France

Copé: la burqa n'est pas une exigence coranique

Jean-François Copé, mis à jour le 08.01.2010 à 11 h 17

Quelles solutions pour légiférer sur le sujet?

Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée Nationale, s'apprête à déposer son projet de loi sur le port de la burqa. Cette proposition de loi qu'il déposera dans les «quinze jours» prévoit que «le port de la burqa serait passible d'une contravention, probablement de 4e classe, c'est-à-dire de 750euros».

Il a déclaré jeudi 7 décembre que sa proposition de loi pour interdire le port du voile intégral «n'avait pas vocation à être débattue avant les régionales», mais visait «à faire bouger les lignes». Dans cette chronique parue en juillet dernier sur Slate, Jean-François exposait sa vision du débat.

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Le port de la burqa ouvre un nouveau rapport de forces avec des extrémistes qui veulent tester la République, en instrumentalisant la religion. Ce n'est pas un problème de laïcité ou de liberté religieuse. C'est un problème politique. D'ailleurs, les premières victimes de cette instrumentalisation par les extrémistes sont nos concitoyens de confession musulmane qui sont nombreux à se plaindre de cette manipulation. Je le vois chaque jour à Meaux.

Pour se convaincre de la nature politique du problème, il suffit de voir l'instrumentalisation de ce débat par des Islamistes radicaux, ceux d'Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI), par exemple. Le leader, Abou Moussab Abdoul Wadoud, aurait porté des menaces contre la France à cause du discours du Président de la République à Versailles le 22 juin dernier, dans lequel il disait «La burqa n'est pas la bienvenue en France.»

La manipulation est d'autant plus grossière quand on sait qu'il y a de nombreux pays musulmans, notamment au Maghreb, où le port de la burqa est malvenu. D'ailleurs, et même si cela importe peu du point de vue du législateur qui n'a pas à se fonder sur des références religieuses pour justifier les normes de la République, le port de la burqa n'est pas une exigence coranique.

C'est en tout cas ce qu'explique un grand nombre de responsables musulmans, notamment Dalil Boubaker, recteur de la grande mosquée de Paris et ancien président du CFCM pour qui «le port de la burqa n'est pas une prescription coranique, mais une coutume imposée arbitrairement par une tendance islamiste extrême». Le refus de la burqa n'est en rien le rejet de l'Islam. La vérité est que le port de la burqa dans l'espace public est une pratique profondément choquante et inacceptable. Elle est blessante pour la dignité de la femme. Même si ce phénomène est ultra-minoritaire, on ne peut pas faire comme s'il n'existait pas.

A nous, responsables politiques, de trouver, au nom de la République, la manière intelligente, moderne et courageuse de répondre à ce problème. Voilà  pourquoi, plutôt que de légiférer dans la précipitation sous la pression médiatique, nous avons fait le choix d'une mission d'information à l'Assemblée nationale. Et au sein des députés de la majorité, j'ai lancé un groupe de travail que je vais présider avec l'appui de François Baroin et de Nicole Ameline.

Soyons clairs, cette pratique pose problème: avoir le visage découvert dans l'espace public, c'est une question de sécurité! Hors circonstances climatiques ou manifestations exceptionnelles — type carnaval —, il est normal que l'on ne soit pas masqué dans la rue. Alors qu'on développe des systèmes de vidéosurveillance, qu'on interdit le port de cagoules dans les manifestations, il serait étonnant qu'une partie de la population ne soit jamais reconnaissable. Prenons l'exemple des sorties d'école. Un responsable éducatif peut-il confier un élève dont il a la charge à une personne qu'il ne reconnaît pas?

Ce qui est en jeu, c'est la question de la place des femmes dans notre société. Il nous faut aborder cette question sans tabou. Un des traits de notre civilisation, une des singularités françaises, c'est l'exaltation de l'art de vivre ensemble, hommes et femmes. C'est notamment la thèse que défend Mona Ozouf dans son livre, «Les mots de femmes».

Ce «vivre ensemble» des hommes et des femmes est un héritage de l'histoire, un trait de notre identité. Il ne s'agit pas de s'en enorgueillir. Il ne s'agit pas de donner des leçons de morale aux autres. Mais nous sommes légitimes à le promouvoir et à le défendre quand d'autres conceptions prônent la séparation des sexes. Ma conviction est inébranlable: la France doit rester un pays où les femmes et les hommes sont égaux et peuvent vivre ensemble dans l'espace public. Dans le respect. Sans murs de tissus ou de briques. Sans frontières dans les rues ou dans les têtes! D'ailleurs, le combat pour l'égalité reste toujours d'actualité...

