Quand le principe de précaution devient un risque
La boîte de Pandore des peurs collectives menace l'innovation et se substitue au doute scientifique.
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Les appels au Principe de Précaution se multiplient comme des champignons après l'orage. Si l'on en croit les Cassandre, entre autres fléaux, les ondes électromagnétiques et les perturbateurs endocriniens sont de redoutables dangers invisibles qui envahissent notre monde et sont en train de détruire nos cerveaux et nos spermatozoïdes - ce qui devrait in fine mener à la disparition de notre espèce!
Vivre est extrêmement dangereux: on en meurt toujours.
Il semblerait qu'on l'ait oublié ! Et pourtant, cette prise de conscience par l'Homme a été fondatrice de sa singularité au sein du monde du vivant. En cela, dire que le risque zéro n'existe pas est un euphémisme par litote qui frise l'humour noir. Ce risque fatal inévitable est au centre de gravité de l'histoire humaine et nourrit son mystère depuis des millénaires, qu'il s'inscrive dans les jeux de pouvoir (la guerre, la religion) ou l'évolution des idées (philosophie, art, science).
La civilisation occidentale moderne a pour caractéristique culturelle d'escamoter ce risque ultime du champ de notre vécu. Place au transport anonyme des cadavres et à l'interdiction de les exposer en public, aux réanimations à durée indéterminée, à la valorisation d'une humanité vieillissante triomphante appareillée de la tête aux pieds, aux artistes en quête d'immortalité - le plus beau des risques selon Socrate. Pour mieux masquer la réalité inéluctable de notre disparition individuelle, nous l'avons métamorphosée en mythe. Les situations qui mènent à la mort sont gérées sur le mode virtuel dans les médias, les films et les jeux électroniques. Désormais, notre expérience terminale se fait par procuration grâce à la représentation pixélisée des catastrophes et des conflits lointains, des faits divers ou lors de grandes messes mortuaires.
Les représentations collectives du risque ne sont pas simplement affaire de technologie, de science, de psychosociologie, de culture, de politique, d'économie. Elles s'inscrivent dans un imaginaire commun forgé par l'Histoire. Ainsi, selon Cioran, depuis la Révolution, la France présente «une intolérance à l'avenir». Son incapacité à prendre des risques entraîne sa décadence. «Il est naturel qu'un peuple qui se meurt ne veuille pas mourir. La vieillesse historique, comme la vieillesse individuelle, est un culte de la vie par manque de vie. C'est la flétrissure caricaturale du devenir...», expliquait-il.
Pourquoi sommes-nous devenus si intolérants à la prise de risques?
L'évaluation des risques est un processus extrêmement complexe qui est loin de se réduire à un inventaire purement technique. Une évaluation pertinente tient compte non seulement des risques tangibles, mais également du préjudice perçu par les éventuelles victimes. Dans le grand public, la perception de l'intangible préjudice encouru est relativisé selon que le risque est ou non familier, naturel ou d'origine humaine, placé sous le contrôle de procédures fiables, qu'il a des conséquences bénignes ou graves et, surtout, que la prise de risque est volontaire ou ignorée. La perception du public oscille entre une sous estimation optimiste qui a des relents d'ignorance, d'apathie et de fatalisme, et une surestimation émotionnelle souvent incitée par les médias et des associations militantes.
La plupart des experts, dans la lignée de J.K. Hammitt, ont tendance à dénier les perceptions souvent erronées du grand public dont les valeurs morales, religieuses ou idéologiques, aussi respectables soient-elles, peuvent amener à faire courir des risques sérieux à l'ensemble de la population - ainsi, la remise en cause des vaccinations et des préservatifs. D'autres pensent qu'on doit prendre en compte tous les points de vue dans la gestion du risque, parce que la rumeur et la peur se nourrissent comme le feu, de tous bois - peu importe alors qu'ils soient vrais ou faux: ils génèrent de l'information et de l'inquiétude. Il est vrai qu'une évaluation des risques qui ferait la part trop belle à l'inébranlable foi dans la science est candide.
En règle, les spécialistes s'accordent surtout quant à leurs désaccords. Dans bien des cas de figure, «on sait que l'on ne sait rien» ou pas grand-chose, et, quand on sait, il est rare que ce soit avec certitude. De plus, les experts sont souvent «juges et parties» sous influence politique, industrielle, scientifique, voire psychologique et sociétale. Voilà pourquoi en une décennie on a assisté à l'émergence d'une nouvelle philosophie qui est en train de changer radicalement l'évaluation, la gestion et la communication du risque. C'est le Principe de Précaution, introduit en 1992 dans le droit européen par le traité de Maastricht et en 2005 dans la Constitution Française.
Les détournements du Principe de Précaution
A l'origine, rien que des bons sentiments! «C'est un principe qui nous pousse à agir pour prévenir, à la source, des menaces de dommages graves dans un contexte d'incertitude scientifique.» (D. Bourg). Il s'inscrit dans une optique bien différente de celle où «la science sait tout sur tout, a réponse à tout». Il reconnaît qu'il existe une incertitude - la prévention ne pouvant intervenir que si elle est levée. Il reconnaît que «les progrès scientifiques ne permettent pas de maîtriser les risques de manière rationnelle dans certains domaines», comme celui de l'environnement (Jean Pouillard).
Toute une batterie de mesures est lors mise en oeuvre qui vont de la veille technologique et sanitaire à des dispositifs d'alerte en réseau, à la restriction d'usage, voire à la prescription d'un moratoire à défaut de pouvoir statuer «dans l'état actuel des connaissances humaines.» Le Principe de Précaution est à la fois «une obligation de recherche visant à réduire l'incertitude scientifique» (O. Godard) et «une obligation de ne pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles, à un coût économiquement acceptable» (Loi Barnier, 1995).
Le Principe de Précaution: un principe d'anxiété ?
L'interprétation déviante du Principe de Précaution risque de mener à l'instauration incontrôlable d'un principe d'anxiété (Gérard Courtois). Il pourrait être exploité pour justifier des mesures abusives de protectionnisme, l'ingérence outrancière dans les affaires intérieures d'un pays, la réduction des libertés individuelles motivée par la menace terroriste, voire une «guerre préventive».
Le Principe de Précaution: un principe d'abstention?
«Le risque étant la condition de tout succès» (Broglie), le Principe de Précaution ne doit pas devenir un principe d'abstention face au risque. Il devrait élargir le champ d'action du décideur au delà même de la maîtrise du risque connu et identifiable. Et l'amener à gérer le probable, l'hypothétique, l'impondérable, en un mot «le risque virtuel». Mais n'est-ce pas là demander l'impossible? En pratique, le Principe de Précaution risque de créer une assurance illusoire de sécurité.
Le Principe de Précaution: un principe anti-personnel?
L'application du Principe de Précaution interpelle le médecin qui est «au service de l'individu et de la santé publique» (code de déontologie), car elle peut rendre caduque le secret médical. Ce dernier est un principe primordial visant à protéger l'individu malade. Quid d'une dérogation exigible au nom du Principe de Précaution en arguant de l'intérêt pour la santé des populations... ?
Le Principe de Précaution: une machine à rumeurs?
Le Principe de Précaution, institutionnalisant le risque virtuel, est devenu une formidable machine à rumeurs et légendes urbaines. Les rumeurs traduisent souvent un problème anxiogène latent dans un contexte de catastrophe, d'exigence sécuritaire de l'opinion publique, de tensions culturelles (entre les générations), religieuses, économiques, politiques et sociales.
Le Tsunami de décembre 2004 a montré que l'une des rumeurs les plus difficiles à gérer après une catastrophe est celle du présupposé risque sanitaire lié aux cadavres. Ce risque imaginaire amène à des enterrements collectifs ou des crémations précipités qui poseront ultérieurement de douloureux et délicats problèmes d'identification des victimes par les familles. On sait que les morts ne représentent pas un risque médical tangible pour la population (Oliver Morgan).
Cette angoisse physique et nauséabonde du cadavre, qui inspire à la fois du dégoût, de la peur, de la culpabilité aux survivants, et rappelle sans cesse le malheur, voire le sentiment de «punition divine» qui a frappé la communauté, est si partagée culturellement qu'elle va parfois jusqu'à influencer des déclarations officielles locales, ce malgré les réassurances d'organisations internationales qui ont une longue expérience de la gestion des désastres naturels. La mort des autres réactive nécessairement l'appréhension de ce risque incontournable qui attend son heure en chacun d'entre nous.
Le Principe de Précaution: un nouveau standard de responsabilité?
Le Principe de Précaution a instauré un nouveau standard de jugement de la responsabilité et étendu son espace éthique. «Celui qui introduit le risque doit le prévoir. En ne prenant pas suffisamment de précaution, en particulier d'abstention, il peut être déclaré responsable.» (F. Ewald)
Dans ce cadre, l'affaire de l'amiante est exemplaire. Quand on sait que les premiers décès remontent à 1885 et que l'interdiction de l'amiante dans l'industrie n'a été décidée qu'en 1996, soit un siècle plus tard, on mesure combien l'évaluation d'un risque caché peut prendre du temps et ne se fait malheureusement, trop souvent, que rétroactivement... Voir aussi le terrible cas du Distilbène, risque qui s'est «exprimé» des années après dans la descendance directe des femmes traitées par ce médicament. On pourrait ici multiplier les exemples, du stockage des farines animales aux ondes émises par les téléphones portables, des additifs alimentaires et autres colorants au traitement des déchets nucléaires, sans oublier le risque médicamenteux et les très célèbres OGM.
Le Principe de Précaution pose en quelque sorte une nouvelle responsabilité sociale des scientifiques, tout en posant une nouvelle responsabilité sociale des citoyens face au risque. Ainsi «les consommateurs doivent adopter un comportement responsable, en faisant preuve de prudence dans l'utilisation des ressources mises à leur disposition». (J-F Carlot).
Le Principe de Précaution: un principe de contre-pouvoir?
Les risques présupposés, quasi «virtuels», font désormais l'objet de grandes campagnes de communication des mouvements associatifs. En général, au nom de la Société Civile, ils exercent une forte pression médiatique sur les industriels, les gouvernements, les universitaires et les consommateurs en publiant leur propre contre-évaluation du risque scientifique, en appelant au boycottage des produits suspects et en menaçant de poursuites légales.
Le principe de précaution a bouleversé la gestion politique des risques
Le principe de précaution a modifié les stratégies et les modalités de décision dans la gestion des risques par les pouvoirs publics. «Le risque est une construction sociale où s'intriquent étroitement le naturel, le technique, le politique et le culturel, et où une rationalité scientifique s'inscrit dans l'espace politique.» (Claude Roger)
L'acceptabilité sociétale du risque devient l'objectif politique prioritaire
Après avoir identifié dans un premier temps les dangers sur la base d'études scientifiques «incontestables» - du moins, on fait comme si elles l'étaient.... - des modalités sont établies selon lesquelles on pourrait ramener le risque avéré ou virtuel à un niveau acceptable par le public et sur le plan économique dans le cadre d'une politique de précaution. Des décisions sont proposées souvent lors de «conférences citoyennes» qu'il est désormais à la mode d'appeler des «Grenelles».
Dans ce cadre, «les angoisses du public relayées par les medias, créent un nouvel espace de débat où responsables politiques, experts et journalistes doivent de plus en plus souvent rendre compte à des acteurs de plus en plus diversifiés (industriels, associations de consommateurs et de défense, instances juridiques et judiciaires).» (Claude Roger)
Certains prônent d'aller encore plus loin sur le plan politique et suggèrent un referendum sur les grandes questions scientifiques (60% des jeunes y seraient favorables selon le Baromètre Science Génération d'Altavia Junium). Ce processus de « démocratie participative » dans l'identification et l'évaluation des risques est d'autant plus délicat à gérer que, dans l'imaginaire collectif, un risque peut en cacher un autre, voire plusieurs autres... On s'expose ainsi à un effet domino - comme l'aurait souligné notre Ministre de la Santé (selon le Canard Enchaîné): «pourquoi pas aussi un Grenelle du cul?»
La chasse aux risques virtuels risque d'occulter les risques avérés
Il ne faudrait pas en arriver à dévaloriser les mesures de protection (qui s'imposent bien évidemment dans le cadre de risques avérés) par la reconnaissance institutionnelle exagérée des conduites conjuratoires qui se multiplient contre des risques perçus comme menaçants, alors qu'il n'est guère mis en évidence qu'ils existent. C'est malheureusement déjà le cas. Des juges ont donné raison à des «victimes» d'ondes électromagnétiques qui exigeaient des mesures techniques et pris ainsi le risque d'affecter, au plan national, le bon fonctionnement d'infrastructures collectives, ce au nom d'un Principe de Précaution appliqué dans le seul intérêt d'un petit groupe d'individus très minoritaire.
Ne jamais oublier aussi que les conditions d'exposition aux risques avérés peuvent évoluer. Nos systèmes de sécurité et les réglementations qui les imposent ont été élaborés selon le postulat que ceux qui font courir un risque aux autres, ne veulent pas en être aussi les victimes... La rupture dans le mode opératoire des attaques terroristes remet en question cette conception classique de la prise de risque et de la gestion de crise. Il y a quinze ans, les preneurs d'otages aériens tuaient quelques passagers jusqu'à obtenir leur transfert dans un pays complice - aujourd'hui, ils vont s'écraser avec eux en centre ville... Les chefs de gouvernement qui ont la bombe atomique sont présumés ne pas vouloir mourir dans un holocauste nucléaire - c'est là un pilier de la stratégie militaire de dissuasion. Quid de l'instinct de conservation des extrémistes religieux qui veulent aujourd'hui l'acquérir?
Communiquer sur les précautions qu'on prend est un risque en soi
On a pu, une fois de plus, le constater en écoutant les réactions des uns et des autres lors de l'alerte OMS (Organisation mondiale de la santé) sur la grippe porcine. Comment alerter, sensibiliser et préparer les populations à la gestion des risques, comment dire aux gens ce qu'il est nécessaire de savoir et de faire pour prévenir et réduire les risques sans leur faire peur? Pire, comment communiquer quand on ne connaît même pas la réalité et la nature du risque qui, d'après certains, nous menacerait? A priori, c'est là mission impossible. La mondialisation favorise un flux tendu d'informations à l'échelle planétaire qui tient peu compte des subtilités d'interprétation scientifiques, linguistiques et culturelles. La prolifération de la communication électronique individuelle, si elle est moins contrôlée par des groupes d'intérêts partisans, s'avère en revanche trop souvent peu fiable et ajoute au trouble, voire au désarroi.
Ne pas avoir peur de la peur
L'idée reçue en termes de communication de risque est qu'il faille éviter à tout prix de faire peur. Une approche originale de la communication de risque, développée par Peter M. Sandman et Joly Lanard (2003), consiste à gérer la peur que le risque induit pour ce qu'elle est fondamentalement : un phénomène normal. En effet, dans la vraie vie, l'expérience montre que la peur est non seulement inévitable, mais qu'elle est nécessaire pour amener les institutions et les individus à mettre en oeuvre un processus de protection et de prévention efficace, sous réserve que la peur soit maîtrisée par une communication de risque proactive.
Il en va de la peur comme du stress et du cholestérol, il y a de «bonnes peurs» et il y a des «mauvaises peurs». Si ces dernières sont effectivement «mauvaises conseillères», les premières sont fonctionnellement indispensables pour gérer le risque avec plus d'efficacité. Ainsi, l'épidémiologiste Jeff Engel, qui répondait aux critiques d'avoir apeuré inutilement la population de Toronto sur le risque de SARS, déclara: «C'est certain, une maladie comme le SARS, aussi inattendue et aussi inquiétante, ne manque pas d'instiller la peur. Mais la peur est une réponse appropriée à une telle situation - pour chacun d'entre nous, y compris pour moi qui suis un médecin de santé publique et les médias. C'est une nouvelle maladie; elle se répand d'individu à individu; elle peut tuer; elle a un taux élevé de mortalité. C'est une sacrée information !... Nous devons simplement transférer notre peur en énergie positive et s'en tenir aux faits face à l'hystérie.»
