Monde

Les disparitions du Grand Nord

Anne Denis, mis à jour le 06.08.2013 à 10 h 25

De l’or, des diamants, de l’argent, du fer, des terres rares, de l’uranium, du gaz et du pétrole. A proximité d’une Europe en crise et plus si loin désormais d’une Asie assoiffée d’énergie et de minerais, l’Arctique prend des allures d’eldorado ou, au contraire, de miroir aux alouettes. Et pendant ce temps-là, les glaces fondent...

Océan Arctique, en 2011. REUTERS/Kathryn Hansen/NASA

Océan Arctique, en 2011. REUTERS/Kathryn Hansen/NASA

De l’or, des diamants, de l’argent, du fer, des terres rares, de l’uranium, du gaz et du pétrole. A proximité d’une Europe en crise et plus si loin désormais d’une Asie assoiffée d’énergie et de minerais, l’Arctique a, depuis quelques années et au gré des évènements, pris des allures d’eldorado ou, au contraire, de miroir aux alouettes.

Contrairement à l’Antarctique, ce n’est pas un no man’s land. Les cinq puissances riveraines –Etats-Unis, Canada, Russie, Norvège et Danemark– y défendent jalousement une souveraineté qu’ils peuvent même étendre à la limite du plateau continental, ne laissant à terme qu’une zone minuscule de l’océan Arctique sous juridiction internationale.

Le changement climatique accélère le recul de la banquise et de la calotte glaciaire, offrant ainsi un meilleur accès à ses richesses sous-marines et souterraines, ainsi qu’aux routes polaires. Ce qui alarme les scientifiques, les écologistes et –rarement– les opinions publiques, au grand bonheur des milieux d’affaires.

Le Grand Nord fait désormais partie du jeu mondial. La Chine place ses pions partout, l’Inde, la Corée et le Japon sont en embuscade. Mais cet écosystème hautement vulnérable est aussi truffé de pièges. De terribles tempêtes qui font dériver pendant des jours la plateforme ultramoderne d’une major pétrolière (Shell); des forages de prospection ruineux qui ne donnent rien; un projet gazier à 30 milliards de dollars mené dans des conditions acrobatiques (Shtokman) qui voit soudain son marché cible s’évanouir (les Etats-Unis, pour cause de gaz de schiste) avant même son achèvement…

A défaut d’une prise de conscience générale, on ne peut compter, pour résister aux appétits insatiables, que sur l’Arctique elle-même.

L'enquête-dossier que nous vous proposons m'a conduite à plusieurs reprises dans le Grand Nord norvégien. A Tromsø, une ville universitaire où se trouve désormais le secrétariat permanent du Conseil arctique d'abord, lors d'une conférence internationale annuelle, Arctic Frontiers où j'ai rencontré de nombreux experts. Et en mer de Barents pour visiter les pêcheries norvégiennes. En juin dernier, je me suis rendu à Kirkenes, ville de Laponie norvégienne frontalière avec le Grand Nord russe, lors du «Sommet de Barents» réunissant les pays frontaliers ou proches de la mer de Barents. J'en ai profité pour visiter la mine de fer de Kirkenes, et le poste frontière russe avec les militaires norvégiens. Et tout ça agrémenté de dizaines de coup de téléphone, évidemment.

Aux quatre articles qui sont issus de ces reportages, nous avons ajouté un billet de Phil Plait, un des journalistes scientifiques de Slate.com, sur l'inquiétant phénomène de la disparition de la banquise et de la calotte glaciaire. Ou plutôt sur les disparitions de ce Grand Nord.

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Anne Denis
Anne Denis (76 articles)
Journaliste, éditrice du site Latina-eco.com
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