A la recherche d'Arnaud Massy, dernier vainqueur français du «British»

Le Claret Jug, en 2010, à Saint-Andrews. Les noms de deux Français, ceux de Jean Van de Velde et de Thomas Levet, ont failli rejoindre celui Massy sur ce trophée. Failli seulement. REUTERS/Russell Cheyne

Le Claret Jug, en 2010, à Saint-Andrews. Les noms de deux Français, ceux de Jean Van de Velde et de Thomas Levet, ont failli rejoindre celui Massy sur ce trophée. Failli seulement. REUTERS/Russell Cheyne

Ancien mousse, joueur de pelote basque, caddie, Arnaud Massy, l'unique vainqueur français d'une levée du Grand Chelem, en 1907, a été oublié au point que même la trace de sa tombe s'est perdue. Jusqu’à sa découverte, il y a quelques mois.

C

e dimanche, alors que le Tour de France ne verra pas un Tricolore en jaune sur les Champs-Elysées pour la 27e année consécutive, le golf français continuera, lui, à traverser un désert long de 106 années blanches comme le sable sur les links de Muirfield, en Ecosse, à l’occasion du British Open, troisième des quatre levées des tournois du Grand Chelem.

En effet, sur les 156 engagés, un seul –Grégory Bourdy– était Français, ce qui était déjà mieux que lors des récents Masters et US Open où aucun participant n’avait été recensé. Classé à la 170e place mondiale, le Bordelais, âgé de 31 ans et qui a dû passer par un tournoi de qualifications pour décrocher sa place parmi les heureux élus, figure, après les trois premiers tours, au 34e rang à dix coups de la tête et est désormais exclu de la course à la victoire.

En 2013, il n’y a donc plus aucune chance de trouver un successeur à Arnaud Massy, seul vainqueur français du British Open et unique golfeur issu de nos frontières à avoir gagné un tournoi majeur. C’était en… 1907 à Hoylake, au Royal Liverpool Golf Club. En un peu plus d’un siècle, trois Français se sont contentés de frôler le rêve de rejoindre Arnaud Massy au panthéon national: Jean Van de Velde et Thomas Levet, seconds au British Open en 1999 et 2002, et Grégory Havret, dauphin de Graeme McDowell à l’US Open en 2010.

Personne, ou presque, ne connaît Arnaud Massy en France. Il y a même peut-être davantage d’Anglo-Saxons à savoir qui il est dans la mesure où, pendant 72 ans, jusqu’au premier triomphe de Severiano Ballesteros au British Open en 1979, ce Basque, né à Biarritz le 6 juillet 1877 et mort à Etretat le 16 avril 1950 à l’âge de 72 ans, fut le seul continental à régner sur le palmarès de l’épreuve dont il fut le premier vainqueur non britannique.

D'Etretat à Edimbourg

En se plongeant dans les archives de L’Equipe, précieusement conservées sur microfilms à la bibliothèque de Beaubourg à Paris, il est impossible, par exemple, de trouver l’annonce de son décès et encore moins la moindre nécrologie au sujet de celui qui demeure, néanmoins, un grand champion français de l’histoire dans une discipline devenue plus populaire avec le temps et l’avènement de Tiger Woods, mais toujours regardée de travers en France.

Le souvenir d’Arnaud Massy, également quatre fois vainqueur de l’Open de France entre 1906 et 1925, s’était tellement effacé des mémoires que la trace de sa tombe avait même fini, elle aussi, par se perdre jusqu’à sa découverte, il y a quelques mois, et sa rénovation. «Tout juste savait-on qu’il avait été enterré du côté d’Edimbourg, en Ecosse, après avoir mené d’abord l’enquête du côté d’Etretat», indique Georges Jeanneau, membre de l’European Association of Golf Historians & Collectors (EAGHC) qui, malgré son nom anglais, est une association juridiquement française qui rapproche les passionnés de l’histoire du golf en Europe.

Qu’à cela ne tienne. En liaison avec l’EAGHC, des recherches furent alors menées sur place par Douglas Seaton, un historien du golf écossais qui se mit en quête de la tombe égarée. «Tout le monde pensait qu’elle devait se trouver au cimetière de Portobello, raconte celui-ci par email. Mais au registre des sépultures d’Edimbourg, il n’y avait pas ce nom-là qui figurait bien, en revanche, au registre du cimetière de Newington.»

A Newington, au milieu des herbes folles ayant envahi ce lieu très mal entretenu, Douglas Seaton finit par retrouver la tombe du seul vainqueur français dans le Grand Chelem mort 62 ans plus tôt. «Elle était vraiment dans un sale état et ce n’était pas évident de retrouver la bonne pierre tombale et de pouvoir lire ce qui était écrit dessus, poursuit-il. Et il a fallu environ un an pour déblayer tout ce qu’il y avait autour quand les gens de l’entretien avaient le temps de s’en occuper.»

La folle histoire d'un sacré personnage

Le 23 février dernier, devant un parterre de personnalités au premier rang desquelles le Consul Général de France à Edimbourg et Glasgow, un hommage solennel fut ainsi rendu au plus grand golfeur français de l’histoire au cours d’une cérémonie où fut inaugurée une nouvelle stèle en son nom à l’endroit où il repose avec son épouse et l’une de ses trois filles.

François Illouz, vice-président de la Fédération française de golf, était notamment présent pour réparer, en quelque sorte, l’oubli dans lequel était tombé ce héros évanoui dans le temps et l’univers, mais ressuscité auprès de la nation golfique enfin reconnaissante. «J’espère que de nombreux golfeurs passeront désormais par ce cimetière pour lui rendre hommage», déclara-t-il.

Mais comment le Biarrot Arnaud Massy, décédé dans la pauvreté à Etretat en Normandie, avait-il fini par se retrouver enterré en Ecosse? Comme le souligne Georges Jeanneau, également l’un de ses biographes, «la vie de Massy fut plutôt animée car c’était un sacré personnage.» Fils d’un berger, Arnaud Massy devient, à 14 ans, mousse sur un sardiner. Joueur de pelote basque, il commence, un peu par hasard, par porter des sacs sur les rares golfs de la région où le jeu commençait à prendre racine.

Arnaud Massy et Jim Barnes, en 1930 au British open, qui se tient à Hoylake. Massy ne passera pas le cut. Image collection JBK/European Association of Golf Historians & Collectors[1]

C’est à Biarritz, au Golf du Phare, qu’il fait la connaissance d’Everard Hambro, bon joueur de l’époque et riche banquier britannique. Ce dernier le fait venir avec lui en Ecosse, au North Berwick New Club, un club écossais situé non loin de Muirfield, cadre de ce British Open 2013. Arnaud Massy frôle les 20 ans et c’est là, lors de deux ou trois étés, qu’il perfectionne son jeu jusqu’en 1899, date où il devient professionnel à North Berwick.

Gaucher à ses débuts, droitier en fin de carrière

En 1903, un an près son premier British Open à Hoylake, il y épouse Janet Punton Henderson, une opératrice téléphonique. En 1905, il termine 5e du British Open à Saint-Andrews. En 1906, à Muirfield, il se classe 6e et la presse locale, selon Douglas Searton, le décrit alors comme «un Français à l’âme écossaise». Puis vient l’heure du triomphe à Hoylake, en 1907, sous des pluies intenses et par grands vents.

Le premier et le seul Français à recevoir le Claret Jug, cette aiguière en argent, alors que son épouse vient de lui donner une petite fille, naissance dont il apprend la nouvelle une fois son trophée conquis. Sa progéniture est appelée Margaret Lockhart «Hoylake» Massy en hommage au parcours.

C’est d’ailleurs à Hoylake, en 1930, que ce joueur redoutable au putting, gaucher à ses débuts avant de poursuivre sa carrière en droitier avec un finish «en queue de cochon» lorsqu’il drive, s’aligne pour la dernière fois au British Open.

Entre-temps, il s’était blessé à la guerre, sur le front de Verdun, était devenu pro au club de La Nivelle, à Saint-Jean de Luz, puis à celui de Chantaco, à quelques kilomètres de là, sans oublier La Boulie, en région parisienne. Il avait participé à quelques tournois professionnels, notamment aux Etats-Unis où il domina le célèbre Bobby Jones, à l’origine de la création du Masters.

Plus tard, alors que son épouse meurt en 1935, il part pour le Maroc pour être pro à Marrakech et le conseiller technique du roi. Après la deuxième guerre mondiale, il revient en France et s’installe à Etretat. L’argent commence vite à lui manquer et il se trouve contraint de demander assistance au Royal & Ancient, le temple organisateur du British Open, en charge notamment des règles du jeu. Mais il essuie un refus impitoyable. «Il avait un côté un peu flambeur, note Georges Jeanneau. Il avait eu une vraie heure de gloire en Grande-Bretagne où il était très connu et très respecté, mais après les années de guerre, rares étaient devenus les clubs à la recherche d’un pro

Le 16 avril 1950, il meurt d’une attaque dans un dénuement relatif au 40, rue Notre-Dame à Etretat. Margaret, sa fille née lors de «son» British Open, rapatrie son corps en Ecosse afin d’être enterré aux cotés de son épouse. Margaret, morte en 1955 et qui repose auprès de ses parents à Newington à quelques kilomètres seulement du trou n°18 de Muirfield où, dimanche 21 juillet, un autre champion recevra à son tour le Claret Jug. En attendant le retour du British Open à Hoylake en 2014.

Yannick Cochennec

[1] A l’occasion de la rénovation de la tombe de Massy, l’association a publié un livret, «Arnaud Massy - A chronicle» (par G. Jeanneau, J-B Kazmierczak et D. Seaton). Il en reste quelques exemplaires, en anglais (15€ + 2€ de port). Renseignements ici.

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