Life

Rendez-moi mon iPhone, Android c'est tout pourri

Farhad Manjoo, mis à jour le 08.08.2013 à 12 h 07

Android est un merveilleux système d'exploitation. Mais la plupart des téléphones Android sont vraiment trop merdiques.

androids and friends / fsse8info via Flickr CC Licence By

androids and friends / fsse8info via Flickr CC Licence By

Il y a six ans de cela, Google se lançait dans le secteur des smartphones, alors en pleine croissance, d'une manière bien peu conventionnelle. Au lieu de fabriquer ses propres machines, comme ce que commençait à faire Apple, l'entreprise décida de ne concevoir qu'un demi téléphone, soit uniquement le logiciel sous lequel tournait l'appareil, et pas l'appareil en lui-même. Google choisit d'offrir son système d'exploitation gratuitement aux fabricants de téléphones, et de les laisser modifier l'OS comme bon leur semblait.

A long-terme, pensait Google, le plan allait se révéler doublement payant. Premièrement, l'entreprise estimait qu'avec un OS gratuit, les fabricants de téléphones allaient être incités à concevoir de meilleurs smartphones, et avec de meilleurs appareils, les gens allaient passer plus de temps sur Internet. Et davantage de temps sur Internet, c'était davantage d'occasions d'utiliser les services Google et de voir les pubs Google –jackpot!

Android relevait aussi d'un avantage stratégique: si les fabricants de téléphones adoptaient l'OS de Google, l'influence de l'entreprise sur les appareils et leurs usagers était garantie. Sans Android, les clients Google auraient utilisé des appareils contrôlés par Apple, Microsoft, Nokia ou RIM, qui avaient tout intérêt à limiter la portée de Google. Avec Android, Google contrôlait son propre destin.

La plupart des smartphones Android sont merdiques

La stratégie a fonctionné à merveille. Android est devenu aujourd'hui l'OS mobile le plus populaire au monde. Avec Android, on ne sait pas vraiment si Google se fait tant d'argent que ça directement –mais selon certaines estimations, Google tire autant de revenus publicitaires sur les appareils Apple que sur les Android. De même, grâce à Android, il va sans dire que les prix des smartphones ont baissé à travers le monde, ce qui ne peut qu'être une bonne chose pour les affaires de Google. Difficile donc de voir en Android autre chose qu'un retentissant succès. 

Enfin, mis à part un petit détail: la plupart des téléphones Android sont totalement merdiques. Dans mes bonnes résolutions pour 2013, j'avais promis d'échanger mon iPhone 5 adoré contre un appareil Android à un moment de l'année. La logique, c'était qu'en tant que journaliste technologique, je me devais de passer davantage de temps sur le système d'exploitation le plus populaire au monde. Par le passé, les fabricants et les opérateurs m'avaient souvent envoyé des téléphones Android pour que je les teste, mais la plupart du temps, l'expérience n'allait pas très loin: j'ouvrais la boîte, allumais l'appareil, m'énervais avec leurs mauvais claviers, leurs médiocres écrans tactiles ou leurs décevants logiciels et je les renvoyais immédiatement.

Cela n'a rien d'étonnant: la plupart des téléphones Android sont très bon marché, et leur qualité est proportionnelle à leur prix. Mais ces derniers mois, j'ai testé deux des appareils Android les plus chers et les plus perfectionnés du marché, le Samsung Galaxy S4 et l'HTC One.

En vérité, mon test a même été un peu plus poussé que ça, car j'ai utilisé deux versions de chaque: l'appareil standard, que vous obtenez pour 199$ avec un engagement de deux ans auprès de votre opérateur, et le «Google Play Edition» qui, au prix fort, ne contient que les logiciels essentiels. (599$ pour l'HTC —en France, vendu 545 euros— et 649$ pour le S4 —en France, 509 euros). J'ai jonglé entre ces quatre appareils, utilisant l'un ou l'autre comme téléphone principal. Sauf sur la courte période de test du nouvel iOS, mon iPhone n'a pas été chargé pendant des semaines, le pauvre chou.

Globalement, j'ai connu le pire et le meilleur d'Android –et j'ai vu, de très près, quel est son problème fondamental. En résumé, Google fait un très bon système d'exploitation. Certains fabricants conçoivent des appareils Android puissants et séduisants. Ces téléphones ont tout pour être de merveilleuses machines, aussi formidables que le téléphone phare d'Apple. Mais ensuite, au dernier moment, les fabricants et les opérateurs s'allient pour échouer aux portes de la victoire. Ils ruinent le potentiel des téléphones avec des fonctionnalités et des applications inutiles diminuant la durée de vie de leur batterie, enlaidissant leurs écrans d'accueil et rendant super chiant tout ce que vous voulez faire avec. 

Des téléphones bourrés de logiciels ajoutés en cours de route

C'est l'un des principaux avantages des appareils Apple sur les Android. Quand vous achetez un iPhone, il fonctionne exactement comme ce qu'a prévu Apple: il n'est jamais frelaté par des «fonctionnalités» que la compagnie n'approuve pas. Quand vous achetez un téléphone Android, même un super, vous n'obtenez jamais l'appareil que les ingénieurs Google avaient en tête au moment de concevoir leur OS. Vous n'obtenez pas non plus l'appareil que voulaient les fabricants –Samsung ou HTC pour le cas qui nous intéresse. Non, vous tombez sur une version bâtarde, un téléphone bourré de logiciels ajoutés en cours de route par de nombreux acteurs, et de manière aussi godiche que vénale.

