou de liberté religieuse. C'est un problème politique. D'ailleurs, les premières victimes de cette instrumentalisation par les extrémistes sont nos concitoyens de confession musulmane qui sont nombreux à se plaindre de cette manipulation. Je le vois chaque jour à Meaux.
Pour se convaincre de la nature politique du problème, il suffit de voir l'instrumentalisation de ce débat par des Islamistes radicaux, ceux d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), par exemple. Le leader, Abou Moussab Abdoul Wadoud, aurait porté des menaces contre la France à cause du discours du Président de la République à Versailles le 22 juin dernier, dans lequel il disait «La burqa n'est pas la bienvenue en France.»
La manipulation est d'autant plus grossière quand on sait qu'il y a de nombreux pays musulmans, notamment au Maghreb, où le port de la burqa est malvenu. D'ailleurs, et même si cela importe peu du point de vue du législateur qui n'a pas à se fonder sur des références religieuses pour justifier les normes de la République, le port de la burqa n'est pas une exigence coranique.
C'est en tout cas ce qu'explique un grand nombre de responsables musulmans, notamment Dalil Boubaker, recteur de la grande mosquée de Paris et ancien président du CFCM pour qui «le port de la burqa n'est pas une prescription coranique, mais une coutume imposée arbitrairement par une tendance islamiste extrême». Le refus de la burqa n'est en rien le rejet de l'Islam. La vérité est que le port de la burqa dans l'espace public est une pratique profondément choquante et inacceptable. Elle est blessante pour la dignité de la femme. Même si ce phénomène est ultra-minoritaire, on ne peut pas faire comme s'il n'existait pas.
A nous, responsables politiques, de trouver, au nom de la République, la manière intelligente, moderne et courageuse de répondre à ce problème. Voilà pourquoi, plutôt que de légiférer dans la précipitation sous la pression médiatique, nous avons fait le choix d'une mission d'information à l'Assemblée nationale. Et au sein des députés de la majorité, j'ai lancé un groupe de travail que je vais présider avec l'appui de François Baroin et de Nicole Ameline.
Soyons clairs, cette pratique pose problème: avoir le visage découvert dans l'espace public, c'est une question de sécurité! Hors circonstances climatiques ou manifestations exceptionnelles — type carnaval —, il est normal que l'on ne soit pas masqué dans la rue. Alors qu'on développe des systèmes de vidéosurveillance, qu'on interdit le port de cagoules dans les manifestations, il serait étonnant qu'une partie de la population ne soit jamais reconnaissable. Prenons l'exemple des sorties d'école. Un responsable éducatif peut-il confier un élève dont il a la charge à une personne qu'il ne reconnaît pas?
Ce qui est en jeu, c'est la question de la place des femmes dans notre société. Il nous faut aborder cette question sans tabou. Un des traits de notre civilisation, une des singularités françaises, c'est l'exaltation de l'art de vivre ensemble, hommes et femmes. C'est notamment la thèse que défend Mona Ozouf dans son livre, «Les mots de femmes».
Ce «vivre ensemble» des hommes et des femmes est un héritage de l'histoire, un trait de notre identité. Il ne s'agit pas de s'en enorgueillir. Il ne s'agit pas de donner des leçons de morale aux autres. Mais nous sommes légitimes à le promouvoir et à le défendre quand d'autres conceptions prônent la séparation des sexes. Ma conviction est inébranlable: la France doit rester un pays où les femmes et les hommes sont égaux et peuvent vivre ensemble dans l'espace public. Dans le respect. Sans murs de tissus ou de briques. Sans frontières dans les rues ou dans les têtes! D'ailleurs, le combat pour l'égalité reste toujours d'actualité...
Quelles réponses apporter concrètement? Pour lancer la réflexion, je propose une piste que je soumets au débat. Il s'agirait d'une réponse en deux temps: une loi d'interdiction précédée d'une phase de dialogue, d'explication, d'avertissement.
Est-ce qu'il suffit de voter une loi qui interdit de masquer le visage dans l'espace public pour régler tous les problèmes? Je ne le crois pas. Une norme qui ne serait pas comprise et qui serait perçue comme une brimade n'est pas suffisante. Oui, il faut de la fermeté. Mais il faut aussi aller à la rencontre des femmes qui portent la burqa et de leurs maris. Pour expliquer le sens de la loi. Pour comprendre ce qui s'exprime à travers de telles pratiques. Pour montrer que le refus de la burqa ne vise pas les personnes mais les comportements.
