Sports

Plongeon de haut vol: l'important c'est pas la chute, mais l'atterrissage

Yannick Cochennec, mis à jour le 27.07.2013 à 9 h 21

Les 15e championnats du monde de natation, qui se déroulent à Barcelone, innovent avec, pour la première fois, une compétition de «high dive» (plongeon extrême) inscrite au programme.

Une épreuve du Red Bull Cliff Diving World Series au lac de Vouliagmeni, près d'Athènes, le 22 mai 2011

Une épreuve du Red Bull Cliff Diving World Series au lac de Vouliagmeni, près d'Athènes, le 22 mai 2011

La marque autrichienne Red Bull, qui a fait du sport l’un de ses vecteurs de communication privilégiés pour dynamiser la vente de ses boissons énergétiques, commence à infuser le paysage sportif en profondeur. Après la Formule 1 qu’elle domine depuis quatre ans grâce notamment à Sebastian Vettel, champion du monde à trois reprises et bien parti pour l’être une quatrième fois, Red Bull a forcé la main, en quelque sorte, à la Fédération internationale de natation qui a fini par inscrire -grande première- le plongeon de haut vol («high diving» en anglais) au programme des 15e championnats du monde de natation qui se déroulent actuellement à Barcelone.

Depuis 2009, Red Bull, qui s’est inspirée d’une tradition hawaïenne remontant à la fin du 18e siècle du côté du rocher de Kahekili, organise un circuit de compétitions baptisé le Red Bull Cliff Diving World Series du haut de plongeoirs perchés à plus de 25m entre falaises et décors urbains. En 2013, ce circuit est composé de huit étapes et s’est ouvert pour la première fois aux femmes par le biais d’une compétition en Italie à la mi-juillet.

Ces épreuves sont toutes organisées dans des lieux spectaculaires comme à La Rochelle qui inaugure, presque chaque année, en mai, la saison dans le port de la ville charentaise avec un plongeoir installé sur la Tour Saint-Nicolas. En août, les plongeurs sauteront depuis l’institut d’art contemporain de Boston et se retrouveront, en octobre, dans le paysage très naturel et paradisiaque de la province de Krabi, en Thaïlande.

27m pour les hommes, 20m pour les femmes

Pour la première fois, donc, en marge de ce circuit, une compétition de pongeon de haut vol a été mise à l’agenda des mondiaux de natation en raison du succès rencontré par la discipline. Le port de Barcelone en est le très bel écrin.

Les hommes s’élanceront depuis un plongeoir situé à 27m de hauteur (la norme mondiale) quand les femmes se contenteront d’une plate-forme de 20m. Les autres mondiaux de plongeon, organisés, eux, dans le cadre de la piscine olympique de Barcelone, sont limités aux hauteurs classiques: 1m, 3m et 10m.

Dans le port de Barcelone, le mondial masculin sera étalé sur deux journées, les 29 et 31 juillet, avec deux sauts le premier jour et trois le deuxième (soit un de plus que sur le circuit Red Bull). Le mondial féminin est, lui, réduit à une journée (le 30) avec un total de trois sauts. Sept juges notent les figures en fonction de coefficients de difficulté (les deux notes les plus élevées et les deux notes les plus basses du jury sont éliminées à chaque fois).

Une chute de 13m sur du béton

Comme chacun a déjà pu en faire l’expérience en sautant dans une piscine ou depuis un rocher dans la mer, faire un «plat» fait mal. Pour un saut à 3m, le corps rentre dans l’eau à environ 24 km/h. A 6m, la vitesse passe à 40 km/h,  et une mauvaise réception à cette hauteur peut déjà entraîner  une compression de la moelle épinière, des os fracturés ou des commotions cérébrales.

Les plongeurs de haut vol passent en l’espace de trois secondes, durée d’un plongeon depuis la hauteur de 27m (qui correspond à un immeuble de huit étages), de 0 à, en moyenne, 85km/h au moment de l’entrée dans l’eau. Selon Red Bull, un «plat» dans ces conditions équivaudrait à une chute de 13m sur une plaque de béton.

A cette vitesse, même une erreur infime peut avoir des conséquences. En mai dernier lors de l’épreuve de La Rochelle, l'Ukrainien Anatoliy Shabotenko a subi un KO pour être rentré dans l’eau avec le torse très légèrement en arrière.

A l’impact, qui est neuf fois plus violent que pour un saut de 10 mètres, un plongeur de 70kg sur la balance de sa salle de bains pèserait 350kg. Précision importante: pour ne pas trop défier le danger, l’entrée dans l’eau doit se faire impérativement et exclusivement par les pieds, à l’inverse des plongeons en piscines traditionnelles où elle se fait par la tête.

Sécurité drastique

Pour l’organisation d’un tel événement, des normes de sécurité draconiennes sont requises, à commencer par un minimum de six mètres de profondeur. Les organiseurs de l’étape des World Series de La Rochelle, expliquent:

«Trois hommes-grenouilles assurent la sécurité des plongeurs lors de leur entrée dans l’eau. Sont également présents, un coordinateur SNSM (Société Nationale des Sauveteurs en Mer) en jet ski et deux bateaux de sécurité équipés d’un médecin urgentiste chacun ainsi que de deux autres personnes du corps médical. Ils prennent le relais s’il y a besoin de stabiliser l’athlète et de le transporter vers le poste de secours le plus proche. Un poste de secours au sol est mis également à disposition en cas de mauvais impact. Le médecin prend alors la décision si nécessaire de transporter l’athlète vers l’hôpital le plus proche

Si les accidents sont très rares, ils font partie, néanmoins, de la vie des plongeurs. En 2011, lors d’un rendez-vous des World Series à Athènes, l’Alsacien Hassan Mouti, qui a commencé le plongeon en piscine avant de se lancer dans le plongeon de haut vol, s’était blessé grièvement en retombant sur le flanc. Conséquences de ce gadin: hématome pulmonaire avec arrachement de la plèvre, rotule et épaule en vrac.

«J’étais cassé physiquement et mentalement et il m’a fallu une année et demie pour revenir sur un plongeoir, raconte-t-il. Ce n’est pas tant la guérison du corps qui a pris du temps, mais celle de la tête car une sorte de peur s’était à nouveau installée. On ne ressaute pas impunément après un tel accident. Mais être capable de le refaire a correspondu à une véritable extase

Hassan Mouti, âgé de 33 ans, devait représenter l’équipe de France à Barcelone aux côtés de Cyrille Oumedjkane, mais il s’est cassé le talon gauche lors d’un accident survenu en dehors de sa pratique de plongeur. Opéré ces jours-ci à Strasbourg, il sait déjà qu’il ne pourra plus plonger avant cinq ou six mois.

«A partir du moment où vous gardez une forme physique très dynamique nécessaire pour ce type de discipline, vous pouvez sauter au plus haut niveau jusqu’à 40-45 ans», indique-t-il avec optimisme. A bientôt 39 ans, le Colombien Orlando Duque, icône de la discipline, fait partie des favoris de ces championnats du monde de Barcelone.

Yannick Cochennec 

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Journaliste
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