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Les dix programmes informatiques les plus importants de l'histoire

Le programme Hypercard d'Apple.

Le programme Hypercard d'Apple.

C'est une liste personnelle et subjective, mais voici ceux qui ont eu, à mon sens, le plus d'influence dans l'histoire, de SABRE à Minecraft.

La Bibliothèque du Congrès américain devrait-elle établir une liste des programmes informatiques les plus influents de l’histoire comme elle le fait chaque année dans le National Film Registry et le National Recording Registry? Cette idée a été lancée au cours d’une réunion qui s’est récemment tenue à la Bibliothèque du Congrès et portait sur l’idée de préservation, sur le long terme, de logiciels informatiques pour leur signification historique et culturelle.

Par où commencer? Restreindre la liste aux applications et exclure les systèmes d’exploitation? Ne s’attacher qu’aux ordinateurs individuels et domestiques? Et les logiciels internes des entreprises? Et les logiciels embarqués dans votre voiture ou un avion? Et les logiciels qui sont aujourd’hui des services, comme YouTube et Twitter? Et les applis de votre mobile?

Il est clairement impossible de bâtir une liste de 100 programmes, sans même parler d’une liste de 10, qui puisse être adéquate. Mais toute liste peut constituer un point de départ. Voici la mienne, avec tous les partis pris d’un gamin qui a grandi sous Reagan, dans les années 1980 et avec un Apple II. Vous avez une autre liste? Laissez-là dans les commentaires en nous expliquant brièvement vos choix —nous adorerions la connaître.

1. SABRE (IBM, 1964). Descendant direct du programme de surveillance aérienne SAGE, mis au point par l’US Air Force, le programme SABRE permettait de résoudre un problème pour lequel les ordinateurs sont particulièrement adaptés: les réservations de billets d’avion. Historique des réservations, gestion des données en temps réel, système de gestion intégré? SABRE et American Airlines furent les premiers à disposer d’un tel outil.

2. Maze War (1973). Jamais entendu parler de Maze War? C’est le premier jeu de tir en vision subjective (First Person Shooter ou FPS) avec des possibilités de modifier les terrains et des parties en LAN (certes, une version primitive du réseau). Maze War, créé par Steve Colley sur un Imlac PDS-1 au NASA Ames Research Center en Californie, permettait aux joueurs (représentés sur l’écran par de gros globes oculaires flottants) de traquer leurs adversaires à travers un labyrinthe vectoriel. Et de leur tirer dessus.

3. Adventure (1975), également connu sous le nom de Colossal Cave. Tout comme Maze War fut le premier FPS virtuel, Adventure fut le premier programme permettant au joueur d’interpréter un personnage en interaction avec d’autres. Créé à l’origine par Will Crowther sur PDP-10 in 1975 et re-développé environ un an plus tard par Don Woods, Adventure, avec ses énigmes et ses scènes iconiques, constitua pour la plupart d’entre nous la première prise de conscience qu’un ordinateur pouvait être un lieu, un lieu qu’il était possible… d’explorer, comme un donjon. Je me souviens parfaitement de ce petit nain vicieux qui agitait sa hache dans MA direction —et le frisson viscéral qui parcourut mon épine dorsale d’adolescent.

4. VisiCalc (VisiCorp, 1979). La première killer app était un tableur? Et bien oui. Et si vous pensez que c’était juste une feuille de calcul, vous vous plantez complètement. L’idée de VisiCalc était d’imaginer une vie qui serait entièrement quantifiée, enregistrée sur des pages de longueurs et de maillages variés, et entièrement programmables. Prenez-le comme une sorte de fantasme de l’ordre et du contrôle. Après tout, on peut faire beaucoup de choses avec des lignes et des colonnes – même une Matrice.

5. WordStar (MicroPro, 1979). De nombreux logiciels de traitement de texte auraient pu se trouver sur cette liste: HES/FRESS, le bébé d’Andy van Dam et de Ted Nelson chez Brown; Bravo, le programme expérimental de chez Xerox à l’origine du WYSIWIG; EMECS, la pierre de touche du mouvement des logiciels libres; WordPerfect, ou Word, que j’ai déjà baptisé, dans un autre article, le stylo n°2 de l’âge digital. Mais WordStar, conçu pour le système d’exploitation CP/M, a sa place ici, non seulement en tant que premier logiciel domestique de traitement de texte a avoir connu un réel succès commercial, mais également parce qu’il a permis à toute une génération d’auteurs de commencer à écrire sur ordinateur, dont Amy Tam, Michael Chabon, Anne Rice, Ralph Ellison et George R. R. Martin (qui continue de l’utiliser).

6. Hypercard (Apple, 1987).Qu’est-ce que les deux tours Petronas de Kuala Lumpur ont en commun avec l’écriture électronique expérimentale? Elles tournent sous HyperCard, un logiciel qui jusqu’à peu, était présent dans tous les Macintosh. HyperCard a permis au Memex —un système permettant d’organiser des informations associées par le biais de piles de cartes virtuelles au sein de l’ordinateur— imaginé par Vinnevar Bush de devenir réalité. Mais HyperCard était bien plus qu’une métaphore visuelle; il disposait également d’un script ouvert qui permettait à des millions d’utilisateurs de pouvoir le modifier à leur guise. John McDaid, son auteur, l’utilisa pour rédiger un récit multimédia totalement délirant, Uncle Buddy’s Phantom Funhouse. Et oui, c’est vrai: l’éclairage des tours Petronas est manifestement toujours contrôlé par HyperCard.

7. Photoshop (Adobe Systems, 1988). Ce que le traitement de texte a fait pour l’écriture, les logiciels de retouche l’ont fait pour les images. Et si Photoshop ne fut pas le premier logiciel de ce genre, il est entré dans le lexique populaire comme l’expression du scepticisme radical actuel à l’endroit de l’ancien standard de la preuve par l’image: «Attends, c’est forcément photoshopé ce truc!»

8. Lotus Notes (IBM, 1989). Le réseau social avant l’heure. Ce serveur permettait de chatter, de bloguer, de faire du micro-blogging et de créer des forums et servait aussi de boite mail, de calendrier et d’agenda et toutes ces choses qui nous facilitent la tâche de nos jours. Ce n’est sans doute pas le choix le plus sexy pour cette liste, mais il est difficile d’imaginer à quoi ressembleraient les ordinateurs aujourd’hui si Lotus Notes n’avait pas existé.

9. Mosaic (NCSA, 1993). Mosaic est un logiciel de transition, le pont entre Lynx, un navigateur Internet exclusivement tourné vers l’écrit, tel que le World Wide Web était conçu à l’origine, et Netscape Navigator, qui allait dominer le marché des navigateurs au début d’Internet. Mais entre les deux, il y a eu Mosaic, le logiciel créé par un étudiant de l’UIUC, Marc Andreessen. Mosaic fut le premier navigateur Internet graphique. Soudain, tous les liens apparaissaient en bleu; soudain, toutes les pages d’accueil d’Internet avaient un GIF de chat.

10. Minecraft (Mojang, 2009). Vous vous souvenez de la manière dont Douglas Coupland a construit l’intrigue de Microserfs autour d’un kit de modélisation de Lego en 3-D? Et bien le voilà, quinze ans plus tard. Minecraft est la nouvelle version de ce monde entrevu lorsque nous cheminions dans les tunnels et les cavernes d’Adventure, avec un système immersif et interactif. Et social.

Matthew Kirschenbaum
Professeur d'anglais associé à l'université de Maryland

Traduit par Antoine Bourguilleau

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