Ce que j'ai tout de suite compris en allumant mes HTC One et Galaxy S4, sous abonnement Sprint. Quand vous allumez un iPhone pour la première fois, vous devez passer par quelques étapes pour pouvoir l'utiliser: vous choisissez votre langue, ajoutez un réseau Wi-Fi puis vous vous connectez à votre compte Apple. Idem avec les versions Google Play du One et du S4 –quelques configurations et c'est bon. Mais ce n'est pas le cas des versions opérateurs. J'ai dû passer une demi douzaine d'écrans.

J'ai été poussé à me connecter à plusieurs réseaux sociaux. J'ai dû créer un compte sur HTC et Samsung. Ensuite, quand je pensais pouvoir enfin me servir de mon téléphone, l'écran m'a averti que Sprint voulait encore installer son propre logiciel. Rebelote pour cinq bonnes minutes et, enfin, mon téléphone était prêt à l'emploi –mais en naviguant dans les menus, j'ai trouvé une palanquée de logiciels dont je n'avais absolument pas besoin, comme des applications Yahoo, Amazon, NBA, un logiciel Sprint pour regarder la télé et un autre pour l'annuaire. Pourquoi ces applications-là précisément? Pas parce que Sprint estime qu'elles vous seront utiles, mais parce que l'entreprise touche de l'argent dessus. Félicitations, vous avez un nouveau téléphone! –regardez maintenant toutes ces pubs.

Ces applications pré-installées ne posent pas un énorme problème, me direz-vous. Les PC sont aussi livrés avec tout un tas de crapwares, c'est pareil avec les téléphones, et ce n'est pas très compliqué de supprimer ces parasites. Mais ce n'est pas normal d'avoir à enlever des trucs pour que votre téléphone ressemble à ce que vous voulez qu'il soit. De plus, je soupçonne que bon nombre d'utilisateurs  ne savent pas comment supprimer ces applications, alors ils les gardent et elles encombrent les écrans d'accueil. 

L'interface conviviale de Google saccagée par les opérateurs

Mais le pire avec Android, ce n'est pas les crapwares. Non, le pire, ce sont les «skins» –les modifications que les fabricants ajoutent sur les fonctionnalités de base d'Android, comme le clavier du téléphone, les applications carnet d'adresse, courriel, calendrier, les notifications et l'apparence de l'écran d'accueil. Avec les appareils Google Play, vous verrez les versions natives de ces applications et le sens de l'esthétique, de l'utilité et de la sobriété de Google n'en finira plus de vous émerveiller. Mais si, comme la plupart des gens, vous achetez votre téléphone auprès d'un opérateur et pour 199$, alors vous n'aurez que l'effet d'un odieux bazar. 

Chez Google, par exemple, le clavier du téléphone est une palette minimaliste, avec de gros chiffres, bien lisibles, en sans-serif. Chez Samsung, c'est un ensemble criard de couleurs, d'ombres et de lignes. Ce qui est non seulement hideux, mais surtout bien moins fonctionnel. Du côté des contacts, Google vous affiche intelligemment les noms et les numéros; il vous suffit de les toucher pour les appeler. Chez Samsung, vous devez d'abord taper le nom de votre contact, ce qui vous affiche un nouvel écran, sur lequel vous avez encore à taper pour passer votre appel. De plus, si vous cliquez sur un numéro dans votre journal d'appels, Samsung ne fait pas le truc qui va de soi, à savoir appeler ce numéro –non, il vous montre un nouvel écran et pour appeler le numéro, vous devez taper sur une icône verte, ce qui n'a rien d'immédiatement évident.

Ce genre de nuisances sont très nombreuses et montrent combien Samsung ou HTC ont pris l'interface très conviviale de Google pour la saccager sans raison véritable. La somme de ces petits désagréments rend l'utilisation de ces téléphones excessivement énervante. Dans la plupart des cas, vous pouvez résoudre le problème: vous pouvez remplacer les applications Samsung ou HTC avec les versions Google, vous pouvez virer l'inutile de votre écran d'accueil, vous pouvez désactiver les fonctionnalités tape-à-l’œil et futiles (comme le très accessoire système de suivi oculaire du Galaxy S4).

Mais c'est bien trop de tracasseries pour les gens voulant simplement un téléphone qui marche dès sa sortie de la boîte. Si c'est ce genre de téléphone que vous voulez, deux choix s'offrent à vous. Vous pouvez payer le prix fort pour un appareil Android en version Google Play. (Je choisirais l'HTC One, que je trouve plus beau que le Galaxy S4). Ou vous pouvez acheter un iPhone.

Parce que mon contrat téléphonique me permet de changer d'appareil, je n'ai pas envie de payer un Google Play plein pot. Alors au diable les bonnes résolutions, je reste chez Apple.

Farhad Manjoo

Traduit par Peggy Sastre

Farhad Manjoo
Farhad Manjoo (191 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte