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Elysée 2, Vélizy 2, Parly 2... Pourquoi tant de centres commerciaux ont un nom qui se termine par 2?

Margaux Leridon, mis à jour le 04.08.2013 à 12 h 16

Parce que l'un des premiers du genre, Elysée 2, était le second d'une série, et que de nombreux centres ont ensuite été pensés comme des annexes d'un centre-ville historique.

Centre commercial Italie 2, 2013, ErasmusOfParis via FlickrCC Licence by 

Centre commercial Italie 2, 2013, ErasmusOfParis via FlickrCC Licence by 

Si vous êtes Francilien et que vous êtes allé faire des courses dans un centre commercial ce week-end, peut-être avez-vous fait un tour du côté de Parly 2, Rosny 2, Italie 2, Ulis 2 ou Bobigny 2. Et si vous vivez à Villeneuve-d'Ascq, Toulouse ou Anglet, vous avez peut-être passé votre samedi à V2, Labège 2 ou BAB2. Mais pourquoi tant de 2, au fait?

Parce que Elysée 2.

Cette tradition remonte en effet à l’un des plus anciens centres commerciaux français et européens, Elysée 2. Au début des années 1960, le promoteur immobilier Robert de Balkany importe des Etats-Unis une idée révolutionnaire: réunir plusieurs enseignes de commerces de détail dans une même galerie couverte, sorte de mini-ville nouvelle entièrement dédiée à la consommation. Outre-Atlantique, le concept est déjà répandu, le premier centre commercial américain, Lake View Store, ayant été inauguré en 1916.

En 1960, Balkany crée Elysée 1, une résidence luxueuse à la Celle-Saint-Cloud, premier volet d’un projet plus vaste qui aboutit trois ans plus tard à l’ouverture d’Elysée 2. Cette seconde résidence se voit équipée du premier centre commercial français, réalisé par la Shopping Center Company, groupe créé par l’entrepreneur. Le premier né de la lignée des centres-commerciaux-qui-se-terminent-par-2 a depuis été rebaptisé Elysée Village.

Parly = Paris + Marly

Si le nom «Elysée 2» est alors la simple suite logique d’Elysée 1, il y aussi l’idée de créer une espèce de version «champêtre» des Champs-Elysées parisiens, dont le magazine Elle vantait les charmes dans un article de 1966:

«En sous-sol, un cinéma qui passe les mêmes exclusivités que celles projetées aux Champs-Elysées. Oui, mais la marque de cigarettes dont vous ne pouvez pas vous passer? Le dernier disque classique (ou yé-yé)? Le dernier prix littéraire? Le dernier gadget qui fait fureur? Vous les trouverez au Drug'West, un drug-store drôle et séduisant comme celui de l'Etoile.»

Robert de Balkany lance ensuite le projet d’un nouveau centre commercial, d’envergure régionale cette fois, toujours dans l’Ouest parisien. A l’époque, on parle de «ruée vers l’Ouest». A l’inauguration de Parly 2, le 4 novembre 1969, il manque de deux semaines le titre de premier centre commercial régional de l’histoire de France: il est en effet devancé par l’ouverture, le 21 octobre, de Cap 3000, en proche-banlieue niçoise, dont on doit la paternité à Jean Demogé, alors PDG des Nouvelles Galeries. Parly 2 devient néanmoins le premier centre commercial français en termes de superficie.

Comme pour Elysée 2, l’idée est alors de créer un nouveau cœur de ville exclusivement consacré au shopping, sorte d’annexe du centre-ville historique. Et bien sûr, la ville dont Parly 2 se pense l’annexe commerçante, ce n’est pas la petite commune du Chesnay, dans les Yvelines, où le centre commercial est situé, mais Paris. D’où le premier nom de l’opération immobilière: «Paris 2». C’est face à l’opposition des élus parisiens que le nom Parly, contraction de Paris et de Marly, en référence à la forêt de Marly, située à quelques kilomètres du centre, a finalement été trouvé.

Concept décliné à l'international

La Shopping Center Company va par la suite décliner le concept en Ile-de-France et dans l’ensemble du pays, notamment dans des communes plus souples avec la protection de leurs noms: d’où la naissance des Vélizy 2, Rosny 2, Ulis 2 et autres Labège 2 (Labège est une commune limitrophe de Toulouse).

Le groupe s’exporte même à l’international. On voit ainsi apparaître en Espagne un Gran Plaza 2, et en Italie un Adriatico 2. A l’instar de «Parly», «Gran Plaza» et «Adriatico» ne sont pas des noms de villes, mais ils disposent d’un fort potentiel symbolique (la «grande place», cœur de toutes les villes espagnoles, et l’Adriatique, qui borde Venise). 

La SCC n’est pas la seule société de développement de centres commerciaux en France (Icade, Klépierre ou Sodes en réalisent aussi) et tous les centres commerciaux réalisés par elle ne portent pas des noms se terminant par 2 (Lyon Part-Dieu, Lille Est, Rouen Saint-Sever...). Mais tous les centres commerciaux dont le nom se termine en 2 ont été, à un moment où à un autre de leur histoire, gérés par la SCC.

D’après l'European Shopping Center Report de Cushman & Wakefield, la France est la championne d’Europe de l’Ouest en matière d’ouverture de centres commerciaux. Nous ne sommes donc pas à l’abri de voir fleurir, au cours des prochaines années, des Batignolles 2, Carcassonne 2 ou autres Conflans-Sainte-Honorine 2.

Margaux Leridon

L’Explication remercie Patrice de Moncan, docteur en sciences économiques et historien, auteur d'une Histoire des centres commerciaux en France (Editions Le Mécène, 2008) et la Shopping Center Company, ainsi que Jean-Etienne Poisot pour nous avoir suggéré ce sujet.

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