C'est dans cet esprit que j'ai proposé que des adultes-relais jouent ce rôle de rencontre, de médiation. Il y a plusieurs associations de femmes relais qui agissent sur le terrain, particulièrement dans les quartiers où les populations d'origine étrangère sont nombreuses. Leur raison d'être est d'aider les femmes et à travers elles, leurs familles, à devenir autonomes, à s'insérer dans leur ville. Certaines de ces associations ont réagi avec scepticisme à ces propositions. Je crois que cela vaut la peine qu'on en discute à tête reposée. Pour voir ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas. Il existe aussi la possibilité pour des collectivités locales, des offices HLM, des associations d'employer dans les zones urbaines sensibles des jeunes de moins de 30 ans, comme adultes-relais pour faire ce travail de lien social.
Je ne suis pas naïf. Ce n'est pas une solution miracle. Mais cette démarche de dialogue peut avoir un intérêt auprès de certaines femmes qui ont soif d'intégration. L'unité nationale, l'identité, ce n'est pas qu'une incantation. Cela doit aussi passer par des mesures de terrain, qui permettent de briser des murs, de faciliter le dialogue, d'apprendre à se connaître...
Au-delà de la question de la burqa, pratique ultra minoritaire, ce débat nous invite à réfléchir à une question fondamentale pour notre Nation, une question qui concerne chaque Français, quelles que soit son origine et ses convictions: qu'est-ce qui nous rassemble, entre Français, outre le fait d'habiter sur un même territoire? Quels sont les fondements du vivre ensemble dans une société beaucoup moins homogène que par le passé?
A travers ce débat, l'enjeu essentiel est celui de l'identité. Celui de l'unité dans la diversité. Depuis des années, on parle beaucoup de diversité. Et l'on a raison. Il faut progresser pour que la France dirigeante soit davantage à l'image de la population française, dans toute sa diversité. J'ai d'ailleurs fait un certain nombre de propositions très précises en ce sens, avec GénérationFrance.fr, dans tous les domaines: médias, politique, emploi, éducation... et je continue à me battre sur ce terrain.
Mais il ne faut pas oublier l'exigence d'unité. Si l'on parle de diversité sans parler d'unité, on fait fausse route. On oublie ce qui fait le vivre ensemble. Ce qui justifie la solidarité nationale. Ce qui lie nos destins individuels en un destin partagé. Contrairement peut-être à d'autres démocraties libérales, le projet français, ce n'est pas que la liberté, par exemple, celle de s'habiller comme on l'entend. C'est aussi l'égalité et la fraternité! Or il n'y a pas d'égalité quand un homme impose à une femme de vivre recluse et coupée de toute vie sociale. Il n'y a pas de fraternité possible quand certains revendiquent ostensiblement dans la rue leur rejet du moindre contact avec leur semblable.
Est-ce que nous accordons encore un sens à ces valeurs ou doivent-elles rester gravées sur les frontons de nos édifices publics comme de simples vestiges du passé? Cela vaut la peine d'un débat de fond. Avec tous les Français!
Jean-François Copé
(photo: Une femme porte une burqa dans les rues de Kaboul le 4 mars 2009, Reuters/Ahmad Masood)
Mis à jour le 08/01/2010 à 11h17










































Si Dieu existe il devrait être un principe universel, bien au-dessus de nos petites querelles et coutumes quotidiennes produits d’époques et de circonstances particulières.
Chaque religion a, à tour de rôle, enfermé Dieu dans un carcan, pour servir des intérêts bien terrestres. Chacune d’entre elles a eu un prophète (bien humain) venu dire aux hommes que lui seul connaît la vérité, que celle qui était admise jusqu’à sa propre révélation n’était qu’une approximation, voire une erreur, et qu’il est temps d’ouvrir les yeux. La diffusion de ce nouveau message, à travers des textes écrits par des humains, s’accompagne généralement de nouvelles règles de vie, de nouveaux rites et bien souvent de nouvelles haines. En réduisant Dieu à un espace aussi étroit les religions ne sont-elles pas la négation de Dieu ?
Pire, tous les religieux, gourous et autres prédicateurs, pour marquer leur différence ont imposé des comportements qui frisent parfois le ridicule. Il y a ceux qui vous imposent de ne pas vous couper les cheveux ou la barbe, ou au contraire de vous raser le crâne. D’autres vous obligent à faire tourner sans fin des moulins à prière ou à ne manger qu’à des heures bien précises. Certains vous demandent de cacher vos femmes et vos filles sous un voile. Des fanatiques vous assurent que vous devez porter des toques en fourrures polonaises au milieu du désert moyen oriental. Et enfin presque tous veulent contrôler le contenu de vos assiettes et l’intimité de votre chambre à coucher.
Soyons sérieux, si Dieu est le maître de l’univers peut-il être à ce moins minable qu’il doive nous imposer toutes ces tracasseries pour avoir la sensation d’exister ?
Mais ce Dieu que des millions d’hommes et de femmes vénèrent sous des formes variées, n’est que notre propre création. En voulant se libérer de la mort l’Homme a inventé un Etre Suprême qui n’est finalement qu’un petit chefaillon bien narcissique et somme toute assez insignifiant !
Il me semble que vous posez très bien le problème.
Les modalités que vous avez choisies sont bonnes. Je doute que vous arriviez à vos fins sans une loi.
En tous les cas voilà un combat qui, va demander du courage politique, chacun fourbissant déjà des arguments plus ou moins judicieux.
Je vous souhaite bonne chance.
Le président du CFCM est Mohammed Moussaoui. Monsieur Copé devrait mettre ses fiches à jour.
La correction a été effectuée. Merci d'avoir signalé l'erreur.
Vincent Glad
Slate
Comme le dit notre consoeur Marianne, vous me semblez avoir bien posé le problème et vous serez sans doute obligé de passer par la case législation. Cela nous promet de chaudes heures à l'Assemblée.
Le "phénomène" burka est ultra minoritaire. Oui et non. En effet, la burqa voile l'intégralié du corps de la femme mais le niqab n'est guère mieux. L'instit, que vous citez, laissera plus facilement un enfant à une dame dont on ne voit que les yeux ?
Donc, à mon sens, exigence coranique ou pas, vous aurez à traiter et de la burqa et du niqab.
Par extension, c'est à prévoir, se posera dès lors, par démagogie pour certains, par calculs politiques pour d'autres, par gout de la polémique, exigence coranique ou pas, le problème du tchador et du hijab.
Et là Mr Copé nous ne sommes plus dans le registre du phénomène ultra-minoritaire que résoudra une loi de plus. Attention, à vouloir prendre à bras le corps un "petit problème", vous allez soulever un gros lièvre. Votre volonté de "libérer" la femme voilée risque de vous, nous, mener vers des temps nettement moins calmes. Les radicaux et autres extrémistes de tout bord n'attendent que cela.
Alors, malgré toute votre bonne volonté, Mr Copé, méfi !
cordialement,
http://www.slate.fr/story/7803/la-colère-de-legypte-pour-la-«martyre-voilée»
et
http://www.slate.fr/story/7725/un-imam-agressé-après-un-passage-à-la-télé
Voyez, Monsieur Copé, comment votre chronique et mon commentaire ci-dessus sont rattrapés par l'actualité, y compris sur Slate.
Il ne faudrait pas que votre tentative de légiférer sur la burqua et, par force de conséquences sur les autres types de voiles, se transforme en "islamophobie" mal placée. La voie semble toute trouvée pour les extrémistes forcément mal intentionnés !
Cordialement,
Si, avant toute étude, la position de principe suivant est posée - (je recopie) : Ce n'est pas un problème de laïcité ou de liberté religieuse. C'est un problème politique. – à quoi bon mettre en place quelque mission que ce soit ?
Il me semble que pour dé tricoter quelque chose – loi, croyance, coutume, habitude, etc. il serait nécessaire de remonter aux sources, aux origines. Lire en ce sens Germaine Tillon " le harem et les cousins ".