Quelles réponses apporter concrètement? Pour lancer la réflexion, je propose une piste que je soumets au débat. Il s'agirait d'une réponse en deux temps: une loi d'interdiction précédée d'une phase de dialogue, d'explication, d'avertissement.

Est-ce qu'il suffit de voter une loi qui interdit de masquer le visage dans l'espace public pour régler tous les problèmes? Je ne le crois pas. Une norme qui ne serait pas comprise et qui serait perçue comme une brimade n'est pas suffisante. Oui, il faut de la fermeté. Mais il faut aussi aller à la rencontre des femmes qui portent la burqa et de leurs maris. Pour expliquer le sens de la loi. Pour comprendre ce qui s'exprime à travers de telles pratiques. Pour montrer que le refus de la burqa ne vise pas les personnes mais les comportements.

C'est dans cet esprit que j'ai proposé que des adultes-relais jouent ce rôle de rencontre, de médiation. Il y a plusieurs associations de femmes relais qui agissent sur le terrain, particulièrement dans les quartiers où les populations d'origine étrangère sont nombreuses. Leur raison d'être est d'aider les femmes et à travers elles, leurs familles, à devenir autonomes, à s'insérer dans leur ville. Certaines de ces associations ont réagi avec scepticisme à ces propositions. Je crois que cela vaut la peine qu'on en discute à tête reposée. Pour voir ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas. Il existe aussi la possibilité pour des collectivités locales, des offices HLM, des associations d'employer dans les zones urbaines sensibles des jeunes de moins de 30 ans, comme adultes-relais pour faire ce travail de lien social.

Je ne suis pas naïf. Ce n'est pas une solution miracle. Mais cette démarche de dialogue peut avoir un intérêt auprès de certaines femmes qui ont soif d'intégration. L'unité nationale, l'identité, ce n'est pas qu'une incantation. Cela doit aussi passer par des mesures de terrain, qui permettent de briser des murs, de faciliter le dialogue, d'apprendre à se connaître...

Au-delà  de la question de la burqa, pratique ultra minoritaire, ce débat nous invite à réfléchir à une question fondamentale pour notre Nation, une question qui concerne chaque Français, quelles que soit son origine et ses convictions: qu'est-ce qui nous rassemble, entre Français, outre le fait d'habiter sur un même territoire? Quels sont les fondements du vivre ensemble dans une société beaucoup moins homogène que par le passé?

A travers ce débat, l'enjeu essentiel est celui de l'identité. Celui de l'unité dans la diversité. Depuis des années, on parle beaucoup de diversité. Et l'on a raison. Il faut progresser pour que la France dirigeante soit davantage à l'image de la population française, dans toute sa diversité. J'ai d'ailleurs fait un certain nombre de propositions très précises en ce sens, avec GénérationFrance.fr, dans tous les domaines: médias, politique, emploi, éducation... et je continue à me battre sur ce terrain.

Mais il ne faut pas oublier l'exigence d'unité. Si l'on parle de diversité sans parler d'unité, on fait fausse route. On oublie ce qui fait le vivre ensemble. Ce qui justifie la solidarité nationale. Ce qui lie nos destins individuels en un destin partagé. Contrairement peut-être à d'autres démocraties libérales, le projet français, ce n'est pas que la liberté, par exemple, celle de s'habiller comme on l'entend. C'est aussi l'égalité et la fraternité! Or il n'y a pas d'égalité quand un homme impose à une femme de vivre recluse et coupée de toute vie sociale. Il n'y a pas de fraternité possible quand certains revendiquent ostensiblement dans la rue leur rejet du moindre contact avec leur semblable.

Est-ce que nous accordons encore un sens à ces valeurs ou doivent-elles rester gravées sur les frontons de nos édifices publics comme de simples vestiges du passé? Cela vaut la peine d'un débat de fond. Avec tous les Français!

Jean-François Copé

(photo: Une femme porte une burqa dans les rues de Kaboul le 4 mars 2009, Reuters/Ahmad Masood)

Jean-François Copé
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