Sports

La Zumba, une pratique sportive à la fête

Mathieu Perrichet, mis à jour le 25.07.2013 à 7 h 35

Débarquée en France en 2009, cette pratique entre danse festive et mouvements de fitness connaît un engouement sans précédent dans l’Hexagone depuis quelques mois. Et nous dit, au passage, quelque chose de la vision du sport aujourd'hui.

Beto Perez lors d'une démonstration de Zumba à Rimini (Italie), le 11 mai 2012. REUTERS/Stringer.

Beto Perez lors d'une démonstration de Zumba à Rimini (Italie), le 11 mai 2012. REUTERS/Stringer.

Avez-vous été épargné par la déferlante Zumba? Très en vogue outre-Atlantique, ce programme d’entraînement physique alliant danse et mouvements de fitness, arrivé dans l’Hexagone il y a quatre ans, a véritablement explosé ces derniers temps. Pourtant, rien ne laissait présager un tel destin à cette invention de hasard –à l’image du four à micro-ondes ou du Velcro– imaginée dans les années 90 par le chorégraphe colombien Beto Perez.

La petite histoire veut que celui-ci, alors prof de fitness, aurait oublié la bande son utilisée habituellement pour son cours d’aérobic et aurait donc improvisé des mouvements sur une cassette de musiques latines retrouvée dans sa voiture. Ainsi serait née la Zumba, un savant mélange de fitness et de musiques latines et internationales (salsa, merengue, reggaeton, samba, hip-hop, flamenco…).

Un cocktail gagnant puisqu’à ce jour, pas moins de 14 millions de personnes pratiqueraient la Zumba au sein de 140.000 lieux répartis dans 150 pays. Un engouement que les réseaux sociaux permettent également de mesurer: la page Facebook Zumba Fitness compte près de 6 millions d’aficionados, tandis que le compte Twitter dénombre environ 98.000 abonnés. Et avec environ 500.000 pratiquants en France, dont 90% de femmes, l’Hexagone s’est rapidement laissé séduire par la discipline.

Faire la fête pour être en forme

Pour expliquer cet engouement, Alix Pfrunder, fondatrice de ZumbaFrance et professeur depuis 2009, rappelle avant tout qu’il s’agit d’une discipline accessible à tous. Les chorégraphies sont plutôt abordables techniquement: sautillements, pas-chassés, déhanchements, tours sur soi-même…

«Les cours sont faciles à suivre pour toutes les générations et tous les profils. Peu importe que l’on soit sportif, danseur expérimenté ou novice. L’important est de s’amuser.» Une simplicité vantée par Beto Perez lui même lors d’une interview accordée à Reuters:

«Avec les années, le fitness est devenu trop compliqué. Ils ont oublié les gens normaux […] qui veulent rester en forme et s’amuser. C’est l’essence de la Zumba.»

Et le slogan de la marque annonce la couleur: «Séchez la gym, venez faire la fête.» Un programme qui a visiblement su séduire les plus réfractaires aux séances de sport basiques et à leur côté rébarbatif.

En insistant sur l’aspect ludique, tonique et festif, «la Zumba permet d’oublier les soucis du quotidien, de s’amuser, de relâcher la pression après une journée stressante. Le tout dans la bonne humeur», commente Alix Pfrunder. Et pour pousser au maximum le concept de la fête, cette dernière organise même depuis 2010 des cours de Zumba en boîte de nuit, avec toujours comme leitmotiv celui de faire du sport sans avoir l’impression d’en faire.

Néanmoins, la Zumba demeure une activité sportive. On transpire, on se muscle et on brûle des calories. En sollicitant l’ensemble du corps, la discipline apporte de nombreux bienfaits physiques: développement de la souplesse et de l’endurance cardio-vasculaire, renforcement musculaire… «Les résultats sont visibles très rapidement: cuisses fuselées, fessier plus tonique, abdos renforcés…», insiste la professeur. «C’est un programme physique très complet.»

Selon Patrick Mignon, sociologue et responsable du laboratoire de sociologie du sport de l’Insep, « les activités physiques non tournées vers la compétition, où l’on ne juge pas les performances, comme la Zumba, sont en expansion en France, dénotant un vrai besoin de se laisser aller». De plus, «la dimension musicale extrêmement forte, la danse, les tenues très colorées illustrent bien le côté ludique. Autant d’éléments qui, aussi efficace sont-ils, font oublier l’effort physique. On n’a pas l’impression de se rendre au bagne». Un élément révélateur de notre époque où l’on souhaite faire du sport mais sans la souffrance physique associée.

Les sonorités latines jouent aussi un rôle dans cet engouement car elles «rappellent une façon de vivre plus facile, les vacances, le soleil. Il y a une fascination pour ces musiques, pour les cultures où le corps est plus libre», analyse le sociologue. «Dans une société exigeante, on a tendance à se tourner vers des activités plus légères, moins contraignantes. Et en période de crise, les gens ont davantage besoin de se divertir, de lâcher prise…»

Un phénomène «déjà observé avec l’essor de l’aérobic dans les années 80», témoigne Yannick André, de la Fédération française de danse. Une période correspondant à l’après-choc pétrolier de 1979 et à la crise industrielle en France.

Un business model bien rodé

Au-delà du caractère purement sportif et ludique, l’immense succès de la Zumba est en grande partie associé à la façon dont la marque a su se développer. Derrière le côté populaire se dissimule en effet une machine de guerre commerciale.

A la différence d’autres disciplines, la marque déposée Zumba a compris qu’aujourd’hui, il est primordial de savoir se vendre pour sortir son épingle du jeu. Ainsi, dès 2001, Beto Perez quitte la Colombie pour Miami. Sur place, il crée la société Zumba Fitness, aujourd’hui la plus grande marque de fitness au monde. Elle est aujourd'hui valorisée à hauteur de plus de 400 millions d’euros, son chiffre d’affaires a enregistré une hausse de 800% entre 2007 et 2011 et le Inc Magazine l’a désignée entreprise de l’année en décembre 2012.

Pour rester incontournable, la Zumba s’adapte, se renouvelle. «Les cours évoluent au fil du temps, les musiques changent en fonction de la mode, de nouveaux mouvements sont inventés sans cesse», explique Alix Pfrunder. D’autre part, pour plaire au plus grand nombre, des variantes de la pratique originelle voient le jour: la Zumba Toning, avec des poids dans les mains, la Zumba Sentao, sur une chaise, l’Aqua Zumba, la Zumba Gold, adaptée aux personnes âgées, la Zumbatomic, destinée aux 4-12 ans, et même la Zumbini pour les bambins de 0 à 3 ans.

Quant aux produits dérivés, ils se comptent par dizaines. En 2007, la compagnie a lancé une ligne de vêtements et accessoires. Puis, depuis novembre 2010, pas moins de cinq jeux vidéo ont débarqué sur les différentes consoles disponibles sur le marché, à l’image du dernier né Zumba Fitness World Party.

Plusieurs DVD ont également été commercialisés et vendus à plus de 10 millions d’exemplaires dans le monde. Sans compter les CD, les applications pour smartphones, les concerts fitness, un magazine… Autre force de la marque, s’associer à certains artistes en vue du moment comme Shakira, devenue l’icône de la Zumba avec son clip Waka Waka et dont Beto Perez a été le chorégraphe, ou le chanteur Pitbull avec son dernier titre.

Désireuse d’avoir un contrôle total sur son image, l’entreprise a mis en place en 2005 la Zumba Academy afin d’encadrer la formation des instructeurs, qui doivent être certifiés avant de pouvoir exercer. Pour cela, il suffit de réaliser un stage de formation de 48 heures et de s’acquitter d’une somme d’environ 300 euros pour obtenir une licence. Puis, pour recevoir les nouvelles chorégraphies mise en place en Floride, une souscription mensuelle de 24 euros est nécessaire.

Et «avec le succès, les demandes de formations ne cessent d’affluer», note Alix Pfrunder. En effet, surfant sur la tendance, pas un club de sport ou de remise en forme ne peut aujourd’hui passer à côté de la Zumba. Ainsi, il y aurait 100.000 instructeurs certifiés dans le monde. Une manne financière, donc, et des porte-paroles acquis à la cause de l’entreprise.

Reste à voir «si la Zumba saura durer ou ne restera qu’un simple phénomène de mode», résume Patrick Mignon. Car dans une société qui porte aux nues le paraître et le bien-être, la concurrence est rude et déjà, d’autres disciplines mêlant le fitness à des chorégraphies simples viennent empiéter sur les plates bandes de la Zumba. A l’image de la Bokwa, qui commence à faire de plus en plus d’adeptes en utilisant en tous points la recette qui a fait le succès du programme de Beto Perez.

Mathieu Perrichet

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Journaliste
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