Monde

Qui sont ces prisonniers qu’Israël pourrait bientôt libérer?

Foreign Policy, mis à jour le 05.08.2013 à 6 h 49

En Israël, ils sont considérés comme des assassins et en Palestine comme des prisonniers politiques.

Manifestation à Jérusalem d'opposants à la libération de prisonniers palestiniens. REUTERS/Ronen Zvulun

Manifestation à Jérusalem d'opposants à la libération de prisonniers palestiniens. REUTERS/Ronen Zvulun

Lorsqu’il a décidé de reprendre les pourparlers de paix avec les Palestiniens, le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a d’abord dû accorder une concession douloureuse: relâcher 104 prisonniers palestiniens détenus par Israël.

Une décision qui a fait voir rouge à de nombreux détracteurs de Netanyahou tant en Israël qu’à l'étranger, car la liste de prisonniers dont il est question, des détenus qui seront relâchés par étapes au fil des négociations, comprend des individus accusés d’avoir perpétré des agressions dévastatrices contre des soldats et des civils israéliens. C’est aussi une question qui touche au cœur les Palestiniens puisque beaucoup d’entre eux considèrent les hommes et les femmes détenus depuis les lointains débuts du conflit israélo-palestiniens comme des prisonniers politiques.

Dans une lettre ouverte à ses concitoyens, Netanyahou décrit l’angoisse qu’il ressent à l’idée de libérer ces prisonniers. «C’est une décision d’une difficulté sans égale; c’est une souffrance pour les familles endeuillées et pour la nation entière, et c’est aussi une grande souffrance pour moi» écrit-il. Pour se faire une idée de la charge émotionnelle de cet échange, jetez un œil à la liste, publiée dimanche 28 juillet par la Société des prisonniers palestiniens, des prisonniers qui devraient être relâchés (le site israélien Ynet rapporte que les autorités israéliennes rendront les noms publics pour permettre des appels auprès de la Cour Suprême du pays, et la liste finale sera peut-être différente; le New York Times et le Washington Post de cette semaine évoquant la libération des prisonniers mentionnent des hommes qui n’ont pas été identifiés par la Société des prisonniers palestiniens). Selon le site du journal Haaretz, les prisonniers identifiés par la Société des prisonniers palestiniens sont impliqués dans la mort de quelque 55 civils et 15 soldats israéliens, d’un touriste français et de dizaines de Palestiniens soupçonnés d’avoir collaboré avec Israël.

Jum'a Ibrahim Juma Adam, détenu depuis 1988

En 1988, Rachel Weiss et ses trois enfants se rendaient en bus à Jérusalem après avoir assisté à une bar-mitsvah à Tibériade. Rachel s’était assise au fond du bus avec ses enfants pour permettre à son mari, rabbin, d’étudier tranquillement à l’avant du véhicule. Quand trois jeunes Palestiniens jetèrent des cocktails Molotov sur le bus, l’un d’entre eux traversa une vitre et atterrit à l’endroit où étaient assis ses enfants. Rachel se jeta en vain sur eux pour les protéger. Tout le monde parvint à sortir du bus, sauf elle et ses enfants. Tous les quatre moururent lors de l’attaque. David Delorosa, un soldat israélien entré dans le bus en feu pour tenter de sauver les passagers piégés à l’intérieur, perdit lui aussi la vie.

Adam était l’un des jeunes qui avaient jeté les bombes incendiaires. Les agresseurs n’étaient pas affiliés à une quelconque organisation terroriste, et l’attentat avait été organisé de façon plus ou moins spontanée au cours d’une partie de cartes. Certains documents laissent penser que Mahmoud Kharbish, un autre des agresseurs, sera lui aussi relâché.

Karim et Maher Younis, détenus depuis 1983

Les cousins Younis, qui se sont retrouvés en prison après avoir kidnappé et tué un jeune soldat israélien appelé Avraham Bromberg, comptent parmi les plus anciens prisonniers arabes en Israël. Les cousins Younis ont pris Bromberg en stop au bord de la route en 1981 avant de lui tirer une balle dans la tête et de le laisser agoniser au bord de la route. Bromberg succomba à ses blessures deux jours plus tard.

Ibrahim, Hassan et Moustafa Ighbariya, et Tawfiz Suliman, détenus depuis 1992

Les frères Ibrahim et Hassan Ighbariya, leur cousin Moustafa Ighbariya et Tawfiz Suliman s’introduisirent dans un camp militaire israélien à la faveur de la nuit et tuèrent sauvagement trois soldats israéliens avec des couteaux, des haches et une fourche. Les quatre hommes, membres du Jihad islamique, tuèrent ces soldats—Yaakov Dubinsky, Yori Farda et Guy Friedman—dans leur sommeil, un crime qui choqua Israël à l’époque à la fois à cause de la brutalité de l’attaque et du fait que les assaillants étaient des citoyens israéliens. Les quatre hommes furent condamnés à trois perpétuités consécutives, plus 15 ans pour d’autres offenses. Le meurtre des trois soldats israéliens est aujourd’hui couramment connu sous le nom de «nuit des fourches.»

Riziq Ali Khader Salah, détenu depuis 1993

Alors qu’il traversait la Vallée de la Croix de Jérusalem en allant au travail un jour de 1993, Menahem Stern, historien de renommée internationale spécialiste de la période du Second Temple, fut poignardé à cinq reprises dans la poitrine par Salah qui aurait perpétré ce crime dans le cadre d’un rite de passage pour être admis au Fatah, une organisation terroriste palestinienne. Salah fut condamné à la prison à vie, et de nouveau pour l’assassinat un mois plus tard d’Eli Amsalem, technicien de la télévision. La police israélienne soupçonne que Salah devait fournir la carte d’identité de la personne qu’il avait tuée; étant donné que Stern n’en portait pas sur lui, il entreprit de tuer également Amsalem.

Elias Groll

Traduit par Bérengère Viennot

Foreign Policy
Foreign Policy (247 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte