Monde

Imaginons des travaux d'intérêt général pour Silvio Berlusconi

Margherita Nasi, mis à jour le 30.07.2013 à 10 h 56

La Cour de cassation italienne doit examiner le recours de l’ancien Président du conseil italien contre sa condamnation dans l'affaire Mediaset. Il risque de la prison mais en cas de confirmation, il ne purgera pas sans doute sa peine derrière les barreaux.

A l'Assemblée nationale italienne, en avril  2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

A l'Assemblée nationale italienne, en avril 2013. REUTERS/Alessandro Bianchi

Après vingt ans de combats acharnés, la justice italienne pourrait marquer son premier point contre Silvio Berlusconi. Mardi 30 juillet, la Cour de cassation italienne doit examiner le recours de l’ancien président du Conseil italien contre sa condamnation dans l'affaire Mediaset. Lors d’un premier jugement, Silvio Berlusoni a été condamné à quatre ans de prison et cinq d'interdiction d'exercer une fonction publique. Si la Cour de cassation confirme ce jugement, le Cavaliere ira-t-il en prison? Rien de moins sûr. Cette peine a déjà été réduite à un an en vertu d’une loi d’amnistie –le véritable enjeu de la décision de mardi porte sur l’interdiction d’exercer un mandat public.

En raison de son âge, 76 ans, Silvio Berlusconi pourrait passer à côté de la case prison et bénéficier de la possibilité pour les personnes âgées d’exécuter leurs peines en résidence surveillée. Voire de devoir faire des travaux d’intérêt général. Cette perspective ne semble pas l’enchanter: «Je n’irai pas en exil, comme a dû le faire Bettino Craxi. Je n’accepterai pas non plus de faire des travaux d’intérêt général, comme un criminel qui doit être rééduqué», a affirmé l’ancien chef du gouvernement au quotidien Libero.

Sur ce point, on peut lui donner raison: comment rééduquer cet accro à la corruption, aux abus de pouvoir, au financement illicite et à la diffamation? Nous avons imaginé quels travaux d’intérêt général pourrait faire le Cavaliere, en fonction de ses différents procès.

Pour les affaires Mediaset (fraude fiscale, faux en bilan), Macherio, Medusa, Telecinco, Fininvest

CE QU'ON LUI REPROCHE C’est une affaire qui concerne un des piliers de l’empire Berlusconi, le groupe Mediaset. Silvio Berlusconi est accusé d’avoir gonflé le prix d’achat de droits de diffusion de films américains lors de leur revente à Mediaset, via deux sociétés écrans lui appartenant. But du jeu: constituer des caisses noires à l’étranger et réduire ses bénéfices en Italie pour payer moins d’impôts. Manque à gagner pour le fisc italien: près de 7 millions d’euros.

Fraude fiscale et faux en bilan sont des termes qui reviennent régulièrement dans l’historique des procès de Silvio Berlusconi. On peut citer le procès Macherio, du nom de sa villa au nord de Milan. Le Cavaliere a été accusé de détournement de fonds, de fraude fiscale et de faux en écriture lors de l'acquisition de terrains de Macherio.

Ou encore l’affaire Medusa. Carlo Bernasconi, président de Rete Italia, un des holdings de Berlusconi, était accusé d'avoir surévalué le prix d'achat de la société de production cinématographique Medusa. L’argent en surplus aurait été déposé sur des comptes appartenant à Berlusconi.

Sans parler de l’affaire Telecinco, dans laquelle Silvio Berlusconi était accusé d'avoir fraudé le fisc espagnol à hauteur de 108 millions d'euros et d'avoir contourné les lois antitrust en détenant la moitié de la chaîne de télévision espagnole Telecinco.

Il y a enfin l’affaire Fininvest 2, dans laquelle Berlusconi était accusé d’avoir monté une caisse noire de 750 millions d’euros appartenant à Fininvest dans 65 compagnies basées dans des paradis fiscaux.

QUEL TIG POURRAIT-IL FAIRE? Comment corriger le penchant pour l’évasion fiscale de celui qui se sent «moralement autorisé à frauder le fisc»? Silvo Berlusconi pourrait effectuer ses travaux d’intérêt général auprès de la Guardia di Finanza (la police douanière et financière italienne). L’organisme a besoin de bras en ce moment: le président du Conseil, Enrico Letta, a promis de mener une lutte sans merci contre la fraude fiscale, qui coûte chaque année près de 120 milliards d'euros à l’Italie.

Bonne nouvelle pour Silvio Berlusconi, Letta compte utiliser l’argent récupéré pour alléger la bête noire du Cavaliere: les impôts. Et si Berlusconi finit par se convaincre de l’utilité de la lutte à l’évasion fiscale, il pourrait à terme prêter main forte en révélant des précieuses informations à l’ICIJ, le consortium de journalistes d’investigation américains à l’origine d’Offshore Leaks.

Rubygate (prostitution sur mineure)

CE QU'ON LUI REPROCHE Silvio Berlusconi est condamné en première instance à 7 ans de prison pour prostitution sur mineure et abus de pouvoir. Une peine assortie de l’interdiction à vie d’exercer un mandat public. Le cavaliere est accusé d’avoir incité à la prostitution Karima El Mahroug, dite Ruby, jeune marocaine âgée de 17 ans à l'époque des faits. Il aurait payé de nombreuses autres jeunes femmes pour participer à des soirées privées. Il aurait aussi abusé de sa position de chef d’Etat en ordonnant la remise en liberté de la jeune Marocaine, faussement présentée comme la nièce de Hosni Moubarak.