Le problème est que les autorités politiques et administratives ont peur de la peur des citoyens et de son impact potentiel sur l'ordre public. Les experts médicaux, techniques, scientifiques, ainsi que les gurus en communication, ont peur d'être critiqués pour n'avoir pas su protéger les citoyens sous prétexte d'éviter la panique. Désormais, tous ont peur d'être mis en accusation et condamnés pour leur gestion désastreuse du risque. «Les autorités surestiment combien la peur est dangereuse et sous estiment combien utile elle peut être quand elle est bien gérée par une communication adaptée à la situation» (P.M. Sandman et J. Lanard).
Influence du facteur de proximité sur la perception du risque
Il est prouvé que le facteur de proximité accentue le sentiment de risque. En fait, curieusement, si en règle la proximité d'un risque augmente effectivement l'anxiété du grand public, à terme elle crée une familiarité qui peut mener à une certaine apathie (comme c'est le cas dans des pays où sévissent depuis des années un conflit armé) ou bien même à un intérêt ludique pour le risque (comme c'est le cas dans les zones à ouragans dans le MidWest américain), voire créer une véritable relation affective pour le risque. Il existe une certaine dépendance psychologique des personnes exerçant des métiers à hauts risques.
La télévision joue un rôle majeur dans l'effet de proximité du risque. Elle est une formidable caisse de résonance émotionnelle, qui peut engendrer la peur, non pas tant par la mise en scène du risque et des différents scénarii catastrophes qu'il pourrait induire, que par la contraction du temps (retransmission en temps réel) et de l'espace (contact direct avec l'image). Le risque éloigné fait alors partie de son voisinage, entre dans «sa vie quotidienne». Cette inquiétude induite par un effet de proximité médiatique est bien connue. Elle peut varier du simple intérêt ému à de la préoccupation, jusqu'à une réelle inquiétude, voire une peur, menant dans l'immédiat à des comportements individuels de précaution, en particulier d'évitement.
Dans les médias un risque chasse l'autre, ce qui peut faire croire au public que le précédent risque ne représente plus un danger ou une priorité en terme de gestion collective. On éloigne ainsi de la conscience des individus un risque qui pourtant existe toujours... ce qui a pour effet indirect de l'augmenter. Le SARS a eu un rôle non négligeable dans l'éviction du SIDA dans l'opinion publique...
Le sentiment d'incertitude: pierre de touche du principe de précaution
Le sentiment d'incertitude joue un rôle important dans la perception du risque: soit on se réfugie derrière elle pour éviter d'avoir à prendre des décisions, soit on évite d'en parler ouvertement pour ne pas affaiblir le bien-fondé des résolutions prises. Dans le premier cas de figure, les commentateurs vont critiquer votre manque de confiance et votre incapacité à arbitrer. Dans le second cas, ils vont désavouer votre trop grande confiance dans la valeur des choix retenus.
L'expérience montre qu'il vaut mieux être, dans une certaine mesure, interpellé quant à son manque de connaissance, que d'être stigmatisé à long terme pour abus de confiance en son jugement. Le cas échéant pourrait vous mener à être fustigé dans les médias et conduire à des poursuites judiciaires. Ce conseil est rarement suivi: pour un expert ou une autorité officielle, reconnaître l'incertitude en public, c'est somme toute accepter l'idée de paraître ignorant.
De plus, l'incertitude est difficile à évaluer, à mesurer, à quantifier... Pour contrer ce risque d'apparaître incompétent, les experts vont avoir tendance à se montrer encore plus sûr d'eux-mêmes, plus savant qu'ils ne le sont en réalité. Cette réaction peut engendrer des évaluations du risque peu fiables et conduire à la perte de confiance dans les expertises officielles. Pour un homme politique, afficher en public une trop grande certitude peut être extrêmement dommageable si elle est ensuite mise en défaut. Comment peut-il être sûr en si peu de temps? La seule attitude raisonnable en pareille situation est d'envisager - et de communiquer sur - tous les scénarii possibles, sans en exclure aucun à priori...
Le Principe de Précaution est devenu un risque...
Le Principe de Précaution est en train de se substituer à l'application rigoureuse du doute scientifique grâce auquel il y a eu tant d'innovations et de progrès technologique. Il serait temps de prendre de plus amples précautions...
Ferdinand Thiry
Crédit photo: José Bové dans un champ de maïs en 2004, Reuters
Mis à jour le 05/07/2009 à 0h06








































Excellent article...
LA PHOTO de JOSE Bové fait penser a un grand inquisiteur d'une religion pret a bruler les sorcieres... (ou les antennes radio) par precaution !
Il est à craindre que cet article ne satisfasse ni les ayatollah anticonsumeristes ni les charlatans dont le fond de commerce est l'ecologie, pas plus que les commerciaux du scientismes qui sont pret a vendre de la technologie pour des fins pas toujours gratuites (vaccin antigrippe...) au nom du principe de progres liberal
Bonjour,
Il semblerait qu'on l'ait oublié,
dans cet article tout à fait symbolique,
de l'absurdité égoiste de ce monde "moderne"
Axé uniquement sur les profits financiers.
La liberté de décider
des générations futures...
Et de la VIE en générale sur Terre.
Article "100% pur Jus de cerveau" !
mais sans saveurs pour nos enfants.
"Demain, je veux que les droits de ceux
qui nous succéderont soient inscrits
dans les devoirs de ceux qui existent.
Si par mon œuvre j'ai pu permettre à nos enfants
et à ceux qui ne sont pas encore nés de vivre
dans la symphonie du monde, j'aurai rempli ma mission."
[Jacques-Yves Cousteau]
Ordjoun
[Paysan Indien]
Je suis très étonnée que dans cet article de quatre pages fort intéressant, il n'est pas fait mention des risques liés à la consommation du tabac, qui eux, sont scientifiquement avérés.
Vous écrivez : "Le Principe de Précaution pose en quelque sorte une nouvelle responsabilité sociale des scientifiques, tout en posant une nouvelle responsabilité sociale des citoyens face au risque."
Puisqu'on constate que l'augmentation du prix du tabac n'a qu'une incidence limitée sur la baisse de la consommation, dont d'ailleurs le risque n'est pas toujours lié à la quantité consommée, puisque l'interdiction pure et simple aurait sans doute des effets pervers, ne serait-il pas temps d'expérimenter une hausse, même symbolique, des cotisations Sécurité sociale et Mutuelles pour les consommateurs de tabac (alcool et drogues en général) afin qu'ils prennent conscience du lien qui relie consommation et santé.
Je reviens de Grèce où j'ai conduit pendant 8 jours. Manifestement les autorités grecques ont appliqué rigoureusement un principe de précaution extrême dans leur gestion de la circulation : le long de pratiquement toutes les routes une double ligne continue interdit pratiquement tout dépassement légal. Par ailleurs pour un oui et pour un non la vitesse est réduite à 50, voire 30 km/h. Le résultat est évidemment que les grecs ne respectent pas le code de la route. Ils franchissent allègrement ces doubles lignes continues (je dois avouer que je me suis rapidement rallié à cette pratique) et ne tiennent aucun compte des limitations de vitesse. Mais ils doublent aussi dans des endroits vraiment dangereux, sans visibilité, ce qui fait que, pour environ 10 millions d'habitants il y a plus de 4000 morts sur les routes chaque année. Il me semble que cette fable (véridique) mérite d'être méditée par tous les metteurs en oeuvre du principe de précaution qui est, trop souvent, un principe du parapluie.
D'une façon générale je pense que la popularité des peurs est liée à l'absence d'équilibre dans les analyses (explicites ou implicites) entre risques et avantages. L'opinion est essentiellement faite par les classes moyennes-supérieures dont tous les besoins fondamentaux sont satisfaits. Pourquoi, alors, courir des risques qui paraissent inutiles? Le cas des OGM est emblématique : quel intérêt présentent ils pour le citoyen "éduqué" moyen? Et pourquoi accepterait-il le moindre risque potentiel de leur développement?
En bref, les homo sapiens, tétanisés par la peur de la mort ou/et agis par l’instinct de survie n’ont même pas voulu considérer l’évidence première : tout est en mouvement dans l’Univers et quasiment cyclique (sauf des exceptions plus ou moins périodiques).
Au lieu d’organiser en conséquence LA VIE ou le SEJOUR TERRESTRE, de privilégier notamment les deux dernières parties du cycle : la vieillesse et la mort, comme des bonobos boostés (v. en 2001 l’évaluation comparative de notre génome et de celui du chimpanzé aboutissant à une différence voisine de 2 % ! ! !) ou des « adulescents » inconscients, nous sommes tombés dans le jeunisme et le rêve d’immortalité sur la Terre et l’enfer du « Jeu de la vie » ! ! ! Nous sommes aussi tombés dans la dépendance du processus « Toujours plus » ! ! !
N’est-il pas évident que les homo sapiens doivent disparaître avant qu’ils ne soient parvenus à rendre inhabitable la planète ? !
Nous aurions pu mourir sereinement.
C’est dans un changement d’Ere effroyable, monstrueux, totalement sauvage (v. ce qui s’est passé dans l’ex-Yougoslavie, ce qui survient dan las pays africains) sous l’impulsions des « plus rien à perdre », des « no futur », que nous allons périr …
être positif, objectivement, n'est-ce pas choisir entre la planète et nous ? ! Ne serait-ce donc pas un faux problème ? !
Je ne suis pas sans connaître le sens habituel (c'est une litote) mais c'est un euphémisme de dire que le sens de votre euphémisme par litote ne m'a pas paru évident!
Quand à Monsieur de La Palisse qui aurait toujours fait envie s’il n’était pas mort devant Pavie, on aurait pu lui attribuer votre truisme que "vivre est extrêmement dangereux puisqu'on en meurt toujours", encore qu’il s’agisse plus probablement d’une ellipse puisque vous établissez un lien de corrélation entre la vie et la mort alors qu’il s’agit plutôt d’états qui se succèdent inexorablement pour tous les êtres vivants. L’inverse n’étant vrai que dans les clips de Michael Jackson….
Le commun des mortels attribue à la science la capacité de démêler le vrai du faux et d’apporter ainsi des certitudes aux hommes.
L’expression "c’est scientifiquement prouvé" ne laisse aucune place à la discussion. De même lorsque la phrase magique "selon les scientifiques…" est prononcée sentencieusement ce qui suit est évidemment marqué du sceau de la vérité peu discutable.
Au printemps 1927, aux balbutiements de la mécanique quantique, Heisenberg publie un article qui introduit à la postérité scientifique le "principe d'incertitude" bien que le terme finalement choisi par l’auteur soit indétermination.
Une science aussi réputée pour sa rigueur et sa précision que la mécanique inscrivait dans ses fondements l’impossibilité de connaître simultanément la position et la vitesse d’une particule, c'est-à-dire une forme de doute reconnu et congénital, le remplacement du vrai par le probable, l’ultime refuge du savoir dans "son union paradoxale de la rationalité et de la contingence" comme l’écrit Jean Mesnard, membre de l’Institut.
Et pourtant, l’homme précautionneux, bercé dans l’illusion du risque zéro, est le nouveau standard depuis que le Principe de Précaution a été introduit en 1992 dans le droit européen par le traité de Maastricht et en 2005 dans la Constitution Française.
Dès lors les dirigeants de la sphère aussi bien publique que privée sont pris dans la double contrainte inextricable de deux adages populaires "on n’est jamais trop prudent" et "qui ne risque rien n’a rien" : comment être raisonnablement précautionneux sans sombrer dans l’inaction ?