Aussi, en expliquant comment et pourquoi certains en sont arrivés à porter ou faire porter la burqa, le petit peuple d'en bas comprendrait certainement mieux les merveilleuses lumières de la France de tout là haut.
Autre point particulièrement intéressant : - je recopie - Dans le respect. Sans murs de tissus ou de briques. Sans frontières dans les rues ou dans les têtes!
Respect, vous avez dit respect. Mais qu'est-ce respect ? Lorsque j'invite en toute connaissance de cause, des amis bouddhistes, juifs ou musulmans, je dois veiller à leur servir des plats en adéquation avec leurs religions. Mais quand je me trouve face à des personnes dont en toute bonne fois, j'ignorai la religion et qui m'opposent un refus catégorique, parfois cinglant, je me demande où commence le respect, le leur et le mien.
Par correction, je mange ce que l'on me propose quand on m'invite.
Pourquoi pas une réciproque ? Mais là, je suis bien évidement très politiquement incorrect, n'est-ce pas ?
Il y a-t-il une hiérarchie des valeurs ? Des religions ? Et la modération ne serait-elle pas une piste à étudier pour arriver au respect ?
Sachant que ma liberté finit où commence celle des autres et inversement, je m'interroge souvent sur ce sujet. Est-ce que le respect ne serait pas aussi d'adoucir ses positions et de faire un pas vers l'autre. Le respect ne serait-il pas une valeur mutuelle ou à mutualiser ?
Je pense à cette probable anecdote – qui serait survenue à notre Président – lequel aurait bu une vodka pour éviter de froisser M Poutine. En supposant que cette historiette soit vraie, qui aurait vraiment respecté qui ?
Les murs, frontières et autres rigidités dans les têtes qui refusent de changer ne tombent pas facilement. On ne change pas les gens, cela doit venir d'eux et ce n'est pas facile. Mais probablement en commençant dès l'école, alors, peut-être un changement dans les générations futures.
Je suis peut-être naïf mais avant la burqa ou la cagoule dans les manifestations, n'existe-t-il pas une loi qui veut que toute personne dans un espace public puisse être reconnu ? Il s'agit peut-être d'une de ces légendes urbaines qui circulent mais bon, ce serait un principe qui me semble assez républicain.
Les raisons d'un déguisement importent peu en dehors des carnavals (qui ont hélas plus ou moins disparu alors qu'il représentaient une période de catharsis sans doute utile): il s'agit de discours portés sans Raison justement. C'est à dire que lorsqu'on fait les courses avec telle ou telle tenue notre conscience est à nos intérêts du moments: choisir le bon melon, la cuisson du pain. La personne qui porte une bourqa ou une croix en travers de la poitrine revendique un discours tout en étant absente de toute négociation et l'interrompre pour lui parler de religion serait une impolitesse en plus d'un gêne (un discours tenu par les vêtemens peut être subit depuis une certaine distance dans laquelle la discussion raisonnée ne peut hélas pas se tenir, il faut donc commencer par se rapprocher). De plus en interdisant une tenue trop identitaire on protège les personnes qui les portent de se voir aborder à tout bout de champs dans la rue pour des débats théologiques comme ça devrait être le cas si nous n'observions pas tous une distance trop génée vis à vis de toutes ces problématiques.
Peu importe la justification donée à une tenue et la burqa n'est pas plus in problème qu'autre chose.
Mais si il y avait vraiment quelque chose à discuter sur les fondements de la burqa alors il faut le faire en profondeur. Il y a dans le port de la burqa la démonstration de pratiques sexuelles normalement privées, voir intimes. Cette revendication n'est pas autorisée non plus dans un espace public tel que nous le concevons collectivement aujourd'hui. Que je sache la pratique sexuelle est interdite sur la voie publique.
M. Copé j'ai trouvé votre passage chez M. Ardisson le 9/01 sobre et beaucoup moins m'as-tu vu qu'à votre habitude mais cela vient peut-être de la sortie du bouquin vous concernant qui devrait vous aider à vous modérer.
Vos arguments étaient convaincants et mesurés.
Je note également votre maîtrise face à un M. Dumas ,triste sire qui a utilisé la République à des fins personnelles, qui a évoqué Vichy.
M. Ardisson a-t-il des difficultés pour faire venir des hommes de stature, si oui qu'il évite de se rabattre sur le menu fretin politique.