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Le grand emprunt n'aura pas lieu

Gérard Horny, mis à jour le 07.07.2009 à 19 h 16

Avec l'annonce du grand emprunt, le président de la République a obtenu l'effet souhaité. Alors, est-il vraiment utile de le lancer?

Qu'a-t-on retenu du discours du président de la République devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles? Que le chef de l'Etat, renouant avec l'esprit de la Résistance, voulait mobiliser les Français pour préparer l'avenir, un grand emprunt devant financer les priorités nationales définies en accord avec le Parlement et les partenaires sociaux.

L'idée est excellente: que peut-on imaginer de mieux en période de crise économique que de détourner l'attention des problèmes du présent pour focaliser les regards sur les projets d'avenir? Quoi de plus habile que de bousculer une opposition déjà bien affaiblie en reprenant ses idées: mobiliser l'épargne pour stimuler l'économie par la dépense publique? On complète le tableau en faisant entrer au gouvernement un ministre portant un nom hautement symbolique pour le peuple de gauche, on accorde un grand entretien à l'hebdomadaire de l'intelligentsia socialiste et le tour est joué. L'ex-président de l'UMP devient le président de tous les Français, celui qui porte au plus haut le «modèle républicain».

Ennemi commun

En face, toutes les critiques sur l'intérêt de lancer un grand emprunt tombent dans le débat technique, qui passionne peu le grand public et ne laisse guère de traces dans l'opinion. Pourtant, dès aujourd'hui, on peut et on doit se poser la question: le grand emprunt annoncé aussi solennellement a-t-il une chance d'être réellement lancé? On peut en douter.

Un grand emprunt national visant à mobiliser la nation peut désigner un ennemi commun. Cela a été longtemps le cas en France quand il s'agissait de financer l'effort de guerre. Nous ne sommes pas dans ce schéma. Il peut répondre à la nécessité de trouver des capitaux qu'il n'est pas possible d'attirer autrement. Nous ne sommes pas non plus dans ce cas de figure. Les emprunts lancés par l'Agence France Trésor trouvent toujours preneurs, à des conditions qui ne sont guère éloignées de celles de l'Allemagne, la référence dans la zone euro. Un grand emprunt public peut aussi se justifier par le souci de retirer de l'argent du circuit de la consommation pour le faire revenir dans celui de l'épargne: la préoccupation actuelle est exactement contraire.

L'économiste Patrick Artus s'est essayé à mesurer les conséquences d'un grand emprunt de 100 milliards d'euros, pour reprendre un chiffre qui a circulé. Sachant que l'épargne financière des ménages français est estimée à 120 milliards annuellement, on voit l'impact d'une telle opération. Ou l'emprunt a pour effet de faire remonter le taux d'épargne financière et la consommation risque de souffrir, ou il draine les capitaux allant sur d'autres placements, notamment l'assurance-vie, largement investie en emprunts d'Etat, ce qui pourrait faire monter un peu les taux auxquels le Trésor se finance sur les marchés (ce qui n'est pas non plus le but du jeu).

Pourquoi une telle date de lancement

La mobilisation autour d'un emprunt public peut aussi avoir une motivation très politique: montrer au pays qu'on prend l'argent là où il est. C'était le cas de l'emprunt Mauroy de 1983, réalisé au taux de 10% alors que l'inflation était à 9,6% et obligatoire pour tous les contribuables payant plus de 5.000 francs d'impôt sur le revenu ou la fortune. Ce schéma a été clairement écarté: l'opération vise à séduire des électeurs de l'opposition sans déplaire à ceux de la majorité.

Un autre élément important dans un souci de mobilisation est la rapidité du passage à l'action. Là on nous dit que ce ne sera pas avant le début de 2010. On nous dit aussi que ce ne sera pas pour financer un deuxième plan de relance. Mais s'il s'agit simplement de financer des priorités nationales (ce qui est normalement l'objectif de tout emprunt), on ne comprend pas pourquoi il faudrait six mois pour les définir. Cela voudrait-il dire que l'équipe au pouvoir depuis deux ans n'a pas encore réfléchi à ce qu'elle voulait faire? C'est plutôt inquiétant.

Mais le président de la République lui-même indique ce qui a des chances de se produire. Reprenons son discours: «Quant à l'emprunt, son montant et ses modalité seront arrêtés une fois que nous aurons fixé ensemble les priorités. Nous le ferons soit auprès des Français, soit sur les marchés financiers». Tout est dit: d'ores et déjà, le pouvoir se réserve la possibilité de ne pas lancer de grand emprunt auprès des Français et de continuer à se financer sur les marchés, comme avant. En attendant, nous aurons assisté à un exercice de communication de grande qualité. L'emprunt peut bien faire pschitt, cela n'a aucune importance: l'idée seule a servi, il n'est pas nécessaire de passer à la réalisation.

Gérard Horny

Crédit photo:  Reuters

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