QUEL TIG POURRAIT-IL FAIRE? Misogyne et machiste, cet amateur des soirées bunga bunga pourrait passer quelque temps dans un centre d’accueil pour femmes maltraitées. Il ne manquerait certainement pas de travail: en Italie, une femme est tuée tous les deux jours et demi. 6,7 millions de femmes âgées entre 16 ans et 70 ans ont été victimes d’abus physiques ou sexuels et près d’un million a été victime de viol ou de tentative de viol.

Les affaires De Gregorio, Telepiù, Mondadori, Fininvest, SME, Mills, Saccà

CE QU'ON LUI REPROCHE La coalition de gauche menée par Romano Prodi remporte de justesse les élections législatives de 2006. Au Sénat, la majorité se joue d’un cheveu. Peu de temps après les élections, un sénateur de la coalition Prodi, Sergio De Gregorio, passe dans le camp de Berlusconi. Un changement qui contribuera à la chute du gouvernement Prodi. Berlusconi est accusé d’avoir acheté De Gregorio pour 3 millions d’euros. La prochaine audience aura lieu en septembre 2013.

Ce n’est pas la première fois que l’ancien chef du gouvernement est accusé de corruption. C’est peut-être même l’accusation qui a le plus rythmé la vie judiciaire de Silvio Berlusconi.

Dans l’affaire Telepiù, le magnat des médias a été accusé de payer des pots-de-vin à des hauts fonctionnaires du ministère des finances italien. But: abaisser la TVA sur la télévision par abonnement. L'affaire a été classée sans suite.

Berlusconi a aussi été accusé d’avoir donné des pots-de-vin à un juge pour qu’il tranche en sa faveur lors d'un jugement concernant le rachat de la maison d'édition Mondadori. Le juge a été condamné, Berlusconi a lui bénéficié d’un abandon des poursuites. Même si Fininvest, sa société d'investissement, a dû payer 560 millions d'euros en dommages et intérêts à son concurrent CIR.

Une affaire de corruption concerne également les officiers de la police financière, que Berlusconi est soupçonné d’avoir payés entre 1989 et 1994. Toutes les charges contre lui ont été abandonnées en cassation, pour insuffisance de preuves.

On peut également citer l’affaire SME: Silvio Berlusconi aurait payé un juge pour bloquer le rachat du groupe SME (agro-alimentaire) par un autre groupe (CIR). Au cours du procès, la majorité de Berlusconi a voté l’immunité du président du Conseil, loi déclarée par la suite inconstitutionnelle. Le procès a repris et Berlusconi a été acquitté.

Viennent enfin l’affaire Mills et l’affaire Saccà. Dans le premier cas, Berlusconi était soupçonné d'avoir payé son ex-avocat David Mills pour qu'il présente des faux témoignages. Le Cavaliere a bénéficié d’abord de l’immunité, ensuite de la prescription. L’affaire Saccà concerne l’ancien directeur général de la RAI Agostino Saccà, que le Cavaliere aurait corrompu pour gagner les faveurs d’un sénateur de gauche. But du jeu: faire tomber le gouvernement Prodi, majoritaire avec un seul parlementaire d'avance. L’affaire a été classée.

QUEL TIG POURRAIT-IL FAIRE? Un séjour à Strasbourg, auprès du GRECO, le groupe d'Etats contre la corruption, un organe du Conseil de l’Europe qui vise à améliorer la capacité des Etats membres à lutter contre la corruption.

Bonus: le Cavaliere, qui visiblement a la lubie des lois inconstitutionnelles, pourrait travailler au développement du portail du droit constitutionnel italien.

Complicité avec la mafia

CE QU'ON LUI REPROCHE Dans deux cas, Silvio Berlusconi a été accusé de complicité avec la mafia.

Il y a d’abord les vagues d’attentats commis par la mafia au début des années 1990, qui ont notamment causé la mort de Falcone et Borsellino. Le Cavaliere est soupçonné d'être impliqué dans ces attentats. L'affaire a été classée sans suite.

Il y a ensuite l’affaire Dell’Utri, qui concerne des relations et des sommes d’argents versées par le cavaliere et le sénateur Marcello Dell'Utri à la mafia dans les années 1970. Silvio Berlusconi a été acquitté. Dell'Utri, lui, a été condamné à neuf ans de prison mais la Cour de cassation a fini par annuler ce jugement.

QUEL TIG POURRAIT-IL FAIRE? Silvio Berlusconi aurait pu, dans le cas d’une condamnation, travailler auprès d’une des nombreuses associations luttant contre la criminalité organisée en Italie. Le timing étant propice aux vacances, nous suggèrons l’association Libera. Associazioni, nomi e numeri contro le mafie, qui propose des séjours d’été dans des camps de volontariat et de formation qui se situent sur les terres confisquées à la mafia.

Abus de biens sociaux

CE QU'ON LUI REPROCHE Berlusconi a été accusé d'avoir utilisé un avion de la flotte gouvernementale àdes fins personnelles: se rendre avec des amis à une fête dans sa maison de campagne en Sardaigne. L'affaire a été classée sans suite.

QUEL TIG POURRAIT-IL FAIRE? Le Cavaliere peut, au choix:

  • mettre ses talents de chanteur au service du personnel de la flotte gouvernementale italienne, en travaillant comme stewart. Son goût pour le chant pourrait faire merveille.
  • participer au rassemblement des données du portail du gouvernement italien. Une rubrique en particulier fait appel aux citoyens pour qu’ils donnent des conseils afin de réduire les dépenses de l’administration publique.

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