Life

Cher bébé royal, abdique tant qu'il en est encore temps

Hanna Rosin, mis à jour le 23.07.2013 à 18 h 35

Grandir en tant qu’héritier du trône n’est pas une sinécure.

La reine Elizabeth, le 22 juin 2013.REUTERS/stringer

La reine Elizabeth, le 22 juin 2013.REUTERS/stringer

Alors tu es un garçon!! Les photographes sont sans aucun doute en train de soudoyer tes parents pour avoir le privilège d’être les premiers à caler leurs zooms entre les barreaux de ton lit. Tu n’as que quelques heures de vie et déjà tu es plus célèbre que tes rivaux Suri, Blue Ivy et North West.

La vie te semble plus douce que le lait maternel, plus veloutée que ce kangourou en peluche que t'a tricoté l'ancienne Première ministre australienne. Et cela va durer jusqu’à, disons, ton 8e ou 9e anniversaire, en fonction de ta précocité, lorsque tu prendras conscience de la plaie royale que représente l’enfance quand on est héritier de la couronne. Et moi, je m’auto-adoube bouffonne roturière en charge de prévoir les cinq pires inconvénients qu’il y a à être toi.

1. Être un héritier, c’est lourd. S’entendre dire à un très jeune âge que l’on sera roi ou reine d’un grand pays européen peut incontestablement sembler une formidable nouvelle pour n’importe qui –excepté pour la personne concernée. A deux ans, Winston Churchill disait d'Elisabeth qu’elle était un «personnage. Elle a un air de réflexion pensive étonnant chez un enfant en bas âge». En d’autres termes, Elisabeth était née pour devenir une reine. Qui sait ce qu’elle pensa vraiment lorsqu’elle apprit l’avenir qui l’attendait?

En 1969, on demanda au Prince Charles, alors âgé de 20 ans, d’évoquer le moment où il s’était rendu compte pour la première fois qu’il était l’héritier du trône.

«Je ne me suis pas réveillé d’un seul coup dans mon landau en criant “Youpi!”, répondit-il. C’est quelque chose qui s’impose à vous avec un sentiment d’épouvantable inexorabilité...»

La confusion de son fils Harry sur sa destinée fut méticuleusement relayée par la presse; lorsqu’il était en maternelle, il a un jour dit à un petit garçon:

«Maman ne fait pas ses courses à Sainsbury’s –nous avons notre ferme à nous

Et quand les enfants lui demandaient pourquoi il était en permanence suivi par un homme, il répondait:

«C’est mon policier

2. Tes parents sont très, très occupés. Le temps où les bébés royaux étaient entièrement élevés par le personnel et ne voyaient leurs parents qu’à l’occasion de présentations officielles est révolu. Le duc de Windsor raconta dans ses mémoires que lorsque sa nourrice l’emmenait au salon passer une heure avec ses parents le roi George V et la reine Mary, elle le pinçait parce qu’elle ne l’aimait pas et voulait que ses parents pensent que c’était un pleurnichard (dans le film Le discours d’un roi, cet incident arrive à son frère).

Depuis le Prince Charles –premier membre masculin de la famille royale à avoir assisté à un accouchement– et Diana, chacun s’attend à ce que les têtes couronnées élèvent leurs enfants juste comme vous et moi. Lorsqu’il avait un an, Diana avait emmené William pendant un mois en Australie et en Nouvelle-Zélande car elle ne voulait pas en être séparée, et elle insistait toujours pour conduire William et Harry dans des parcs d’attraction et des fast-foods parce que c’est là que vont les enfants normaux.

William et Kate n’ont pas encore engagé de nourrice, et, publiquement en tout cas, ils abordent la tâche comme le feraient n’importe quels jeunes parents; elle parle d'allaitement au sein, lui de «longues nuits sans sommeil». Mais qui est dupe? Il n’avait pas fallu longtemps à Diana pour comprendre qu’elle n’était pas simplement une mère comme les autres, moderne et active, mais qu’elle était aussi une des mères actives les plus sollicitées du monde. Maintenant que le bébé est né, Kate va elle aussi se rendre compte qu’être la mère de l’héritier du trône est une autre paire de manche que d’être l’épouse du futur roi; et qu’elle sera bien trop occupée pour jouer à caché-coucou le kangourou toutes les nuits.

3. Tu ne t’appelleras peut-être pas par ton prénom. Pour baptiser le futur roi ou la future reine, il faut apparemment choisir plusieurs prénoms, tous dans une même liste plutôt limitée. Le prénom choisi doit avoir déjà été porté par un monarque et n’avoir aucune connotation trop négative. Tout cela est très tendu et lourd de sens, et dès qu’il saura parler, l’enfant va probablement négliger totalement ce prénom et s’en choisir un autre aussi ennuyeux au hasard dans la liste. Le vrai nom du Prince Harry est Henry Charles Albert David. Et puis il y a cette histoire de nom de famille. Il est facultatif, ce qui complique les choses, disons, pour faire l’appel à la maternelle.

4. Tu es célèbre! Pendant qu’ils attendaient ta naissance, les paparazzis sont restés polis, ont publié des mises à jour toutes les heures depuis un compte Twitter de Spice Girl et ont fait montre d’une patience qui ne leur était pas coutumière. Mais cela ne va pas durer. Ce qui les fait vraiment saliver, c’est la perspective d’une vie entière remplie de fumette et de fêtes en costumes de nazi –c’est ce moment où tu vas dire à ta maîtresse un truc aussi mémorable que:

«Je veux être réincarné en tampon et vivre toute ma vie dans ta culotte.» 

Quand William est allé en pension à l’âge de 13 ans, la famille royale a conclu un accord avec la presse pour qu’elle ne le traque pas et qu’elle accepte les photos officielles, expliquant que «le Prince William n’est pas une institution, ni une vedette de série télévisée, ni une star du football. C’est un jeune garçon». Mais ce type de noble indignation ne marche pas à l’ère des médias sociaux. Ton camarade de chambre est tout aussi susceptible que le Daily Mail de publier une photo embarrassante de toi. Le mieux que tu puisses espérer, c’est que tes parents seront aussi bons que Beyoncé et Jay-Z pour devancer la presse, en postant leurs propres clichés faussement révélateurs et en t’apprenant à faire la même chose.

5. Tu vas aller en pension. La famille royale a dépassé l’époque où toutes les filles restaient à la maison avec des précepteurs et les garçons étaient expédiés à Gordonstoun, en Ecosse, qui à en croire Charles ressemblait pas mal à Abu Ghraib, et où les autres garçons vous collaient des coups de poing pendant votre sommeil, volaient votre courrier, vous obligeaient à randonner sous la pluie –un lieu où «on se sentait un peu comme un paysan médiéval pendant la guerre de Cent ans», raconte le romancier William Boyd, camarade de classe de Charles.

William et Harry sont allés à Eton, où ils ont été bien plus heureux mais où sont nées les pires facettes de leurs réputations, tout particulièrement pour Harry. Selon un biographe, c’est là qu’il a fondé le Club H, antre à beuveries et fumettes illicites qui lui a valu le surnom de Hash Harry. La pension, sympa pour certains enfants, peut causer la perte des autres. Allez, bonne chance!

Hanna Rosin

Traduit par Bérengère Viennot

Hanna Rosin
Hanna Rosin (16 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte