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Vinexpo: bu, vu et entendu à Bordeaux

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 03.07.2009 à 19 h 10

Le salon mondial s’est achevé fin juin.

A Vinexpo. Regis Duvignau / Reuters

A Vinexpo. Regis Duvignau / Reuters

Le soir de l’ouverture de Vinexpo, le baron Eric de Rothschild a présidé le dîner de la presse internationale dans les chais spectaculaires du Château Lafite construits telle une cathédrale par Ricardo Bofill. C’est en anglais que le gérant du premier grand cru classé en 1885 a prononcé le discours de bienvenue «afin de souligner la tradition d’hospitalité des vins de Bordeaux».

Quelques membres de la dynastie Rothschild étaient présents aux tables d’honneur: Philippine, propriétaire de Mouton Rothschild, son fils aîné Philippe, et Ariane de Rothschild, l’épouse de Benjamin et leur seconde fille Alice, dix ans. En accompagnement du brie fermier créé par le baron Edmond (1926-1997), furent servis des jéroboams de Lafite Rothschild 1978 d’une étonnante jeunesse. En dépit de la récession cinglante (chute des ventes de vins à l’export de 18 %), la bonne humeur a régné à toutes les tables – 350 invités en smokings et robes longues. Comme a dit le grand journaliste écrivain suisse Michel Dovaz, «il est poli d’être gai».

Heureuse surprise

La sortie en primeur du millésime 2008 au printemps dernier a été une très heureuse surprise. Tous les rouges de Bordeaux se sont montrés très aimables, goûteux et coulants bien que l’élevage en barriques soit loin d’être achevé. Les ventes pour les crus de forte notoriété ont explosé: le Château Beychevelle 2008 a cédé 20.000 caisses en une matinée, idem pour Pichon Lalande racheté près de 200 millions d’euros à May-Éliane de Lencquesaing par la famille Rouzaud de Reims, propriétaire du champagne Roederer. De même s’est envolé le Château Talbot, le Saint-Julien appartenant à Lorraine Cordier. Cette divine surprise, dixit Aymar de Bayenx, directeur général de Beychevelle et de la maison de négoce Barrière, va insuffler de l’oxygène aux négociants de la place qui portent le millésime 2007, peu demandé. Et pas mal de caisses de 2006. Vendre les vins est devenu, pas les temps qui courent, un vrai casse-tête.

Volonté de reprise

Michel Rolland, le fameux œnologue de Libourne qui conseille une centaine de propriétés dans le monde, a pu observer durant les cinq jours du salon (40.000 visiteurs de 35 pays) une nette volonté de reprise. Propriétaire à Pomerol du Château Bon Pasteur – 30 millésimes présentés en magnums au Bristol – le Girondin au sourire permanent et son épouse Dany ont décidé de sortir du négoce local. Leurs quinze vins issus de quatre pays qu’ils gèrent seront désormais distribués par la famille sous la houlette de David Lesage, le gendre chargé de commercialiser les crus dans 40 pays.

Pour les ventes par les négociants, le coup est rude car la «Rolland Collection» véhicule une marque, une garantie de qualité dues au savoir-faire magistral de l’œnologue barbu qui a tant œuvré pour extraire de la qualité et du plaisir (son dogme) de vignobles pas toujours vernis par l’écosystème. Dans la série des Bon Pasteur dégustés à Paris, à retenir le 1982, grande réussite, le 1990 à point, le 1995 à attendre, le 2000 un monstre, et le 2008 très plaisant en primeur à 33 euros au château. Tél. : 05 57 51 18 71.

84 ans d'âge

May-Éliane de Lencquesaing qui a rénové Pichon Lalande partage son temps entre Bordeaux où elle préside l’Académie du Vin, l’Afrique du Sud où elle a acquis un vignoble de 80 hectares près de Stellenbosch – inauguration en 2010 –, et Blonay, un village suisse tout près de Lausanne. Le virus du vin qui coule dans ses veines ne l’a pas quitté. Elle avoue son âge, 84 ans. Une jeunesse éternelle?

Les vignobles à l'anglaise

Steven Spurrier, le chroniqueur britannique, collaborateur du Decanter, une revue qui fait autorité, a planté 3 hectares de vignes au cœur d’une ferme du Dorset dans le but de composer un «sparkling wine», un blanc pétillant à base de chardonnay, de pinot noir et de pinot meunier. Sous-sol de craie comme en Champagne, ce vin anglais est prévu en 2014. La Grande-Bretagne compte 1 200 hectares de vignes.

Les records des Guigal

Marcel Guigal et son fils Philippe ont accru leurs ventes de 30 % grâce à une stratégie d’export vers l’Asie, la Chine en priorité, et la Russie. Pour ces grands vins de la Vallée du Rhône, de Condrieu au sud de Lyon à Châteauneuf-du-Pape, les importateurs prévus étaient au rendez-vous sur leur stand de Vinexpo où l’on pouvait déguster les grands crus La Mouline, La Landonne et La Turque, flacons mythiques du millésime 2005 qui ont obtenu trois fois 100/100 par Robert Parker, le grand critique américain. Guigal détient le record mondial des notes suprêmes de Parker avec 20 fois 100/100. Pour le dégustateur new-yorkais, Marcel Guigal, assisté de son disciple de fils, est l’un des trois meilleurs vinificateurs du globe. Grands crus à la carte des brasseries Flo à 140 euros.

Maison d'hôtes

Valérie Roussel, ex-Riboud, propriétaire du Château Roubine, cru classé en côtes de Provence (18 propriétés seulement), a ouvert une maison d’hôtes au cœur de son vignoble de Lorgues. Quatre chambres (90 euros) et une suite plus des cours de cuisine provençale, et des balades organisées dans la région. La cuvée Inspire, à base de Tibouren, est un modèle de fraîcheur et de pureté aromatique. 19 euros à la propriété. Tél. : 04 94 85 94 94.

Noir et saumonée

Le champagne Soutiran a fait son apparition à Vinexpo. Il appartient à la famille éponyme, originaire d’Ambonnay, un premier cru de pinot noir, 6 hectares plantés. Production de 100.000 bouteilles dont un blanc de blancs vieilli trois ans en cave et un rosé à la belle robe saumonée vendu chez 150 cavistes. 26 euros, le brut de base.

Tirage limité

Frédéric Mairesse, DG de la maison rhodanienne Paul Jaboulet Aîné, propriétaire du très rare Hermitage La Chapelle (le 1961, millésime de légende), a vendu le 2008 du Château La Lagune, cru classé, à 23,50 euros. Le blanc séveux de La Chapelle, création de 2007, ne sera tiré qu’à 2.000 flacons, 80,50 euros l’unité, soit trois bouteilles pour chacun des grands trois étoilés Michelin du globe. Plus rare que La Romanée Conti, mais moins cher.

Pétrus: traquer le faux

Le nombre de Pétrus qui n’en sont pas serait en forte augmentation. Le superbe Pétrus 1982, très recherché, s’échange contre 1.500 euros, minimum. Nécessaire, à l’achat aux enchères, l’avis d’un d’expert, celui de Claude Maratier, par exemple.

Nicolas de Rabaudy

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