Culture

Comment publier quatre livres sur Michael Jackson en seulement dix jours?

Cécile Dehesdin, mis à jour le 08.07.2009 à 14 h 44

Michael Jackson n'est pas encore enterré que quatre livres au moins sur le chanteur se retrouveront en librairies la semaine prochaine. Chaque éditeur cherche évidemment à se différencier: un livre se concentre juste sur le procès de 2005, un autre est «une bio très fouillée», le troisième «touche plus à l'actualité», le dernier se veut un «beau livre objet». Les trois biographies sont signées par des journalistes spécialisés en musique.

Pour ne pas passer dans «la catégorie des livres événement — ou jetables — qui doivent sortir juste parce que l'actualité le demande», note une éditrice, qui conclut: «C'est un exercice un peu casse-gueule». Comment publie-ton un livre à succès en seulement dix jours?

1/ La réimpression

C'est le cas pour «Le Complot contre Michael Jackson» d'Aphrodite Jones, sorti l'an dernier (chez Music and Entertainment Books). Parution entre le 8 et le 10 juillet.

2/ L'avance de la date de publication

«Michael Jackson: Pop life» (éditions Alphée), censé sortir le 1er octobre, sera finalement disponible à partir du 7 ou 8 juillet. L'accélération de rythme n'a pas affecté l'auteur, Olivier Cachin: «J'avais fini la dernière relecture le 25 juin à 18h! Le plan initial, c'était que je rende le texte fin juin, et puis que j'écrive le dernier chapitre au moment des concerts de Michael Jackson à Londres». Le dernier chapitre, sur la mort de la star, a été écrit durant le week-end.

«Vue la qualité du bouquin, c'est important qu'il sorte en premier, explique-t-il, avant les bios écrites très vite qui vont arriver dans deux semaines».

3/ L'écriture de «Quick books»

Des ouvrages commandés au soir de la mort de Michael Jackson, il y en a au moins deux: «Michael for ever» chez Hugo et Cie, écrit en 5 jours, et «Michael Jackson, la chute de l'ange» chez Archipel, écrit en 15 jours. Le premier doit sortir le 10 juillet, le second le 12 août.

Pour tenir ces délais, le journaliste musical Stéphane Koechlin, en charge de «Michael Jackson, la chute de l'ange», aura donc rendu son manuscrit deux semaines seulement après la mort de la star. Pour son premier «livre en live», il a «engagé une équipe; on est trois, et on a monté une opération commando!» Il se lève à 7 heures du matin et écrit 20.000 signes, soit un peu plus de 13 pages, par jour.

Outre l'intérêt financier, il s'est découvert un goût pour l'écriture rapide: «cette course contre la montre est intéressante. Et puis, sans ce défi baroque, je n'aurais probablement pas fait sa bio, ou alors peut-être beaucoup plus tard, avec dix ans de recul. Je n'aurais pas écrit une bio plus chiadée, avec de l'émotion dans six mois, comme je l'avais fait pour James Brown, que je préfère comme musicien».

Dans un autre style, le journaliste du Monde Pierre-Antoine Delhommais se souvient de l'écriture en deux semaines, pendant ses vacances, de son livre sur l'affaire Kerviel. «Quick book» ou livre d'actualité, «ce n'est pas non plus la Chartreuse de Parme à écrire», raconte-t-il. «En journalisme, on est habitué à l'urgence: écrire beaucoup et vite, on sait faire. D'ailleurs, on m'aurait proposé de le faire en six mois j'aurais dit non, parce que la façon dont je travaille s'associe bien au “quick book”. Je n'ai pas beaucoup dormi, mais c'était plutôt excitant!»

4/ Réduire les délais d'impression et de distribution

D'abord négocier avec l'imprimeur pour qu'il bouscule son planning. Ensuite jouer sur les «cahiers de pages». Les livres sont imprimés par cahiers: une même grande feuille imprimée peut contenir 4, 8, 16 ou 32 pages de livre une fois pliée. Mathématiquement, imprimer par cahiers de 32 pages permet d'aller plus vite que par cahiers de 8 pages.

Pour plus d'efficacité, la réédition du «Complot contre Michael Jackson» fera ainsi 384 pages (12 cahiers de 32 pages), contre 374 lors de la première impression. Les dix nouvelles pages seront blanches ou utilisées pour ajouter des annexes.

Pour la distribution, il s'agit là encore d'un arrangement, entre l'éditeur et le distributeur. Ce dernier gagne à faire sortir un ouvrage rapidement: selon les cas, il fait partie de la même maison que l'éditeur, ou il touche un pourcentage des ventes.

5/ Attendre

Quel est l'intérêt de sortir un de ces «quick books», plutôt qu'un livre d'enquête, plus fouillé? Sortir le premier est un avantage décisif pour vendre.

Hugues de Saint Vincent, le directeur d'Hugo et Cie qui publie son livre 15 jours après la mort de la star, assure qu'il aurait sorti le même dans six mois: «alors pourquoi le faire en six mois si c'est possible en 15 jours? Si vous faites un livre sur Michael Jackson dans six mois, il aura beau être génial, vous n'aurez pas de lecteurs».

«Dans ce métier c'est premier arrivé, premier servi», constate l'éditeur Eddy Agnassia, heureux de donner une deuxième vie au «Complot contre Michael Jackson»: «Les fans n'ont pas un porte-monnaie extensible. Ils vont acheter une fois, et c'est tout».

Résultat de la course à Michael dans les classements des ventes des semaines prochaines.

Cécile Dehesdin

(Photo: Michael Jackson en concert/Reuters)

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Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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